‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 39 sur 81 · OR EE CES · texte numérisé non relu

OR EE CES

On a trouvé que le règne végétal respirait ct transpirait: il respire le gaz oxigène et inspire le gaz acide carbonique : tandis que lPanimal fait tout le contraire, et c'est par cette harmonieuse coïncidence que la pureté de notre atmosphère est balancée et maintenue, et se conserve propre à la vie. Il y a de plus dans la plante une circulation de sève, comme il y a dans Panimal une circulation de sang, et l'air est également nécessaire à l’un et à lPautre. La transpiration des plantes n’est pas la rosée, comme l'ont cru quelques-uns : la rosée ne tombe pas du ciel comme la pluie; et la preuve c’est que les cloches de verre qui couvrent nos légumes n'ont de rosée qu’à l’intérieur. Cela vient de ce que, près du sol, le refroidissement se fait plus vite qu’à une plus haute distance. La rosée commence peu de temps après le coucher du soleil—cest le sereën—elle continue toute la nuit, Sans la rosée, les végétaux et les animaux ne résisteraient pas, surtout dans les climats où il pleut rarement.

Avant lapparition des animaux sur la terre, le gaz acide carbonique doit donc avoir prévalu dans notre atmosphère, d’abord par ce qu’en fournissait le règne végétal, et de plus les nombreux volcans qui existaient alors, et dont on voit encore les traces, quoiqu'ils soient éteints depuis plusieurs milliers de siècles.

Cet excès de gaz acide carbonique a donc eu l'effet d’activer le règne végétal. Aussi, d’immenses forêts d’une dimension extraordinaire ont couvert les continents. Ceci est constaté par les fouilles qu’on a faites dans les entrailles de la terre, sous les sérata du déluge. Ces immenses forêts ont été enfouies dans l’intérieur de la terre par les violentes secousses que la terre a éprouvées à sa surface: de là ces réservoirs de charbon, source inépuisable pour le commerce et les jouissances de l’homme. Il en est de même des mines de sel, etc. Les mers asséchées, le sel est resté, et ensuite eufoni dans la terre

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Ces secousses de l’intérieur à la surface ont formé les vastes plaines par abaissement ou élévation, ont changé le lit des mers: ce qui est continent aujourd’hui était mer autrefois. Les débris des êtres aquatiques, que l’on découvre continuellement en fouillant la terre, en sont des preuves irrécusables : nos lacs salés prouvent qu'ils fesaient autrefois partie de la mer; et s’il en est ainsi, nos grands lacs finiront par avoir de l’eau douce, et c’est ce qui se passe de nos jours,

Mais dans les abîmes, dans l'océan, dans la mer, à quoi nous sert la plus grande partie de ces êtres, dira quelqu'un? tout cela n'est-il pas inutile et stérile pour l’homme insensé? À quoi sert cette luxuriante prodigalité! Cette pensée vous vient parce que vous êtes ignorants de ce qui se passe dans l’océan. A peine connaissons-nous quelques-uns des êtres aquatiques, et leur usage et leur destinée pour l’avantage de l’homme ; mais dans ce peu que nous connaissons, combien de choses qui nous frappent et nous confondent. Cette éponge avec laquelle nous essuyons nos meubles, savons-nous bien qui nous en a fait présent? C'est la maison mouvante que des vermisseaux marins se construisent eux-mêmes sur le flanc des rochers! Et ce corail dont nous admirons le vermeil, c’est un débris de la ruche pierreuse que de petits insectes se bâtissent en forme de tronc d'arbres au fond des mers. Et ces perles auxquelles nous mettons un si haut prix, ce sont les gouttes de sueur qu'une espèce d’huitre, ou limaçons océaniques a laissé coaguler en formant de sa transpiration son vêtement et ses os. Et cette pourpre dont s’énorgueillit le manteau des rois, c'est une liqueur que distille dans sa conque une espèce d’escargot de mer!

L'habitant d’un autre coquillage enseigne la navigation, c'est le nautile ou le navigateur, reptile marin à huit bras: il se bâtit de sa propre substance une conque en forme de navire ; il y met assez d’eau pour lui servir de lest; élève deux de ses bras, déploie au vent la membrane ou voile qui

les unit, en allonge deux autres dans la mer comme des avirons ; en avance un cinquième qui lui tient lieu de gouvernail; et traverse ainsi l'océan à voile et à rame, étant Jui-même son navire, son pilote et son équipage! Ce n’est pas tout, une tempête s’annonce-t-elle, un ennemi se présente-il: alors l’industrieux argonaute replie sa voile, rentre ses avirons et son gouvernail, emplit son bâtiment d’eau, et s'enfonce dans l’abîme. Le danger est-il passé : le voilà qu’il renverse la barque sans dessus-dessous, produit le vide et la fait remonter. Arrivé à la surface, il la retourne adroitement, la remet à flot, déploie de nouveau sa voile et recommence à voguer au gré des vents! Quand l’homme trouvera-t-il le secret d'échapper ainsi à la tempête ?

Mais sortons des ondes amères de l’océan, rentrons un instant dans les fleuves et les rivières: tout le monde connaît l’écrevisse, avec ses tenailles et sa cuirasse en croûte; mais tout le monde ne connaît pas la merveille qui s'opère en elle chaque année.

Je ne parle pas des œufs qu’elle porte et qu’elle fait éclore sous sa queue, je ne parle pas même de lincroyable facilité qu’elle a de reproduire les cornes, les pattes qu’on lui arrache ou qu'elle s’arrache elle-même: je parle de la transmutation complète qu’elle subit tous les ans.

Elle se dépouille non seulement de sa robe, maïs encore de toutes ses parties cartilagineuses et opeuses même de son estomac, de ses tentations: elle se refait à neuf toute entière; pour comble de singularité, il paraît qu’elle digère Pancien estomac avec son nouveau! Qui comprendra jamaïs tout cela? qui comprendra jamais cette mort et cette résurrection ? que de mystères !

En voici un non moins étonnant.

Dans nos ruisseaux, dans nos fossés, dans nos mares, et sur la vase qui est au fond, et au milieu des lentilles qui en tapissent la surface, il est un petit ver ou insecte à plusieurs pieds, nommé pour cette raison Polype. Se sent-il menacé,

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il contracte ses pieds et ses bras, car ils sont l’un et l’autre, il se rapetisse de manière à se rendre presque imperceptible ; se voit-il en assurance, il se dilate, il étend ses bras, il les allonge, il marche ; il saisit de petits insectes, de petits vers, qu'il dévore tout entiers: souvent deux polypes avalent le même ver, chacun par son bout: quand alors ils se rencontrent, plus d’une fois il arrive que l’un avale l’autre avec la portion du ver qui se trouve dans son corps: ce qui est encore plus curieux, c’est qu’au bout d’une heure, le polype sort sain et sauf du corps de celui qui l'avait englouti; il n’y perd que sa proie. Autre singularité, le polype engendre à la façon des bourgeons: il vient de naître, et il est déjà père de dix-huit enfants ; les nouveaux arrivés suivent l'exemple du père, de sorte qu’au bout d’un mois le grandpère se trouve entouré d’un million d'enfants. Voilà ce que nous disent les naturalistes.

Depuis l'invention du microscope, lunette qui grossit étonnemment les petits objets, on a découvert dans chaque goutte d’eau, où l’on fait infuser des particules animales ou végétales, tel que du poivre, etc., tout un monde de petits animalcules, invisibles à l’œil nu et inconnus aux anciens. Un observateur célèbre en a compté jusqu’à deux mille et même plus dans une seule goutte d’eau de pluie, où ils nagent, gambadent, se battent comme dans une vaste mer. Avec une lunette solaire qu’on a montré à Québec, ces années dernières, on voyait dans une goutte de vinaigre des anguilles de la longueur de neuf pouces! Ceci a quelque chose de révoltant quand on pense qu’on boit du vinaigre! Dans le rum, il y a des serpents, et dans le vin, des couleuvres! le saviez-vous ? ivrognes. Mais qu'est-ce que cela encore, quand on pense que tout notre corps est un univers d'êtres animés? qu’il y a’des êtres vivants dans notre sang ? qu'il y a des vers entre les dents de la plus délicate demoiselle, que scient les brosses, cependant, avec le plus grand soin et journellement. Eh bien! prenez un microscope solaire, et allez voir ce qui se passe entre ses belles dents

après son repas. Grand Dieu! eh! c’est un monceau de vers qui se disputent la curée ! il y a là de quoi faire frémir! Voilà ce corps qu’on idolâtre tant, et qui doit tomber en pourriture !

Mais, tandis que nous nous perdons dans une goutte d’eau à considérer des infiniments petits, voici l’énorme baleine qui s'avance du Nord, dormant sur les eaux comme une île flottante, de soixante, de cent, de deux cents pieds de long, sur laquelle on aperçoit des coquillages et quelquefois des plantes. Le marinier est sur le point d’y débarquer, lorsqu’elle se réveille et, d'un eoup de sa quence, fait chavirer on peu s’en faut le navire. Elle plonge dans les abîmes avec son petit, gros comme un bœuf, qu’elle embrasse avec ses nageoires et qu’elle allaite avec ses deux mamelles. Quoique l’animal le plus énorme qui existe, elle a pourtant peur. Dans sa famille même, elle trouve des ennemis redoutables, contre qui elle n’a de défense que sa queue. L’espadon, beaucoup moindre qu’elle, mais armé à la tête d’une longue épée dentelée de chsque côté, la poursuit avec acharnement ; elle tâche de le frapper de sa queue et de l’écraser ainsi d’un seul coup, mais souvent l’espadon lui échappe, bondit en l’air, retombe sur elle et s’efforce, non de la percer, mais de la scier avec son épée à dents. La baleine rougit la mer de son sang, qui jaillit à gros bouillons de ses blessures ; elle entre en fureur, elle frappe sur l’eau des coups épouvantables, tels que le navigateur en frémit au loin... Mais un ennemi encore plus à craindre, c’est homme! Il viendra, un jour, jusqu’au milieu des glaces du Nord, lui faire reconnaître son empire : si elle pouvait toujours demeurer au fond des eaux, elle aurait encore moyen de lui échapper. Mais non; différente on cela des autres poissons, il faut qu’elle vienne de temps en temps à la surface pour respirer l’air. L'homme en profitera pour lui lancer, de dessus une frêle barque, un harpon acéré qui entre dans sa chair et en fait jaillir des flots de sang ; elle aura beau bouleverser la mer par les battements de sa queue,

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le fer reste fixé dans la large plaie ; elle aura beau s’enfoncer dans l’abîme, le fer la suit dans l’abîime, et avec le fer un long cable dont le bout est dans la barque ; et puis, il faut bien qu’une demi-heure après, elle revienne sur l’eau pour reprendre haleine: le hardi pêcheur en profite pour l’achever à coups de dard. Morte, on la suspend avec des chaînes au côté du gros navire; des charpentiers, les pieds armés de crampons de fer, montent sur son dos, en dépècent le lard à coups de hache. Sa graisse, son huile enrichiront des provinces : les commerçants les transporteront de royaume en royaume, les arts les emploieront en beaucoup de manières différentes. Les James osseuses ou fanons qui garnissent sa gueule, et avec lesquelles elle écrase Îles insectes et les petits poissons dont elle se nourrit, serviront entre autres à des parasols et des parapluies ; son énorme charpente amusera peut-être les enfants de quelque grande cité, tandis que les peuples du Groënland en feront la carcasse de leurs barques, qu'ils revêtiront de sa peau.

Chose étonnante! et qu’on aura probablement déjà remarquée, c'est que parmi les imperceptibles habitants d’une goutte d’eau, et parmi les gigantesques baieines de l'océan, il y ait guerre, il y ait combat à mort ; et que sous la main de la providence ces guerres et ces combats entretiennent cependant la vie et l'harmonie universelles.

Ainsi, cette année comme l’année dernière, des millions de harengs et de morues, poursuivis, à ce qu’il paraît, par les baleines, et attirés par des insectes et de petits poissons, viendront se faire prendre, le long des côtes d'Europe et sur les banes de Terre-Neuve, afin de servir de nourriture à des millions d'hommes ; et l’année prochaine, en la même saison, il en viendra autant : et malgré cette consommation prodigieuse, leur nombre ne diminue pas. Dieu leur a donné une fécondité plus prodigieuse encore: une seule femelle de hareng en produira dix mille ; une seule morue, jusqu’à dix millions !

Ont-ils approvisionné les divers peuples de la terre, et pourvu, en particulier, à la nourriture du pauvre, ces harengs, et après eux ces morues, s’en retournent sous les glaces du Nord, pour s’y multiplier sans péril, et s’en reviendront, Pannée suivante, par milliard, marchant à la suite de quelques chefs, en ordre de bataille, non pour combattre, mais pour se faire prendre plus commodément. Et, chose singulière, ces poissons qui naissent, qui vivent dans les eaux salées de la mer, ne le sont point eux-mêmes : il faut qu’on les sale quand on veut en conserver la chaire, ou l'envoyer au loin. Mais c’est la mer qui fournira le sel!

Une seule carpe échappée au filet des pêcheurs, suffit pour repeupler toute une rivière avec ses trois cent millions d’œufs. Qui ne bénirait le Créateur de tant de merveilles ?

Outre tous les avantages que possèdent les poissons pour voyager dans les mers, ils ont un organe bien curieux : c'est une vessie d'air qu’ils ont dans l’intérieur, et qu'ils ditatent ou compriment à volonté, à leur gré. La compriment-ils: devenus plus pesants, ils enfoncent ; la dilatentils: devenus plus légers, ils remontent. Quoique toujours dans Peau, ils respirent cependant l'air comme nous, mais non pas autant que nous. Ils en trouvent assez dans l’eau, qu’ils avalent par la bouche et qu’ils chassent par les ouïes. Dans le passage, ils extraient les particules aériennes à peu près comme font nos poumons de l’air atmosphérique ; ils en emploient une partie à entretenir la eirculation du sang et la vie. Chaque espèce de poisson a reçu une arme ou du moins quelque industrie pour se défendre au besoin: la baleine a sa queue meurtrière ; l'espadon, son épée à scie ; la licorne de mer, sa corne en spirale; le hérisson et la perche, leurs piquants ; la pourpre, sa terrière, qui perce les coquilles les plus dures ; le dauphin lance aux yeux de son adversaire un violent jet d’eau pour létourdir ; la sèche a une bouteille d’encre pour se dérober à la vue de son ennemi; la torpille engourdit la main qui veut la saisir ; tel autre, sur le point de devenir la proie de ses nombreux ennemis,

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s’envole dans les airs, au moyen de larges membranes qui lui servent d'ailes, et avec lesquelles il s’y soutient tant qu'elles demeurent humides. Quant à ceux qui ont le moins d'industrie pour se défendre, ï!s ont en récompense la plus grande fécondité pour se propager, tandis que ceux qui, par leur grosseur, leur voracité, leurs armes, sont les plus redoutables, ne multiplient, en comparaison, que très peu. La baleine ne produit par an qu’un seul petit, tout au plus deux; le hareng, des milliers. C’est ainsi que Dieu, et dans la mer orageuse où s’agitent les poissons, et dans la mer orageuse où s’agitent les hommes, fait également sortir l’ordre d’un désordre apparent : la paix de la guerre, harmonie éternelle des révolutions temporelles.

Le poisson volant qui s’élance dans les airs, nous y fait apercevoir un nouveau monde, de nouveaux êtres, de nouvelles formes, une nouvelle décoration, le monde des oiseaux. Les écailles sont remplacées par des plumes, un bec prend la place des dents, aux nageoires succèdent des ailes et des pieds, des poumons intérieurs et d’une autre structure font disparaître les ouïes : le silence qui régnait jusqu’alors dans la nature est banni, et dans plusieurs espèces, rempli par des champs les plus mélodieux.

Il en est de ces nouveaux êtres, tel que le cygne, l’oie, le canard, que l’on voit à peine quitter l’humide élément, dont la voix du Créateur les a fait maîtres, tranquilles au milieu des orages, ils luttent contre les vents, badinent avec les vagues, sans avoir de naufrage à redouter. Navigateursnés, leur corps est bombé comme la carène d’un vaisseau, le cou qui s'élève sur leur poitrine éminente en est comme la proue, leur queue courte et ramassée en pinceau semble être le gouvernail, leurs pieds palmés sont de vraies rames, enfin le duvet fin, épais et verni d'huile, qui revêt tout le corps, est une sorte de goudron naturel qui les défend contre l'impression de l’eau. Au milieu de cet élément si agité, leur vie est paisible, ils s’y jouent, s’y ébattent, y plongent et reparaissent avec des mouvements agréables. Ils y ren-

contrent leur subsistance encore plus qu’ils ne la cherchent ; aussi leurs mœurs sont-elles en général innocentes et leurs habitudes pacifiques ; ils attendent l’homme pour lui donner leur duvet et leurs plumes, et même accourent à sa voix.

Ailleurs, c’est la poule domestique qui nous avertit qu’elle vient de récompenser notre hospitalité d’un œuf frais. Entendez-vous tureluter dans le bocage le rossignol solitaire ? Il fait retentir de sa voix les échos d’alentour, et s'il s'aperçoit que vous prêtez l'oreille, voilà qu’il s’anime, qu'il compose, qu’il exécute sur tous les tons: il va du sérieux au badin, d'un chant simple au gazouillement le plus bizarre, des tremblements et des roulements les plus légers à des soupirs tendres, languissants et lamentables, qu’il abandonne ensuite pour revenir à sa gaieté naturelle. Dans notre admiration, nous supposerions à ce chantre de la nature une taille majestueuse, un plumage brillant, un regard superbe. Eh bien! loin de tout cela, le rossignol est d’une chétive apparence, d’une couleur fort commune, et d’un regard timide.

On dirait vraiment que, lorsque parmi les oiseaux, Dieu se plait à départir ses dons les plus parfaits à ce qu’il y a de plus humble. Comparez le rossignol au paon, et jugez de la différence ; n’est-ce pas l’orgueil à côté de l'humilité ?

Mais voici l'aigle, le roi des airs, et par la grandeur et la force de son courage, sa vue perçante et la rapidité de son vol ; il pose son nid sur des rochers inaccessibles, regarde le soleil fixement, s'élève par-dessus les nues, et de Ià fond sur sa proie qu’il découvre dans la plaine. Ses petits, nourris de sang et de carnage, sont-ils en état de voler, il les chasse de son aire et de ses alentours, il les force d’aller conquérir un emploi ailleurs : images de ces peuples fiers et hautains, barbares et cruels, ce peuple-roi, auquel il fut donné de conquérir les autres.

Bicn différentes de l’aigle, sont la colombe et la tourterelle, emblêmes toutes les deux d’une âme chaste, simple, douce, aimante et fidèle. La colombe ne vit que pour son

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époux, pour ses enfants. La tourterelle, quand elle a perdu le sien, n’en souffre pas d’autre, mais passe le reste de ses jours dans le veuvage et la solitude. Quelle leçon pour bien des veuves!

Qui n’admirerait encore dans les oiseaux les prodiges de tendresse maternelle qu'ils déploient, les soins qu’ils se donnent pour trouver et apprêter convenablement la nourriture à leurs petits, leur dévouement, leur industrie pour les sauver dans le péril. La poule, d’un naturel gourmand, ne garde rien pour elle : tout est pour ses poussins ; pendant qu'ils mangent, elle veille à leur sûreté ; sont-ils repus, elle les rassemble et les réchauffe sous ses ailes: un ennemi apparaît-il tout-à-coup, si fort qu'il soit, elle court à l’encontre, les plumes hérissées, l'attaque à grands cris avec le bec et les ongles, prête à mourir pour sauver ses petits.

Devenu mère, l'oiseau le plus stupide est brave et intelligent. On a vu une mère dont un serpent dévorait les petits, picoter la tête de ce serpent avec son bec.

La poule d’Inde se promène avec sa couvée, soudain elle jette un cri, et les petits, de tomber par terre sans mouvement, et de faire les morts! On s'étonne d’un pareil spectacle, lorsqu'on entrevoit, au haut des nues, un vautour à la serre cruelle, que l'œil vigilant de la mère avait aperçu tout d’abord. Le danger est-il passé, elle pousse un nouveau cri, et aussitôt les poulets se relèvent, accourent à la mère, en battant des ailes en signe de joie. La perdrix se montre plus rusée encore : un chasseur, un chien approchent-ils de la jeune famille, aussitôt le père jette un cri particulier, se met à voler en traînant de Paile ou à courir en boîtant pour engager plus facilement le chien, ou le chasseur à le poursuivre : bientôt après, la mère s'envole d’un autre côté, mais plus rapidement et plus loin. A peine s’est-elle abattue, qu'elle revient sur le champ retrouver à la course ses poussins blottis, chacun de leur côté, dans les herbes, et, avant que le chien, détourné par la ruse du père, ait eu le temps de revenir, elle les emmène au loin.

Quelle leçon encore ici pour bien des pères et des mères!

Autre merveille! Il y a des oiseaux qui restent toujours avee nous ; il en est quelques-uns, tels que les bécasses, qui nous quittent au printemps, pour revenir avec les frimats ; mais le plus grand nombre nous quitte à l’automne, pour revenir au printemps. Les cailles s’en vont en Afrique ou dans le sud de l'Amérique ; les hirondelles dans d’autres pays. Qui donc leur apprend qu’il est ailleurs des climats plus doux ? quel géographe leur enseigne la route ? quel astronome Îeur à dit que le soleil qui s'éloigne de nous se rapproche au printemps ?

Qui leur a commandé de se réunir en troupes et de partir tous au même signal ? Qui, enfin, a donné aux grues cet admirable gouvernement qui mériterait de servir de modèle.

Chez elles, il y a une certaine police et milice naturelle ; chez l’homme, clle est forcée et servile. Chez les grues, la garde se monte toutes les nuits, avec une exactitude volontaire et non commandée: vous y voyez disposées des sentinelles ; et tandis que leurs compagnes reposent, d’autres font la ronde et veillent à ce qu’on ne tende pas quelques embûches. (Chacune s’emploie avec un soin infatigable à la sûreté commune : son heure de veiller est-elle accomplie, a-t-elle fait son devoir, elle se dispose au sommeil après avoir donné un signal pour réveiller une autre qui dort, et À qui elle remet son poste. (Cette autre l’occupe aussitôt volontairement, la douceur du sommeil qu’il lui faut interrompre ne la rend ni revêche, ni paresseuse, elle remplit dignement son devoir, et le service qu’elle a reçu elle le rend avec une exactitude et affection égales. Là, nulle désertion, parce que le dévouement est naturel ; la garde y est sûre, parce que la volonté est libre. Elles observent le même ordre en volant, et allègent tout le travail par le moyen que chacune se charge de la conduite à son tour. Une est en avant pour prendre l’air, à la tête d’un bataillon qui suit en triangle : a-t-elle fait son temps, elle se retire à la queue, et laisse à la suivante la charge de conduire la troupe.

Le travail et l'honneur sont communs à tous, la puissance n'est pas un privilêge que s’arroge le petit nombre, mais par une espèce de sort volontaire, elle passe successivement àtous. Quoi de plus beau? n'est-ce pas là le type de la république primitive, et le modèle d’une cité libre ?

Mais, pendant que nous admirons l’industrie et le gouvernement des oiseaux voyageurs, j'entends une autre espèce de volatiles, une nuée d'insectes, un essaim d’abeilles bourdonner autour de moi, comme pour réclamer la prééminence du gouvernement et de l’industrie, 11 sera difficile, en effet, de ne pas la leur accorder. Leur gouvernement est une monarchie républicaine de femmes distinguées en trois ordres : une reine unique, mère de tout son peuple, des femmes stériles, mais ouvrières, au nombre de douze à quarante mille, enfin quelques mâles pour féconder la reine. L’essaim estil entré dans une ruche ou dans un tronc ’arbres, aussitôt les ouvrières en nettoient l’intérieur et l’enduisent d’une espèce de gomme, puis transforment en cire le miel qu’elles ont recueilli sur les fleurs, et la transpirant par petites lames entre les anneaux de leur ventre, elles en bâtissent des cellules à six pans, les unes de leur grosseur pour leurs futures compagnes, les autres plus considérables pour les futurs mâles, et quelques-unes plus considérables encore pour les reines à venir. A mesure que les cellules s’achèvent, la reine régnante, entourée d’un nombreux cortége qui lui prodigue tous les témoignages de respect et d'amour, vient en faire la visite et y pondre un petit œuf, qui, dans l’espace de vingt-et-un jours, se transforme successivement en ver, en nymphe, en abeille. Les ouvrières, devenues aussitôt nourrices, couvent cet œuf avec grand soin, nourrissent le ver avec le miel et avec de la poussière de fleurs que d’autres jeur apportent des champs dans des espèces de cuillères qu’elles ont à leurs jambes postérieures. Lorsqu’au printemps, il est né un grand nombre de ces jeunes ouvrières, lorsque surtout une nouvelle reine est près d’éclore, il se fait une révolution dans l’état, on va, on vient, on s’agite

jusqu’à ce que la reine-mère, suivie d'une partie des anciennes et nouvelles abeilles, quitte la ruche et s’en va fonder une colonie ailleurs. Peu après la jeune reine sort de son berceau, reço't les hommages de son peuple, est fécondée dans les airs par les mâles et enfante deux cents fois par jour. Alors, la saison est-elle encore favorable, la population exhubérante, une seconde reine surtout est-elle près de naître, la seconde quitte la ruche à son tour, avec une partie de ses sujets, pour aller s'établir et multiplier ailleurs. Au contraire, la saison est-elle tardive, la population trop affaiblie, la jeune reine va briser les cellules royales, et perce de son dard les reines naïssantes : les ouvrières la regardent et la laissent faire, mais elles l’en empêchent quand la saison est encore bonne, et la population suffisante pour un grand essaim,

Arrive-t-il néanmoins, que dans la même ruche il y ait deux reines à la fois, il y a de suite révolution dans l'état : pour y mettre fin, les deux rivales se cherchent et se combattent devant la nation assemblée ; c’est un duel connu ; le combat dure jusqu’à ce que l’une des deux succombe: il se pourrait que, dans cette lutte à mort, elles se tuassent Pune et Pautre. La providence y a pourvu. Se sont-elles empoignées de manière à se percer réciproquement, toutà-coup elles se quittent et s’enfuient chacune de son côté ; mais bientôt elles reviennent au combat, le peuple même les y ramène de force jusqu’à ce que l’une des deux ait triomphé de l’autre. N°y a-t-il, dans une ruche, pas de reine du tout, mais les abeilles ont-elles l'espoir d’en avoir bientôt une, parce qu’il y a un œuf, un ver ou une nymphe dans une cellule royale : l’état est tranquille, et les travaux continuent; n’y eût-il même rien dans aucun berceau de reine, pourvu qu’il y ait un œuf dans une des cellules où doivent éclore les ouvrières, l’état est encore sauvé, les abeilles nourrices donneront à ce ver la nourriture royale, et au lieu d’une femelle stérile, elle deviendra une reine parfaite,

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abeilles par an. Mais n’y a-t-il plus d'espoir d’avoir une reine d'aucune de ces manières, l'état est perdu, ce peuple si laborieux, si actif, devient tout-à-coup morne, triste, insouciant, nul ne va plus amassant le miel dans les champs pour les magasins publics, nul n’en revient plus avec la poussière des fleurs pour nourrir la jeune couvée, nul ne forme plus de cire pour bâtir de nouvelles cellules, nul ne trémousse plus les ailes à entrée de la ruche pour y renouveler Pair, tout dépérit ; l’homme seul peut encore sauver la république désolée : il n’y à qu'à lui donner un rayon, pris d’ailleurs, mais où se trouve une cellule royale, garnie de son œuf, ou seulement quelques cellales avec des œufs, ou de jeunes vers pour les abeilles communes, Aussitôt la confiance renaît, les travaux recommencent, et dans peu de jours, une nouvelle souveraine recevra les hommages d’un peuple fidèle,

Voilà des merveilles bien étonnantes, et d'autant plus étonnantes qu’on les a plus longtemps ignorées. On duit la plus grande partie de cette découverte à un savant anglais, M. Hubert.

Eh! combien d’autres merveilles que nous continuons d'ignorer, Les fourmis n’ont ni roi, ni reine, ni commandant; toutefois elles se réunissent en société, bâtissent des espèces de villes, travaillent en commun le jour, et font leur repas en commun la nuit: leur gouvernement est une république, où l’on distingue trois ordres comme chez les abeilles; les mâles, les femelles et les ouvrières. Les mâles et les femelles ne servent qu'à la propagation de l’espèce, elles ont des ailes et s'accouplent dans l'air. Après cela, les mâles périssent, ou peut-être sont mis à mort, comme il arrive chez les abeilles : les femelles entrent dans la fourmilière et y pondent de petits œufs, qui, soignés par les ouvrières, se transforment successivement en vers, en nymphes et en fourmis, mâles, femelles et communes. Ces dernières sont toujours le grand nombre.

Ce qu'on appelle vulgairement œuf de fourmis sont des vers dans une espèce de coque, qu'ils se sont filés eux-mêmes, dans laquelle ils subissent leur dernière métamorphose, Pendant l'hiver, les fourmis s’engourdissent dans nos climats; elles ne mangent point les aliments qu'elles amassent pendant l'été; ils se consomment chaque jour ; peut-être aussi servent-ils à l'approche et à la sortie de la mauvaise saison,

Les fourmis se font des guerres de peuplades à peuplades ou d'espèces à espèces : elles retiennent captives, et tout-àfait en esclavage, les prisonnières qu’elles ont faites, et les condamnent aux travaux forcés intérieurs. De plus, elles élèvent et nourrissent convenablement, dans des sortes d’étables, d’autres espèces d’inseetes et surtout des pucerons, qu’elles soignent, pour les traire ct pour en obtenir un aliment assuré dans le temps de disette, comme nous tenons en domesticité nos vaches, nos ehevreaux et nos brebis. Enfin elles constituent de véritables républiques, où tout est mis en commun, propriétés, familles, nourriture et bestiaux !

Qu'est-ce done que notre grand Dieu, pour prodiguer tant de merveilles, et de toutes parts, dans de si petites créatures ?

Jl n’y a pas jusqu'aux insectes les plus repoussants, aux chenilles, qui ne nous en offrent des plus étonnantes. Elles multiplient prodigieusement tous les ans, parce que tous les ans elles doivent servir de pâture à une multitude prodigieuse d'oiseaux. Leur aspect seul nous répugne, et cependant c’est à une chenille, et à une chenille des moins agréables par sa forme et sa couleur, que nous devons la soie, et par suite les étoffes les plus précieuses, les plus riches ornements, et dans les palais des rois, et dans les temples de Dieu !

Qui nous a dit que celles de nos jardins ne pourraient pas donner lieu à quelque chose de semblable? Comme la chenille qui file la soie, ce sont des vers éclos d’un œuf

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pondu par un papillon. Après avoir rampé quelque temps et brouté l'herbe, elles se disposent au trépas: pour cela, les unes filent des coques, d’autres se cachent sous terre dans de petites cellules bien maçonnées: les unes se suspendent pt leur extremit postérieure, et d’autres se lient par une ceinture qui leur embrasse le corps. Dans cette espèce de sépulere, elles se défont de leur peau, de leurs jambes, de l'enveloppe extérieur de la tète, de leur crâne, de leurs machoires, de leur outil à filer, de leur estomac et d’une partie de leur poumon: c’est un vrai trépas, un passage d’une existence à une autre.

Dans ce nouvel état, on les nomme fêves, parce qu’elles en ont la forme; chrysalides ou aurélies, parce que leur enveloppe a la couleur d’or; nymphes enfin, ou jeunes mariées, parce que, dans cette enveloppe, elles prennent de plus beaux atours et la dernière forme sous laquelle elles doivent paraître pour multiplier leur espèce.

Bientôt vous verrez la rampante, l’aveugle, la maussade chenille, sortir de son tombeau transformée en léger papillon, parée des plus vives couleurs, ayant des yeux et des ailes, apercevant au loin les fleurs de la prairie, volant de Pune à l’autre pour en sucer le miel et la rosée, et ne vivant pour ainsi dire que de plaisir et de bonheur. Quelle admirable image de la résurrection du juste, après avoir passé sur cette terre des jours de simplicité, d’humilité et de persécution |

Mais, dira le prétendu philosophe, à quoi peut servir tout cet étalage de création, tant de détails et de variétés ? Tout cela est destiné pour un seul être, destiné à lui procurer le nécessaire, l’agréable et l’utile. Tout cela est pour le roi de la création, le vassal du Créateur, Phomme.

Dieu dit : ‘ que la terre produise des animaux vivants, “ chacua selon son espèce, les bêtes de secours, les bêtes ‘“ rampantes et les bêtes sauvages,” et le taureau ou le bœuf, roi des animaux de labour, naquit en mugissant pour appeler son maître; à côté de lui, beugle la génisse prête

à donner son lait, sa crême et son beurre : tous les deux, pour un peu de paille et de foin, serviront à l'homme, toute leur vie, à labourer et engraisser la terre, à traîner de pesants chariots, et quand ils auront laissé de nombreux descendants, ils le nourriront encore de leur chair, et le chausseront de leur peau.

Près d'eux, le bélier et la bêlante brebis lui offrent leur trésor pour se vêtir; et quand il voudra donner un festin à ses amis, ils se laisseront mettre à mort avec leurs agneaux sans rien dire.

Plus loin, à côté du bouc, est la grimpante chèvre pour être la nourrice des enfants du pauvre. Aussi la grande occupation et la principale richesse des antiques patriarches étaient-elles d'élever un grand nombre de ces premiers animaux.

Pour aider l’homme dans cette occupation, un animal naîtra intelligent, doux, vif, fidèle et infatigable: le chien de l’homme pasteur, il fui gardera ses troupeaux ; le chien de l’homme chasseur lui assujettira les bêtes des champs et des forêts. Le cerf, le chevreuil, le lièvre sont forcés d'embellir les parcs et de garnir la table du riche. Le sanglier, réduit en domesticité sous le nom de porc, et se nourrissant des choses les plus viles, deviendra la richesse du pauvre. Le chien ne demandera, pour tous ses services, que quelques restes de la table, quelques os à ronger. Avec cela, il s’attachera à son maître, il s’affigera en son absence, sautera de joie à son retour, l’accompagnera sur tous les chemins, le défendra au péril de sa vie; et cette fidélité est la même pour le pauvre comme pour le riche : il lèchera la main qui vient de le frapper, les mauvais traitements ne sauraient Île corrompre. L'homme est-il réduit à la mendicité et devenu aveugle, un petit chien le conduira par une ficelle au milieu des rues, lui faisant éviter les mauvais pas, sollicitant la pitié des passants, et le menant jusqu'à la porte du riche qu’il suppliera, par l'humilité de son regard, à mettre quelque aumône dans le bassin

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qu'il tient à la gueule. Qui a donc inspiré à ce petit animal un si grand attachement pour l'homme?

Mais en voici un autre qui, par la beauté de sa taille et la fierté de sa déinarche, semble nous adresser ces paroles de Dieu à Job: “ Est-ce toi qui as donné la force au cheval, “ qui as hérissé son cou d’une crinière mouvante ? le feras- “tu Londir comme la sauterelle? son fier hennissement répand la terreur, il creuse du pied la terre, il s’élance ‘avec orgucil, il court au-levant des armes : intrépide, il se rit de la peur, il affronte le tranchant du glaives sur # lui, le bruit des carquois retentit, la flamme de la lame ‘ du javelot et de larme à feu étincellent, il bouillonne, il “ frémit et dévore la terre. A-t-il entendu la trompette ? 4 C'est elle, et dit, allons! et de loin il respire le combat, # Ja voix tonnante des chefs, et le fracas des armes.”

Mais le cheval fier de traîner le char des rois, de porter le gucrrier dans les batailles, de courir avec le chasseur à la trace du cerf, demande une nourriture de prix et beaucoup de soin. Le pauvre en sera donc privé ?

Aussi, tout à côté s'élève un animal plus modeste, plus laborieux, plus dûr, plus frugal, s’accommodant de toutes sortes de nourritures, d'herbes, de feuilles, de chardons; un animal qui aidera le pauvre en tout, à semer, à recueillir, à transporter son petit avoir, sa famille d’un endroit dans un autre. L’âne fera même ce que le cheval ne peut faire, il grimpera sur les hautes montagnes, il marchera d’un pied ferme dans les sentiers les plus glissants, sur les bords même des précipices. Dans les hautes cordillières de l'Amérique, où il n’y a ni cheval, ni âne, ni brebis, le lama tiendra lieu de tous trois: servira de monture, portera des charges, donnera tout ensemble de la laine, du lait et de

chair. Il en sera de même au nord de Europe, où la neige couvre la terre six mois de l’année. Là, Dieu donnera aux pauvres Lapons, pour leur servir à la fois de cheval, de vache et presque de moutons, une espèce de cerf, le renne, qui ne demandera d'autre salaire que de brouter la mousse

qu'il Céterre Jui-même sous la neige. Non loin de là, les castors rassemblés en société construisent sur pilotis, au milieu des rivières, des digues de quatre-vingts et cent pieds de long: puis à côté, partie sous Peau, partie au-dessus, des maisons en forme de bourgades, et dont chacune contient d’un à dix ménages, avec les provisions nécessaires. Pour toutes ces constructions merveilleuses, ils n’ont d’autre hache que leurs dents, d’autre pioche que leurs pieds de devant, d’autre rame que leurs pieds de derrière, l’autre truelle, d'autre marteau que leur queue. Ils auront pu apprendre à l’homme l’art des ponts et des chaussés ; et ils lui fourniront une couverture contre le froid, et de la chair pour sa nourriture.

Dans les climats chauds où ne sauraient vivre le lama ni le renne, dans les arides déserts où le bouc, l'âne et le cheval ne trouveraient ni eau ni pâturage, Dieu a donné aux arabes le chameau. Son pied est taillé pour marcher d’un pas sûr au milieu des sables, où il fera vingt à trente lieues par jour, portant quelquefois de mille à douze cents livres pesant. Sa nourriture sera un peu d’herbes qui se rencontre par hasard sur sa route, où un peu de pâte ou de fruits secs que lui donne son guide; quant à l’eau, il restera quelquefois neuf jours et davantage sans boire : se rencontre-t-il, à quelque distance de son chemin, une mare où il y ait de l’eau, il la sentira de plus d’une demi-lieue, doublera le pas, boira d’un seul coup pour le temps passé et pour autant de temps à venir. A cet effet, Dieu lui a donné un réservoir.

Les autres animaux ruminants, où qui remâchent ce qu'ils n’ont fait qu’avaler d’abord, tels que le bœuf, la brebis, la chèvre, etc., ont quatre estomacs : un premier, plus vaste, leur sert de grenier à foin ; l’herbe qu’ils y entassent y ayant été macerée quelque temps, ils en font remonter une partie à la bouche, et la broyent à loisir pour l’envoyer au deuxième estomac, de Ià au troisième, et enfin au quatrième. Outre ces quatre estomacs, le chameau en a reçu

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an cinquième, capable de contenir tout ce qu'il lui faut d’eau pendant une semaine. (Cette eau y séjournera sans s’y corrempre: à mesure que le chameau en aura besoin, il la fera monter, par une espèce de pompe, du réservoir dans le gosier. Grâce à cette industrie unique de la divine providence, k dromadaire avec sa bosse, le chameau avec ses deux, transporteront l'homme et ses marchandises à travers des déserts, autrement impratieables : ce n'est pas tout, ils le nourriront de leur lait, ils le vêtiront de leur poil, leur fumier desséché lui servira de bois pour faire sa cuisine dans le désert, et de chandelle même. Enfin, après l'avoir servi toute leur vie avec une grande docilité, ils le nourriront encore de leur chair à leur mort. Qui ne bénirait la bonté du Créateur, en nous préparant ainsi dans chaque climat l’animal qu'il nous faut !

Dans les climats brûlants, où le chameau même ne saurait durer, naîtra sauvage, mais s’apprivoisera facilement, eette montagne ambulante qui fait trembler la terre sous ses pas, en un mot, l'éléphant. (C’est d’abord un colosse informe : une petite tête, presqu'immobile, avec un corps immense, de longues oreilles, des jambes droites et massives comme de gros piliers, se terminant par un pied si court, si petit qu'il se distingue à peine; une peau dure, épaisse et ealleuse. Avec cela, l'éléphant est de tous les animaux celui qui approche le plus de l’homme pour l'adresse, l’intelligence et le sentiment.

Ce que la main est pour l’homme, la trompe l’est pour l'éléphant. Avec cette trompe, il peut remuer et tourner en tout sens, et cucillir un bouquet de fleur; débouche une bouieille de vin et la boit; déracine les arbres ; de son corps il renverse les murs. Seul, il met en mouvement es plus grandes machines, et transporte des fardeaux que plusieurs chevaux remueraient à peine. Une charge de quatre à cinq milliers n’est pas trop pour un grand éléphant. Il porte une four armée en guerre et chargée de nombreux combattants;

916 LE RÉPERTOIRE NATIGNAL.

enfin, de ses fortes défenses, il peut percer les plus terribles des animaux, celui que les plus puissants redoutent.

Ce qui le rend beaucoup plus intéressant encore, ee sont les nobles sentiments qui forment son caractère: conservant la mémoire des bienfaits reçus, jamais il ne méconnaît son bienfaiteur, il lui marque sa reconnaissance par les signes les plus expressifs, et lui demeure toujours attaché.

On en a vu sécher de douleur, en perdant leur eornac où l’homme qui a soin d’eux. Domestique aussi docile que fidèle, et aussi intelligent que docile, il semble prévenir les désirs de son maître, deviner sa pensée et lui obéir par inspiration. Il ne se refuse à aucun genre de services, pas même aux plus pénibles ; il poursuit sa tâche avec instance, sans se rebuter, et se croit toujours assez récomrensé, quand on lui témoigne, par quelques caresses, qu'on est eontent de lui et de l'emploi de ses forces. Mais plus il est sensible aux bons traitements, plus il s’irrite des offenses ; il ne perd pas l’occasion de s’en venger. Cependant, la colère même dans ces instants ne l'empêche pas touiours d'écouter sa générosité. Un éléphant venait de se venger de son cornac, son conducteur, en le tuant. Témoin de ce spectacle, sa femme, hors d’elle-même, prend ses deux enfants et les jettent aux pieds de Panimal encore tout furieux. % Puisque tu as tué mon mari, lui dit-elle, ôtes- 4 moi aussi la vie ainsi qu’à mes enfants.” L'’éléphant s'arrêta tout court, s’adoucit, et comme s’il eût été touché de regrets, il prit avec sa trompe le plus grand des enfants, le mit sur son cou, ladopta pour son eondueteur, et n’en voulut pas souffrir d’autres.

Un éléphant fort apprivoisé, je ne sais dans quelle ville, avait la liberté de se promener dans toutes les rues: tout le monde le connaissait, et, lui, connaissait, pour ainsi dire, tout le monde. EH avait l’habitude de passer journellement par la boutique d’un tailleur, et comme il manquait un carreau de vitre dans le chassis du tailleur, Péléphant y faisait passer le bout de sa trompe comme pour lui dire

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bonjour, et la retirait bien paisiblement pour continuer sa promenade. Un jour, le tailleur s’avisa, par pure badinage, de piquer le bout de la trompe de lPéléphant avec son aiguille, L’éléphant se retira, sans marquer de mauvaise humeur; mais le lendemain il remplit sa trompe d’eau, et s’achemina vers la demeure de notre tailleur. Il enfonce comme d'ordinaire le bout de sa trompe dans le carreau de vitre, et à bout presque touchant, il lance dans la face du tailleur, avec une force extraordinaire, toute l’eau que contenait sa trompe. Le tailleur en fut si étourdi, qu’il fut renversé par terre. (Cela fait, notre éléphant continua tranquillement sa route, disant probablement en lui-même, “ voilà comme je badine, moi !”?

Hors de ces cas, l’éléphant, doux par tempéramment, n’emploie sa force ct ses armes que pour se défendre luimême, secourir son maître ou protéger ses semblables. Souple, complaisant et caressant, il rend avec sa trompe caresses ‘pour caresses, fléchit les genoux devant celui qui doit le monter, se soumet à sa direction, aide lui-même à se charger, se laisse vêtir et se parer: il semble même y prendre plaisir. Ses mœurs sociales qui l’éloignent de la solitude et d'une vie errante, le portent à rechercher la compagnie des animaux de son espèce et à leur être utile. Le plus vieux des éléphants, comme le plus expérimenté, est à la tête de la troupe et la conduit, Le plus âgé après lui ferme la marche : les jeunes et les faibles sont au centre du bataillon, et celles qui allaitent encore portent leurs petits qu’elles embrassent de leur trompe. Tel est l’ordre que ces prudents animaux observent dans les marches périlleuses ; mais quand ils n’ont rien à redouter, ils se relâchent beaucoup de leurs précautions ; ils se promènent dans les forêts, dans les champs, dans les prairies, y pâturent à leur aise, sans toutefois s’écarter assez les uns des autres pour se priver de leurs secours mutuels ou de leurs avertissements.

Je vous ai prouvé, je l’espère, dans ma dernière lecture, que je sais prendre mon sérieux dans Poccasion..…...........…,

Maintenant, que le goût des lectures est, pour ainsi dire, général à Québec, nous pouvons aborder les sujets graves comme Îles amusants... sssssssssessercsssssossonossscsenstee

Pour ceux qui ne viennent ici que pour s'amuser et rire, je dois leur dire que le temps de rire est passé, qu'il s’agit à présent de s’instruire.

A la sortie de ma précédente lecture, javais devant moi des demoiselles anglaises, et une d’elles disait à ses compagnes: % But he has not been so funny as last time!” Funny! et où trouver du funny dans un sujet comme celui de l’univers ? Non, le sérieux va prendre la place du funny. Je ne prétends pas, pourtant, aller jusqu'à faire pleurer mes auditeurs: il me faudrait, pour cela, changer de caractère, et je ne m’y hasarderai pas à mon âge. Sans ma gaîté oratoire, je gèlerais à glace tout mon auditoire, dames et messieurs, sans exception.

Nous avons considéré, l’autre soir, la belle harmonie qu’il a plu à la divine providence d’établir sur cette terre. Nous continuons le sujet aujourd’hui, harmonie terrestre ; et nous prouverons qu’ici-bas, tout est à sa place, et que tout concourt à procurer à l’homme, et la jouissance, et le bonheur.

Il est probable que nous ne monterons pas encore au ciel, ce soir; mais préparez-vous y, mesdames et messieurs, pour la prochaine soirée.

Mais on va peut-être me dire que j’ai mal choisi mon temps pour une excursion céleste : qu’on s’amuse si bien sur la terre, durant le carnaval ; qu’on ne parle que de pic-nicks, de dames, de bal et de divertissements! Je conviens de tout cela, et pour ne déranger personne, voici ce que je proposerai. Comme j'apprends que mon ami, i: docteur Bardy, doit donner prochainement une lecture, je lui abandonnerais volontiers mardi prochain, qui est le mardi-gras : et moi, je me présenterais le mercredi des cendres, jour assu-

cture, i dire, mraves t rire, s’agit

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rément très propre à méditer sur les vanités de ce bas monde, et à nous engager à visiter le ciel.

Que ferait l’homme sans les animaux? L'homme sans les animaux ne ferait pas grand'chose, je vous l’assure. Sans les animaux, nos tables modernes auraient bien l’annanas et le melon d’eau, mais elles n'auraient pas la dinde. Elles auraient le vin, mais le rôti manquerait : elles auraient le poivre et les cornichons, mais non pas le fromage. Sans les animaux, nos voyageurs dans leurs courses, nos guerriers en campagne, auraient la massue et l'arme à feu, mais la bête de somme, mais le coursier du combat, qui bondit aux sacades de l’éperon, mais léléphant qui porte des tours pleines de gens d’armes, mais le chameau, ce vaisseau du désert ; en un mot, tous les auxiliaires quadrupèdes leur feraient défaut.

Le chasseur aurait le fusil, mais le chien fidèle, mais le gibier, où seraient-ils? Dans les plaines, point de lièves ; dans les forêts, point de cerfs. Vous auriez des bergers sans troupeau, des laboureurs sans bœuf, et par conséquent, point de culture, point de grains, ni de défrichements.

D'un autre côté, les animaux ne peuvent se passer du règne végétal ; tout le règne végétal sert de nourriture aux divers animaux répandus sur le globe. L'homme est à part : il est, lui, omnivore : il mange, lui, et végétal et animal: il devait en être ainsi pour le grand fermier de la terre, il devait trouver de la nourriture partout et en tout temps.

Les animaux, pour la plupart, sont herbivores et frugivores ; le plus petit nombre est carnivore. Un seul, et je l'ai déjà signalé, un seul parmi tous les animaux se rapproche de l’homme sous ce rapport: c’est le pourceau. Il est, lui, omnivore à la force duterme. Entre tous les animaux, il est celui dont l’estomac se rapproche le plus de celui de l’homme. Mais ce qui est encore plus singulier et bien humiliant, c’est qu'il est aussi le seul animal intempérant. Il boit, comme l’homme, du vin blanc et rouge, de

la bière de toutes sortes, du cidre, etc., il engloutit tout ce qu'on lui jette dans son auge: il court les voiries, et surtout le derrière des distilleries, où lon vide des pipes et des tonnes de vin et de bière : il avale tout, boit et mange en même temps, il s’en soule, et reste sur la place! Delà cette expression vulgaire, ‘ soûl comme un cochon.” Quelle compagnie pour livrogne !

C'est un fait que tous les autres animaux ne peuvent flairer des boissons enivrantes. L’éléphant débouche bien une bouteille de vin et la boit, mais il ne fait cela que lorsqu'il est en parfaite domesticité et pour plaire à son maître; il ne le ferait jamais dans Pétat sauvage.

Des poules pourront bien aussi s’enivrer par hasard; ces pauvres poules avalent, sans goûter, des cerises qui ont trempé dans de lesprit de rum; elles avalent vite, et vite elles sont en train, comme l’on dit. Certes, c’est une bien amusante chose que de voir tout un poulailler ainsi pris de boisson, surtout quand le coq a pris part à la fête. Mais c'est un aller et venir, c’est un cacassement épouvantable!

L'homme aïme la fleur, mais il ne la mange pas; il admire le gazon verdoyant des prairies, mais il ne peut s’en servir; il faut que l'animal soit là pour s’en repaître, s’en engraisser, pour en perfectionner sa propre substance, et l’offrir dans sa propre chair en sacrifice à son dieu, l’homme.

Voyez encore comme tout est bien balancé; tous les animaux et tous les végétaux qui ont existé depuis la création du monde, ont tiré successivement de la couche extérieure de la terre la matière de leurs corps, et À Ha mort ils jui rendent fidèlement ce qu’ils en ont emprunté. Mais vous me direz, est-ce que les végétaux ne tirent pas, eux, beaucoup plus de substance de l'air et de l’eau qu'ils n’en tirent de la terre? ils rendent donc à la terre, en pourrissant, plus qu’ils en ont reçu. Oui, maïs considérez que c’est tout le contraire chez les animaux ; ils rendent, eux, moins à la terre qu’ils en ont retiré, et de là l’équilibre. Si on ajoute à cela la consommation énorme que fait l’homme, de bois et

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LÉ RÉPERTOIRE NATIONAL. 221 de plantes par le feu, on serait disposé à croire d’abord que la couche de terre végétale d’un pays habité devrait sensiblement diminuer dans sa production et devenir semblable au terrain de lArabie Pétrée ; mais un grand nombre d'habitants exige une grande culture pour fournir ‘x consommations de toutes espèces, d’où il s’en suit qu'une immense et longue population ne fera jamais un désert d’un pays bien cultivé.

L'homme donc est entré dans le monde lorsque tout était préparé, peuplé et habité par les êtres dont il avait besoin, comme un roi à son avènement entre dans son palais resplendissant de richesses. IT lui a fallu cependant faire la conquête de ces premiers habitants de son empire, qui, maîtres eux-mêmes jusqu'alors, remplissaient les mers, les fleuves, les ruisseaux, les forêts et les prairies.

Pour cela l’homme fut revêtu des qualités, des avantages, des secours nécessaires pour cette grande conquête: il fut revêtu de l'intelligence.

Voilà donc le royaume que la divine providence réserve à l'homme pour qu'il en jouisse. Aux pieds de ce monarque s'étend un tapis de fleurs, que toute la magnificence de Solemon n’égala jamais.

Les animaux trouveront abondamment à leur portée une nature toujours nouvelle; et pour l’homme, les blés qui doivent le nourrir principalement ne seront ni trop haut ni trop bas pour sa taille. Ils seront faciles à manier et à recueillir; ils donneront des grains à sa poule, du son à son pore, du fourrage et des litières à son cheval et à son bœuf,

Si les arbres s’élèvent plus haut, ce sera pour lui donner de lombre ; maïs remarquez bien qu’ils abaissent leurs rameaux chargés de fruits pour l’inviter à s’en saisir, et même ils les feront tomber à ses pieds.

D'ailleurs, si les arbres s’élèvent si haut et s’ils deviennent si robustes, c’est afin de donner à l’homme du bois pour des échelles et des machines au moyen desquelles il montera partout; pour faire des greniers et des magasins à ramasser

les fruits des différentes saisons; pour construire des navires avec lesquels il ira recueillir les tributs de son royaume.

Les diverses provinces du règne végétal ne produiront pas toutes les mêmes choses; il y en aura de particulières aux climats et À la température ; les pays chauds produiront des arbres à feuilles plus larges et à fruits plus rafraîchissants.

Sous la zône torride, on verra une espèce de figuier qui, non content de désaltérer par son fruit, présentera encore des parasols pour des villages entiers; il croîtra sur le sable brûlant du rivage de la mer, et jetant de l’extrémité de ses hranches une multitude de jets qui s’inclinent vers la terre, et qui y prennent racine, il formera autour de son tronc principal une quantité d'arcades qui donneront un ombrage impénétrable.

Dans les pays du nord et sur le sommet des montagnes froides croissent les pins et les sapins, les cèdres et la plupart des arbres résineux, qui abriteront l’homme des neiges par l’épaisseur de leurs feuilles et lui fourniront pendant l’hiver les flambeaux et l’entretien de ses foyers.

Dans les climats tempérés, même bienveillance de la part de la nature végétale ; c’est dans la saison chaude et sèche qu’elle nous donnera quantité de iruits pleins d’un jus rafraîchissant, tels que les cerises, les pêches et les melons ; et à l’entrée de l'hiver ceux qui échauffent par leur huile, tels que les amendes et les noix. Mais de toutes ies parties de la terre la plus favorisé sera l’Asie, le berceau du genre humain.

Là viendront naturellement l’olive, l’orange, la figue, la pêche, l’abricot, les aromates, le riz, la canne à sucre, le thé et le café. Là, s’élanceront vers les cieux ces colonnes couronnées de verdoyants chapiteaux, les palmiers de différentes espèces : le grand palmier, dans les déserts de la Palestine et de l'Egypte, fournira à d'innombrables solitaires le vêtement dans ses larges feuilles ; la nourriture dans sa moëlle et ses dattes.

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Le palmier cocotier, sur le bord des mers les plus naviguées, présentera aux marins son bois pour en b. tir des vaisseaux, ses feuilles pour en faire des voiles, s0n tromc pour le mat, la bourre pour les cordages, et son fruit pou cargaison. C’est là surtout que viennent deux plantes d’um chétive apparence, mais d'une vertu inappréciable, le froment et la vigne, qui soutiennent la force de l’homme et répandent la joie dans son cœur.

L'homme, après Dieu roi et maître des animaux, se multiplie lentement; il occupera tous ses états par degrés. Les animaux, au contraire, du moins un grand nombre, multiplient d’une manière prodigieuse. Si, donc, rien ne balance leur fécondité, bientôt la terre ne suffira plus à les nourrir; ils périront de faim, et leurs cadavres infecteront l'air: les animaux carnassiers seront chargés d’y porter ordre.

Obligés, par la nature de leurs estomacs, à vivre de sang et de chair, ils se jetteront sur les autres, et principalement sur ceux qui multiplient davantage. A cette fin, ils recevront la force et l’agilité pour atteindre leur proie, des griffes pour les déchirer, des dents pour les dévorer.

A leur tête, paraît le roi des forêts et des déserts, le lion à la figure imposante, au regard assuré, à la démarche fière, à la voix terrible. Puissant et courageux, il fait sa proie de tous les autres, et n’est la proie d’aucun. Cependant, il ne tue que pour assouvir sa faim ; est-elle appaisée, il est inoffensif, Du reste, aussi généreux que fort, même dans l'état sauvage, il est reconnaissant du bien qu’on lui a fait.

Moins fort que le lion, voilà le tigre aux yeux hagards, à la langue couleur de sang et toujours hors de la gueule. Bassement féroce et cruel sans nécessité, il est le tyran des animaux : il saisit et déchire non seulement pour manger la chair et boire le sang, mais rassasié, mais désaltéré, il déchire et massacre encore. Le lion, pris jeune et élevé parmi les animaux domestiques, s’accoutume aisément à vivre et même à jouer innocemment avec eux. Il est doux

pour ses maîtres et même caressant, surtout dans le premier âge ; et si sa férocité originelle reparaît quelquefois, rarement il la tournera contre ceux qui lui ont fait du bien,

Le tigre est peut-être le seul animal dont l’homme ne puisse fléchir le naturel. La douce habitude ne peut rien sur ce caractère de fer : il déchire la main qui le nourrit comme celle qui le frappe ; il rugit à la vue de tout être vivant,

& S'il y a des hommes lions, combien y en a-t-il qui sont tigres?” Le tigre mange ses propres enfants, et déchire la mère quand elle veut les défendre.

Le fluide qui enveloppe la terre de toutes parts s'appelle atmosphère ; est l'air que nous respirons, où nagent les oiseaux, comme Îes poissons nagent dans l'océan, mais il est plus compact et plus pesant.

Les poissons ne sauraient vivre sans l’eau, et nous ne saurions vivre sans air. Longtemps on a cru que l'air était un élément simple ; maïs on découvrit, il ÿ a cinquante ans, qu'il est un composé de deux éléments: un, qui en forme un peu plus du cinquième, entretient la vie par la respiration, et le feu sur nos foyers par la combustion, c’est Poxigène ; et Pautre, quand il est seul, éteint tout à la fois et la vie et le feu, c’est l'azote à l’état gazeux. Le méclange de ces gazes compose l'air.

L'atmosphère des poissons, l’eau, est également composée de deux éléments ; l’un qui en forme le tiers, lui est commun avec l'air, c’est le même élément que nous respirons, et qui fait brûler les combustibles : Pautre qui en forme les deux tiers, est l'hydrogène, le gaz inflammable, que tout le monde connaît, et qui depuis quelque temps éclaire les boutiques et les rues des grandes villes, et qu’on nous promet à Québec sous peu. -Lorsqu’avec ce gaz se mêle l’oxigène, il en résulte une vive lumière, accompagnée de chaleur, et de cette combustion il en résulte pour charbon, un résidu d’eau pure, Aussi, les savants elassent-ils maintenant l'eau

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parmi les corps brûlés. Lorsque ces deux éléments de l’eau se combinent subitement et en quantité considérable, ils produisent une masse de lumière éblouissante, accompagnée de forte détonnation. C’est ainsi que se forment, dans les nues, le tonnerre, la foudre et les éclairs; et voilà comme la science moderne nous fait comprendre tout le sens de ces paroles de David : ‘ Le Seigneur change les foudres “ en pluie.”

Mais dire au peuple que l’eau est un corps brûlé: lui dire que c’est un charbon, c’est lui prêter à rire. Eh! depuis quand, dira-t-il, eau et le feu s'accordent-ils si bien ensemble ? Depuis quand l’eau n’éteint-il plus le feu ? Le tocsin, le peuple et les pompiers ne répondent-ils pas tous que c’est de l’eau qu'il faut dans les incendies ? Examinons l'argument, si fort qu’il paraisse.

D'abord, qu'appelle-t-on charbon, ou corps brûlé ? N'estce pas le résidu d’une combustion ? et quel est le résidu de la combustion qui se fait par lunion de l’oxigène et de l'hydrogène, n’est-ce pas de l’eau pure? Done, cette eau est charbon et corps brûlé, et capable de brûler encore.

La preuve est à la portée de tout le monde : voyez ce qui se passe dans la boutique du forgeron, voyez-le tremper son balai dans l’eau, et asperger son feu ; croyez-vous qu’il veut l'éteindre ? Il connaît mieux que cela: il veut le raviver et l’animer ; mais que le forgeron verse sur son feu toute l’eau qu’il y a dans son baquet, et il l’éteindra, il n’y a pas de doute: parce qu’un peu d’eau anime le feu, et qu’une grande abondance l’étouffe. Que faites-vous quand vous voulez empêcher le tison de s’éteindre ? vous soufflez dessus ; et quand vous voulez éteindre votre chandelle, vous soufflez encore dessus: vous soufflez donc et pour allumer et pour éteindre! Ilen est de même de l’eau, tout dépend de la quantité ; un peu d’eau, un peu d’air attisent le brasier, et beaucoup d’eau et beaucoup d’air l’éteignent ; ceci est de quelque importance dans les incendies. Vous voyez des gens

qui, lorsque la maison est en feu, ouvrent les portes, en-

foncent les châssis, et laissent la cheminée ouverte ! Qu’arrive-t-il? c’est qu’ils donnent de l'intensité à l'incendie, C'est en fermant tout qu’on peut arrêter ou diminuer le feu pour quelque temps au moins. El y a aussi des pompiers qui font jouer leur pompe sur le grand brasier, et que fontils ? ils font ce que le forgeron fait avec son balai.

L’air est attiré vers le centre de la terre, c’est-à-dire, qu’il est pesant comme les autres corps, mais il pèse huit cents fois moins que l’eau, parce qu’il est huit cents fois moins compact.

Jusqu'à quelle hauteur notre atmosphère s’élève-t-elle ? on m'en est pas encore bien certain : on conjecture qu’elle s'élève à quinze ou seize lieues. Au-delà, serait un fluide plus tenu, qu’on nomme éther ; mais ce qui est d'expérience, c’est que plus on s’élève, et plus on [a trouvé froide, subtile et légère. A une lieue et demie de la terre, l'atmosphère ne pèse plus assez pour l’homme et pour retenir le sang dans ses veines. L’homme en est, à cette élévation, comme le poisson habitué à vivre dans les profondeurs de la mer et qui périt lorsqu’on l’amène à la surface.

Les mers, ces eaux que le Seigneur a mesuré dans le creu de sa main, et occupent les deux tiers de notre globe, ont autrefois couvert la terre entière : tout philosophe impartial n’a plus de doute aujourd’hui là-dessus.

Maintenant que ces eaux sont enjfermées dans des barrières qu’elles n’oseront plus franchir, est-ce qu’elles ne devraient pas naturellement se corrompre et infecter l’univers? Le Créateur y a pourvu: 1. les eaux, on ne sait comment, se trouvent salées au point que l’homme ne saurait en boire ; ni les pluies souvent qui y tombent, ni les fleuves qui sans cesse y mêlent leurs ondes, ne sauraient en adoucir l’amertume ; 2. les mers ne restent pas stagnantes : chaque douze heures, l'océan monte et descend, s'élève et s’abaisse ; ce mouvement alternatif de la mer, se retirant pendant six heures et revenant pendant six autres, est connu

sous le nom de flux et reflux ou marée. Comme ces marées suivent le cours de la lune, et qu’elles retardent tous les

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jours, ainsi que la lune, de trois quarts d'heure, on conclut,

avec raison, que la lune en est la principale cause. De

plus, comme ces marées sont plus fortes aux nouvelles

et aux pleines lunes, lorsque le soleil, la lune et la terre se trouvent sur la même ligne, on conclut aussi que le solcil y entre également pour quelque chose. 3. Un autre moyen d'entretenir la salubrité des mers se trouve dans les vents et les tempêtes, qui les agitent en tous sens.

En haute mer, sous la zône torride, on sait qu’il souîle des vents réguliers : on en a trouvé la cause dans Paction du soleil, combinée avec la rotation de la terre.

l'air de la zône torride, que le soleil échauffe par une longue présence, se dilate, s'élève et se répand sur les pôles : l’air froid des pôles afflue en-dessous, vers le milieu de la zône torride, où l'équateur, pour remplir l’espace de vide, produit par la dilatation. Il se formera donc dans chaque hémisphère terrestre deux courants d’air, l’un supérieur qui va de lPéquateur aux pôles, et Pautre inférieur qui vient des pôles à l’équateur.

On voit un exemple de ce phénomène dans nos appartements à cheminée : Pair répandu autour du foyer s’échauffe, se dilate et, devenu plus léger, s’élève ; une partie va dans la cheminée, et l’autre dans le haut de l’appartement ; en même temps, un nouvel air arrive par le bas, pour remplacer l'air ascendant, et il en résulte une succession non interrompue de deux courants contraires : l’un supérieur qui s’'éloigne de la cheminée, et l’autre inférieur qui se porte vers elle. On a une preuve sensible de ceci en plaçant une bougie allumée dans la porte de l'appartement : en bas, la

flamme s'incline en-dedans ; en haut, elle s’incline endehors ; au milieu, elle reste immobile.

Le soleil, ce grand foyer de notre atmosphère, y produit des effets semblables. Voilà les vents expliqués.

La terre de soi-même est aride; et si la mer ne doit venir que jusque-là, et pas plus loin, si Porgueil de ses flots doit se briser à telle marque, qui l’arrosera pour qu’elle

produise ? Dieu en a chargé la mer même et les vents : sans cesse la mer, sollicitée par la chaleur du soleil, envoie dans les airs une partie de ses eaux réduites en vapeurs. Ces vapeurs légères sont transportées par les vents de côté et d'autre; puis, ils les laissent tomber sur la terre, en rosée, en pluie, en neige et en frimas. Tout ce qui a soif se désaltère ; et pour que ces eaux ne manquent pas avec la pluie, le Créateur en durcit quelques-unes comme de la pierre, et en amoncèle d’énormes magasins sur le sommet des plus hautes montagnes : des glaces, des neiges éternelles couvrent la cime des Alpes, des Cordilières, et fondant peu à peu s’insinueront dans leurs flancs : de là, avec des milliers de ruisseaux et de fontaines, jailliront le Rhin, le Rhône, le Danube, le Saint-Laurent, qri, dans leurs longues courses, arroseront des provinces, des royaumes, des grandes cités, et rentreront dans la mer d’où ils sont partis, pour en partir encore.

Quelle machine merveilleuse, qui sans fatigue et sans cesse abreuve, sur toute la terre, les hommes, les animaux et les plantes !

Nons avons dit que les eaux de la mer étaient salées et amères ; voici encore de quoi nous faire admirer. La mer gardera pour elle toute son amertume, et n’enverra vers le ciel, pour revenir sur la terre, que des eaux douces. Ce qu’elle opère continuellement pour tous les hommes, elle est prête à l’opérer pour chacun : faites évaporer, faites bouillir de ces ondes amères sur le feu, elles déposeront le sel sur le fond du vase, et les vapeurs qu’elles font monter, si elles sont reçues dans une éponge, vous présenteront une boisson salubre, Par une seule opération, elles vous donneront de quoi assaisonner votre nourriture et de quoi étancher votre soif.

& Mais, dira celui qui trouve que tout est en désordre 4 dans ce monde, l’océan avec ses longs bras ne sépare-t-il “pas les continents? n’empêche-t-il pas les peuples de & communiquer entre eux?” Maïs c'est justement le con-

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