‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 53 sur 81 · COMÈTES · texte numérisé non relu

COMÈTES

Les comètes ont toujours été et sont encore pour le vulgaire un sujet de terreur, soit à cause de la rareté de leurs apparitions, soit à cause de leur figure extraordinaire et souvent effrayante. L’apparition d’une comète est pour le peuple un événement sinistre, un pronostic de quelque catastrophe de guerre, de peste, de famine, ou l’annonce de la naissance d’un grand prince de la terre, ou encore d’une année de fortune et de bonheur.

La science astronomique nous démontre aujourd’hui que les comètes ne sont que des planètes qui tournent autour du soleil, et dont les retours peuvent se prédire. Le soleil est toujours leur centre, et la seule différence, au moins connue, entre elles et les planètes, c’est que celles-ci ont des orbites presque circulaires et que celles-là (les comètes) en ont de bien plus allongés, de sorte que, durant leurs longues courses, elles sont longtemps hors de la portée de notre vue.

Comète veut dire étoile chevelue; leur grandeur est, comme celle des planètes, sujette à beaucoup de variétés. Les unes sont prodigieusement grosses, ct les autres très petites.

On distingue dans ce corps un noyau, au milieu, plus volumineux et plus épais que le reste ; leur figure n’est pas parfaitement ronde, et leur lumière n'a pas constamment le même degré de vivacité.

Les comètes se font distinguer par ces traînées de lumières, dont elles sont souvent entourées où suivies, qui sont distinctes de la chevelure, et qu’on appelle la queue de la comète.

Cependant, on a vu quelques-uns de ces astres sans queue et sans chevelure. Cette queue est toujours opposée au soleil, et d’une substance si rare et si transparente qu’on aperçoit les étoiies à travers, ct si considérable qu’elle prend un aspect imposant.

Plus la queue s’éloïgne de la comète, plus elle s’élargit, et plus sa lumière déeroît, en proportion que sa largeur augmente. Quelquefois, elle se partage en plusieurs lambeaux ; mais ce qui distingue encore les comtes des autres planètes, c’est leur course vagabonde en tous sens à travers les cieux ; tandis que les planètes se meuvent généralement, d’occident en orient, et dans les orbites peu inclinés à Pécliptique, les comètes courent daus tous les sens, même d’orient en occident, et perpendiculairement au zodiac. Et s’il plaisait à un de ces corps de se trouver sur le chemin de notre terre, nous serions bien vite réduits en cendre ; et de là, probablement, la terreur du vulgaire à propos des comètes.

Du reste, elles ont, comme les étoiles et comme toutes les autres planètes, un mouvement diurne, et cela ne doit pas être autrement que par les lois de forces centripète et centrifuge.

En se rapprochant du soleil, leur mouvement se fait avec une très grande vitesse. Au point le plus rapproché, la comète est dite, alors, à son périhélie ; et lorsqu'elle est à son plus grand éloignement du soleil, elle est dite à son aphélie. C’est alors que sa course est sensiblement ralentie. Il s’en trouve qui n’ont que dix pieds de vélocité par seconde, tandis qu’à leur périhélie, c’est-à-dire à leur plus grand rapprochement du soleil, leur vitesse, au moins pour quelques-unes, est de quarante-six lieues par seconde, treize fois plus rapide que la terre. C’est alors que la comète doit

éprouver une chaleur effroyable. Au contraire, dans leur plus grand éloignement du soleil, les comètes doivent être gelées jusqu’à leur centre. Celle de 1680 n’a passé qu’à trois cent mille iieues du soleil, et Newton a calculé qu’elle a dû éprouver alors une chaleur deux mille fois plus considérable que celle du fer rouge, et qu'elle doit être plus de cinquante mille ans à se refroidir dans nos circonstances atmosphériques. Assurément, s’il y a des habitants dans ces comtes, il faut qu’ils aient une constitution bien singulière pour vivre ainsi successivement et dans le feu et dans la glace! Et cela n'est pas absolument impossible, quand nous voyons ici-bas des êtres vivants dans l’eau bouillante et même daus le feu!

Des simples d'esprit ont, tout juste, fixé l'enfer dans les comètes, où les damnés souffrent à la fois tous les maux du chaud et du froid! Mais pour être conséquent, pour compléter leur hypothèse, tandis qu’ils en étaient à supposer, ils auraient dû fixer aussi le purgatoire dans la petite planète Mercure ; là, les détenus n’auraient eu que le feu à endurer, et, comme il n’y a qu’un pas de Mercure au soleil, ils auraient dû y placer aussi le paradis! car le soleil n’est pas un corps de feu comme on l’a pensé. Le célèbre astronome Képler assure que le nombre des comètes à travers le ciel est aussi considérable que celui des poissons dans l'océan. C’est beaucoup dire, et cependant l’autorité est respectable et de quelque poids.

On a observé un bon nombre de comètes, mais il n’y en a encore que trois, dont on a pu bien calculer la course, et ei prédire le retour. Encore, une de ces trois ne reparaîtelle qu’à une longue période. (C’est la comète dite de Halley, qui parut en 1682, et dont cet astronome annonça le retour au bout de soixante-et-seize ans. Cette prédiction fut vérifiée par le fait; et la comète a encore reparu en 1835, comme on sy attendait. Quel admirable caleul! Elle reparaîtra vers l'an 1911, c’est-à-dire dans cinquante-six ans. Combien de nous dans cet auditoire, mesdames et messieurs, qui ne la verront pas ?

Les deux autres comètes bien connues sont celles dites Biella et de Enke. La période de la première est de six ans; et relle de l’autre n’est que de mille deux cent trois jours seulement, On a quelque raison de croire qu’on connaît la période de cette autre comète, qui a paru en 1680, dont la période serait de cinq cent soixante-et-quinze ans, et à laquelle le savant anglais Wisthon attribue le déluge universel. Cette fameuse comète a paru en lan 43 de Père chrétienne ; elle était si brillante et si chevelue qu’on la voyait le jour à Pœil nu. Les Romains la regardèrent comme une métamorphose de l’âme de César, assassiné peu de temps auparavant. Elle reparut encore l’an 531, 1106 et 1680, et par conséquent reparaîtra encore l’an 2255, si le ciel présent tient encore! Suivant Wisthon, cette comète ne se trouvait éloignée de la terre en 1680 que de trois ou quatre cent mille lieues. C’est aussi celle qui se soit rapprochée le plus du soleii, et elle finira probablement par y tomber, ou par brûler la terre jusqu’à son centre. Mais il se passera bien des milliers d’aui£es avant que ceci arrive, et ce qui peut nous consoler, c’est qu’on a encore à se revoir d'ici à l’an 2255, temps de sa prochaine apparition !

Nous sommes donc dirs une ignorance complète sur la nature intime des comètes ; la substance dont elles sont composées est tellement flocconneuse, qu’on aperçoit les étoiles au travers de leurs queues, de leurs chevelures, et quelques-uns disent même à travers leurs noyaux ; ce que j'ai de la peine à croire. On aura vu des étoiles sur le bord du noyau, la méprise est 1à très probablement. On n’e pas même assuré que les comètes ne soient visibles que par la lumière du soleil, comme le sont les autres planètes. On ne peut rien dire de certain, sur leur queue ni sur leur chevelure. Beaucoup de comètes sont dépourvues de ce dernier appendice ; celles qui en ont, ne l'ont pas dans toute l'étendue de leur orbite.

Il est à remarquer, en effet, que la queue ne prend naissance que lorsque la comète est à une médiocre distance du

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soleil ; qu’elle augmente à mesure qu’elle s’en approche, et qu'elle diminue à mesure qu’elle s’en éloigne, et finit par disparaître ; ce qui nous porte à croire que la queue est une fleuve de la substance de la comète, vaporisée par la chaleur solaire.

Mais ce qui est encore singulier, c’est qu'une comète peut avoir des queues multiples. Celle de 1744 en avait six, et celle de 1814 en avait deux.

De tout le grand zombre de comètes qui doivent exister, on n’a pu en observer jusqu’à présent, qu'environ cinq cents, et parmi ce nombre nous en connaissons cent cinquante dort la masse est d’un cinq millième moindre que celle de la terre, et cependant elles occupent plus d'espace qu’elle. Leurs queues s'étendent à plusieurs millions de milles. Si bien que celle de 1811, la comète de la guerre américaine, comme disait le peuple, et celle de 1823, ont pu mêler leurs émanations avec notre atmosphère.

La comète Bliela se trouve dans le chemin de la terre, c'est-à-dire, qu’elle coupe dans sa route notre orbite ; et si elle rencontrait la terre, on peut s’imaginer quelle en serait la conséquence. Le 20 octobre 1832, cette comète, que le peuple appelait encore la comète du choléra, a passé par l'orbite de la terre; mais heureusement, la terre avait alors encore un mois pour se rendre à cet endroit. Un grand nombre d’astronomes furent consultés en Europe sur ce qu’on avait à appréhender. “ Dormez tranquilles, répon- ‘ dirent les astronomes, on vous assure que la comète sera ‘ un mois en avant, quand la terre passera par à.” De plus, cette même comète coupe encore lorbite de celle nommée de Enke, et celle-ci lui en fait autant. De sorte qu’il est astronomiquement probable que tôt ou tard, elles viendront un jour en contact. Le spectacle pour les habitants de la terre sera imposant, sinon fatal! Mais, à coup sûr, il se passera bien des milliers d'années avant que cette catastrophe arrive, Une des comètes qui se soit encore bien rapprochée du soleil, c’est celle qui parut le 20 juin 1770;

elle n'était de la terre que de six fois plus que ne l’est la lune de la terre. Toute l’Europe en fut consternée.

Mais il est temps, mesdames et messieurs, de vous parler dun étrange phénomène, qui peut nous arriver cette année ou l’année prochaine. Je craïr.s fort que cela n’achève de tourner la tête à ceux qui en ont déjà un branle! Il faut vous dire que, sur la fin du rigne de Charles-Quint en 1305, il parut tout-à-coup une comte inconnue, d’un aspect épouvantable, par sa couleur, s1 grosseur et par son énorme queue et sa chevelure hérissée : “Cometa horrendæ magnttudinis,” disaient les gens d'alors.

Charles-Quiui abdiqua cette année même, et alla s’enfoncer dans un monastère où il mourut dans l’habit de mine. Les uns dirent que le grand monarque avait eu peur de la comète, et il ne se gênait pas de dire lui-même que la comète lui ordonnait de changer de vie; mais le fait est que Charles-Quint était fatigué de gouverner. Eh bien! mesdames et messieurs, si les calculs des astronomes sont justes, comme ils ont coutume üe l’être, cette épouvantable comète doit paraître en 1848 et 49. Je suis bien aise d’avoir l’occasion de vous en prévenir, et je suis même surpris de ce que les papiers publics n’en aient pas encore fait mention.

Cette comète a dû avoir paru lan 4°4 avant l’ère chrétienne, ensuite l’an 119 de l’ère chrétienne, Pan 762, 1305, et devrait par conséquent paraître en 1848. Ce qui lui fait une période de cinq cent quarante-trois ans. On ne manquera pas, si elle paraît cette année, de la nommer la comète de Panurchie et des massacres dans l’Europe! Plaise à Dieu qu’elle n’ait rien à démêler avec l'Amérique !

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