‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 58 sur 81 · EU · texte numérisé non relu

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quelques détails, amendons-la; remplaçons-la par un autre système, si cette inefficacité tient au fond même de la loi.

Examinons donc cette loi dans ses traits principaux et caractéristiques. Mais auparavant, pour ne froisser aucun amour-provre particulier, déclarons que nous n’entendons jeter sur aucun parti ni particulier, le blâme des défauts que nous pourrons y découvrir. Notre législation éducationnelle n’a jamais encore été, heureusement, une question ou mesure de parti. Tous les partis, toutes les administrations se sont données la main sur ce point, et il y a entre eux, pour ainsi dire, solidarité de responsabilité à cet égard. Et pour qu’on ne croie pas que je veuille m’ériger en critique orgueilleux, je dirai que j'ai moi-même travaillé au bill de 1841, qui ne diffère pas essentiellement de Pacte actuel; que je Pai approuvé et appuyé en chambre de concert avec tous les représentants du Bas-Canada, à l’exception de deux. Peutêtre aurais-je pareillement donné mon assentiment aux bills subséquents, si j'en eusse eu l’occasion. Je dois ajouter cependant, pour qu'on ne croie pas ma conversion trop récente et par suite peu affermie, qu’il y a déjà assez longtemps que j’appelle de mes vœux, et de mon humble parole dans l’occasion, un système plus simple, plus approprié à l’état actuel de nos populations rurales.

Me voici amené à vous parler de ce que je regarde comme le défaut capital de notre système d'éducation, savoir: qu’on ait tout d’abord confié l’aüministration d’un système compliqué à un peuple encore étranger aux premiers rudiments de l'instruction. Aussi, ceux qui ont Îu nos actes d’éducation n’ont pas besoin qu’on leur démontre la grandeur de la difficulté qui s'élevait au seuil même, dès le premier pas du système. Ceux qui ne les ont pas lus, je les renvoie à notre digne et zélé surintendant de l’éducation, qui s’exténue véritablement depuis six ans à faire comprendre aux gens ce qu’ils ont à faire, et je doute qu'il ait parfaitement réussi en un grand nombre d’endroits.

Cette première difficulté surmontée, il restait à obtenir tes sacrifices de temps, d'application, d'argent, nécessaires au fonctionnement de la loi, et e’était alors qu’on se trouvait à vanter à des sourds cet à des aveugles les avantages qu'il y a d'entendre et de voir. En même temps qu’on mettait entre les mains du peuple, pour la faire fonctionner, cette machine si compliquée, appelée Acte d'Education, on lui disait qu’il lui fallait assez largement contribuer de sa bourse à la faire opérer. Je dis assez largement, parce que la contribution la plus modique, jointe à la perte du travail des enfants au-dessus de douze ans, est une charge onéreuse pour un cultivateur du Bas-Canada. Faut-il donc s’étonuer que nos populations rurales aient murmuré tout d’abord, et témoigné de la répugnance à faire des sacrifices disproportionnés à leurs yeux aux avantages qu’on leur promettait ? Faut-il s'étonner qu'elles aient prêté l’oreiile aux insinuations funestes de certains agitateurs subalternes ; qu’elles se soient livrées à leurs conseils plutôt qu'à ceux des anis sincères et éclairés qui vivaient au milieu d'elles, et qui auraient consenti à faire opérer le système proposé en attendant qu’on pût l’améliorer? Avouons-le, c'est Ià un résultat tout naturel, et que l’on aurait dû prévoir. Avouons aussi que, trouvant un système d’éducation tout fait chez nos voisins, nous avons voulu éviter le travail de nous enquérir s’il convenait bien à notre état social, de crainte d’être obligés d’en préparer un qui nous convint.

Au reste, Péducation n’a fait que subir la loi commune, et c’eût été miracle que de la voir échapper à la manie d'importer des institutions étrangères, qui s’est emparée de nos législateurs depuis l’ère du ci-devant conseil spécial. La judicature, la propriété, le gouvernement municipal, et bien d’autres choses encore y ont passé, et il serait temps que nos législateurs cessassent d’aller chercher leurs inspirations dans des codes étrangers, résultat de mœurs, d’habitudes, de besoins, d’aptitudes, d’idées, en un mot, d'états sociaux différents des nôtres ; il serait temps qu’un nouveau

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Thésée nous délivrât de cette législation à la Procuste, aux mutilations et aux dislocations de laquelle le caprice ou la paresse de nos faiseurs de lois nous soumet depuis trop longtemps. Ce serait un grand travail, je le sais: il ne suffirait plus, pour faire une loi, de prendre un acte législatif de l’état de New-York ou d’ailleurs, et d’en retrancher, d’y ajouter, d’y modifier quelque chose. Il faudrait, au prix de longues études, de profondes méditations, pénétrer dans les secrets les plus cachés de la vie intellectuelle, morale et physique de ce grand corps qu’on appelle peuple ou société. Encore une fois, ce serait un grand travail, mais on n'est législateur qu’à ce prix. Sans cela, on n’est qu’un faiseur ou ravaudeur de lois, et les chambres ne sont que des boutiques de lois absurdes, inexécutables, éphémères, qui se jouent des peuples, et dont les peuples se jouent.

Un ancien législateur, pour tempérer l’ardeur des faiseurs de lois de son pays, avait statué que quiconque aurait une loi nouvelle à proposer, se présenterait sur la place publique la corde au cou, afin qu'il fût bien et dûment pendu sur le champ, si son projet de loi était rejeté. Ne conviendrezvous pas avec moi que l'abus que l’on a fait de la législation en ce pays, ferait désirer qu’il y eût en Canada quelque loi de cette espèce ?

Mais revenons à notre acte d’éducation.

Nous parlions de la faute que l’on a commise en confiant administration d’un système d'éducation compliqué, et doublé de charges assez onéreuses, à un peuple à qui il s'agissait d'apprendre à lire et à écrire. Il n’y a personne qui soit plus que moi en faveur de la décentralisation du pouvoir quant aux affaires locales ; personne aussi ne sent plus vivement que moi la nécessité d’habituer peu à peu le peuple à gérer ses propres affaires locales ; et pour cela il faut bien le mettre à l’œuvre, même avec la certitude que, dans les commencements, il fera peu de chose, commettra bien des erreurs. Aussi, suis-je assez réconcilié avec lidée de laisser subsister le système municipal actuel, qui est, s’il

vous plait, le troisième ou quatrième essai dont on nous a dotés depuis une dizaine d'années. Le pis qui puisse arriver, c’est que les chemins et ponts soient mal entretenus d'ici à quelques années encore, et que les améliorations locales les plus nécessaires soient léguées à la prochaine génération. Mais l'éducation du peuple, messieurs, la vie intellectuelle de nos enfants, je nie que nous ayons le droït d’en faire le sujet d'expériences législatives ; je dis que nous serions coupables de risquer la perte d’une seule année de temps ; que de tous les systèmes qui se présentent, nous devons adopter celui qui opèrera le plus sûrement et le plus efficacement: quel qu’il soit, il sera le meilleur. Si pour avoir des écoles, de bonnes écoles immédiatement, il faut retirer au peuple, en tout ou en partie, la part qu’on lui a faite dans la régie des écoles, il n’y a pas à hésiter un instant, il faut Je faire. Fnstruisons une génération d’enfants, et ces enfants, devenus hommes, connaissant le prix de l'instruction, vous rendront facile lintroduction d’un système amélioré, plus populaire. ,

Mais avant d’en venir à vous exposer mes vues sur ce point, je désire attirer votre attention sur quelques autres parties du système actuel, qui me paraissent défectueuses et qui ont aidé à le dépopulariser.

C’est le cri ‘aux taxes,” comme on sait, qui a servi de mot d'ordre et de ralliement dans l’agitation populaire contre ’acte d'éducation. Quelques-uns, et parmi eux de graves personnages, ont prétendu que lopposition du peuple venait de la manière inconstitutionnelle, selon eux, dont la contribution foncière pour les écoles avait été imposée : ils ont prononcé le mot de “taxation sans représentation,” parce que la législature laissait à des autorités locales le droit ou le soin de répartir les charges qu’elle-même imposait. C’est une pure subtilité, une vraie chicane de mots. La taxation, en ce cas, est le fait de la représentation, tout autant que si la législature eût assis et réparti l'impôt. Et quand il y aurait eu délégation entière du pouvoir de taxer, je voudrais

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bien savoir où l’on a pris que notre législature n’a pas ce droit. C’est peut-être que l’on considère que notre législature n’a elle-même qu’un pouvoir de délégation, et que, d’après la règle qu’un pouvoir délégué 11e peut se transmettre, notre parlement ne pourrait transférer à d’autres autorités le pouvoir de taxer. Mais cette doctrine de la délégation du pouvoir des législatures coloniales représentatives n’est plus de notre temps. Le parlement britannique, en octroyant le gouvernement représentatif À une colonie, ne crée pas un droit nouveau; il ne fait que déclarer que le temps est arrivé où cette colonie doit jouir, dans les limites et avec les restrictions qu’il prescrit, des droits inhérents aux personnes de tous les sujets anglais et, qui plus est encore, à la qualité imprescriptible d'hommes libres. De sorte qu’un parlement colonial est, dans les limites de sa compétence, tout aussi souverain, tout aussi puissant que le parlement britannique lui-même, qui peut tout hors l’impossible, comme par exemple, faire un bâton sans deux bouts, qui est l’expression dont se servent certains vieux commentateurs pour expliquer l’omnipotence de ce parlement. Notre parlement provincial aurait donc pu, sans enfreindre les règles constitutionnelles, comme il l’a fait en maintes autres occasions, déléguer le pouvoir aux autorités locales.

Ce n’est pas cependant que j’approuve cette disposition de la loi; au contraire, je désire qu’on la révoque et que la législature elle-même fasse ou charge l’exécutif de faire, par lui-même ou par ses agents, tout ce qui dépendra de limposition, de la répartition, comme du prélèvement de la taxe des écoles ; et cela, dans la vue de soustraire les autorités locales à la malveillance et à l’animadversion des populations au milieu desquelles elles sont appelées à agir. Il importe beaucoup au succès de tout système d'éducation quelconque, que tout ce qui peut exposer à l’odieux soit éloigné de la tête de ceux qui ont à le faire opérer sur les lieux ; sans cela, vous aurez bien de la peine à trouver des dévouements assez robustes pour agir. C’est à la législature

et à l'exécutif, eux qui sont à Pabri des influences locales, à prendre sur eux tout l’odieux qui peut résulter de la mise en opération d’une pareille loi.

J'ai dit plus haut qu’une loi qui impose des charges ne doit pas être plus onéreuse aux uns qu’aux autres, plus pesante pour le pauvre qu’elle ne Pest pour le riche ou

Phomme aisé. L'acte d'éducation pèche sous ce rapport, ct ce n’est peut-être pas la moindre des causes de l'opposition qu'il a rencontrée. La taxe des écoles, comme on sait, porte sur les terres à proportion de leur valeur; c’est ce que les économistes appellent l'impôt proportionnel, pour le distinguer de Pimpôt progressif, qui augmente en plus forte proportion que la valeur des propriétés. Par exemple, une terre vaut £100, et elle paie 5s.; une autre vaut £200, et elle paiera 10s.: voilà l'impôt proportionnel. Maintenant, que la terre valant £100 paie 5s. comme dans le premier cas, tandis que celle valant £200 paiera 15s., vous aurez l'impôt progressif, et c’est le seul qui soit juste et équitable, à l'avis de Montesquieu, d'Adam Smith, de J. B. Say et autres économistes. Je dois dire cependant que M. McCaulloch, économiste distingué du jour, repousse l'impôt progressif, Si quelqu'un de mes jeunes auditeurs désire voir le pour .et le contre sur cette question intéressante, je le renverrai au Cours complet d'Economie Politique Pratique, 8e partie, chap. 4, et à McCulloch on Taxation, page 141 et suivantes.

[1 serait à désirer que tous les impôts fussent progressifs, car alors le pauvre serait soulagé et le riche paierait selon ses moyens. Mais le système progressif est impossible à l'égard des impôts indirects : raison de plus en faveur de ce système dans l’imposition de toute taxe directe. C’est une faute, par conséquent, que de ne lavoir pas adopté pour la taxe des écoles. Croit-on que le peuple ne Pa point senti ? qu’on se détrompe. Il ne sait pas, sans doute, comment la chose s'appelle ; mais le petit propriétaire, dont la terre, de peu de valeur en elle-même et à cause du peu de moyens

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LE RÉPERTOIRE NATIONAL. 329 qu’il a de l’exploiter avec avantage, suñit à peine à l’entretien de sa famille, sent et sait fort bien qu’il lui sera plus dur de payer ses 5s. pour sa terre de £100, qu'à son voisin 20 à 25s. pour sa terre valant £500. L’un sera obligé de retrancher 5s. sur son nécessaire, tandis que les 20 à 25s. de Pautre se prélèveront sur son superflu ; vous arrachez le pain à l’un, et vous ôtez à Pautre tout au plus quelques vaines superfluités.

Je voudrais donc qu’à l’égard de toute contribution directe pour les écoles, on adoptât le mode progressif. Les pauvres voyant que les riches contribuent proportionnellement plus qu'eux, verront la taxe d’un moins mauvais œil. Quant aux riches, il faut espérer que ceux à qui Dieu a réparti les biens de ce monde en plus grande abondance, comprendront qu’ils ne sont que les dépositaires de ces biens, et qu’ils en doivent une part aux créatures de Dieu, leurs frères, qui se trouvent moins bien partagés qu'eux. Et s'ils ne veulent perdre le mérite de leur œuvre, ils devront faire ce sacrifice de bon cœur et en vue de Dieu; car s’ils se montraient récalcitrants, il serait facile de leur prouver, chiffres et statistiques en main, qu’il est de leur intérêt, autant que de leur devoir, de contribuer libéralement à l'instruction des enfants du pauvre. Et par pauvres, je n’entends pas parler seulement des indigents, mais aussi de ceux à qui leur travail journalier ne fournit que les moyens de subsistance ordinaires, classe bien nombreuse en ce pays.

Je viens de parler de statistique. Nous n’avons pas le temps d'aller glaner dans ce champ fécond en enseignements ; mais nous pouvons, en passant, y recueillir un fait frappant, une preuve conclusive de la tendance éminemment moralisatrice de lPinstruction. D’après un travail statistique récent et soigné, il appert qu’en Angleterre et dans le pays de Galles, sur vingt-cinq mille inculpés (compte rond), il ne s’en rencontra que cent qu’on pôt appeler instruits, c’està-dire, sachant plus que les premiers rudiments de l’instruction, la lecture et l'écriture. Cela fait quatre par mille ou

un sur deux cent cinquante. Il y a donc deux cent cinquante chances contre une que l'enfant qui aura reçu une bonne éducation sera un honnête homme.

C'est l’instituteur et non plus le canon, a dit lord # Brougham, qui sera désormais l'arbitre des destinées du ‘ monde.” On peut dire, avec autant de vérité, que l’instituteur est devenu le meilleur chef de police, le meilleur substitut de toute force civile ou militaire, destinée au maintien de Pordre public; qu’à ces prisons, à ces maisons pénitentiaires érigées et entretenues à de si grands frais pour la répression et la punition des crimes contre l’ordre social, on substituera l’humble maison d’école, où les enfants du pauvre apprendront à devenir des citoyens vertueux, industrieux et utiles. Choisissez donc, riches, entre la force publique armée et un corps enseignant respectable, entre la prison et la maison d'école, entre le geôlier et le bourreau même et Pinstituteur. De quel côté est votre cœur, votre intérêt, votre Dieu ?

Or, il »’y a pas à balancer, il faut choisir, et sans tarder. Il n’y a plus à se le cacher, ces mœurs douces et naisibles de nos pères, ces vertus sociales et domestiques si admirées parmi nous, elles ont déjà souffert de graves atteintes au contact des mœurs et des vices importés du dehors. Le temps n’est plus où la serrure était un meuble inutile et inconnu dans nos campagnes, et déjà l’on entend murmurer que les moyens de répression en usage jusqu’à ce jour ne suffisent plus à la sûreté de la paix publique et de la propriété. Ce mal, cette gangrène qui gagne notre socié* i) faut prendre les moyens de l'arrêter ; ou il faut se prépiuvr à couper les

embres qui en seront atteints—le cachot, le châtiment ; ou il faut prévenir le mal—l'école, le progrès intellectuel. L’instruction, tout en procurant à l’homme de nouveaux moyens légitimes d’assurer son bien-être, le relève en même temps à ses propres yeux ; il sent qu'il a beaucoup à perdre ou à gagner dans Pestime de ses semblables, et il en est plus fort contre la tentation. L’instruction est donc un

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puissant auxiliaire au sentiment religieux, et ces deux grands moralisateurs doivent se donner la main, établissant ainsi, entre le ciel et la terre, le plus saint comme le plus salutaire des concerts, ayant pour objet le perfectionnement de l’homme, et partant, la gloire de Dieu et le bonheur du genre humain.

Je vais vous parler maintenant d'un défaut pratique du système actuel d'éducation, c’est-à-dire, d’un défaut qui résulte naturellement du système tel qu’il est; défaut tel, À mes yeux, qu’il me paraît fatal au succès de la loi, si par succès de la loi l’on entend qu'il y ait, non pas seulement des écoles, mais de bonnes écoles. Jusqu’à présent, nous avons vu l’acte d'éducation aux prises avec les difficultés qui s'opposent à son opération ; nous allons maintenant le considérer en action, mais opérant de façon à frustrer les intentions du législateur et l’attente des amis éclairés de Péducation, comme à préjudicier grandement à la cause de l'instruction populaire.

L'administration du système ayant été laissée presque sans restriction à des commissaires électifs, il en est résulté que, dans tous les lieux où la loi a opéré, chaque canton a voulu avoir son école, et que les écoles se sont multipliées, je ne dirai pas au-delà des besoins de la population peut-être, mais assurément fort au-delà des moyens disponibles pour le soutien de bonnes écoles.

Mais avant d’entrer plus avant dans la considération de ce chapitre, je dois en justice envers un certain nombre d’instituteurs, trop petit malheureusement, reconnaître qu’ils se sont montrés dignes de la haute et sainte mission dont ils se sont chargés, et bien au-delà certes des mesquines rétributions qu’on leur a faites généralement. Ils en ont d'autant plus de droit à notre estime; car il faut qu'il y ait eu chez eux du dévouement et du désintéressement, qu’ils aient cherché leur principale récompense dans le plaisir d’être utiles à leur patrie. (Ces hommes méritants, loin d’avoir l’intention de les contrister, je veux leur faire une

position sociale enviable, les environner de la considération è de per publique, en les délivrant de la camaraderie et de la con- ÿ grand currence d’une classe d'hommes qui déconsidère la profession x n’ayon d’instituteurs et la cause de l'éducation en même temps. j s’attac

Revenant à mon sujet, je dirai que la conséquence du 1 l'éduc:

système actuel a été qu'on n’a pu se procurer pour institu- : les plu teurs, dans la plupart des cas, que de pauvres hères,—qu’on F* écoles me pardonne l'expression à cause de sa parfaite exactitude, ü gros D —oui, de pauvres hères sachant à peine lire. Voilà les ; ses tro instituteurs qu'a fait surgir le système actuel. Mais qu’at- k que lui tendre aussi de commissaires illettrés eux-mêmes, ou sous à ramen l'influence d’une population plus ignorante encore? S’at- l' épreuv tendait-on à ce qu’un ange descendît du ciel pour leur ï C'est apprendre ce qui devait composer une bonne instruction d hâter € populaire, et leur désigner les hommes qui pouvaient la À ou d’ur donner? Et ce miracle eût-il été fait en leur faveur, restait À ment encore l'obstacle insurmontable du manque de moyens. Dans so nombr ce pays, où l'instruction est encore si rare, un homme pas- ‘ poussés sablement instruit et laborieux trouve autre chose à faire 4 n'aurai qu’à prendre une école avec une rémunération de vingt à 4 éminen trente louis. Un domestique de maison bourgeoise gagne raison ( plus que cela. J d'en. fa Or, messieurs, je ne crains pas de le dire, mieux vaudrait ï mieux n'avoir pas d'école du tout, que d’en avoir avec de pareils ; ment, maîtres, qui ne sont bons qu’à dépopulariser, à étouffer la : en gén cause de l’éducation dans son berceau. Quelle idée voulez- 4 partie ( vous que le peuple se fasse de votre éducation, lorsque vous en don lui présentez de pareils hommes comme les dépositaires et Que les dispensateurs de ses trésors? Mais l’honnôête cultivateur précieu se croit, malgré son ignorance, et avec raison, un homme | se prêt d’une classe bien supérieure. Est-il donc bien enviable pour campa, lui de voir son fils devenir le semblable de cet homme qu'il œuvre. prend en pitié? Mais c’est l’abaissement de son enfant que d’un er vous lui demandez! Et de quelle grâce lui demandez-vous religiet en sus de contribuer de sa bourse au soutien des écoles ? institu Oh! je le crains; les cinq ou six années que nous venons nôtre.

de perdre pour l'éducation, ne sont peut-être pas le plus grand mal que nous aurons à déplorer, Je crains que nous n'ayons détruit, dans l'esprit du peuple, ce prestige qui s'attache toujours à l’inconnu. Nous lui avons fait connaître l'éducation sous une forme qui a dû Pen dégoûter ; les lieux les plus à plaindre ne sont peut-être pas ceux où l'acte des écoles a opéré, comme Pon dit. Notre cultivateur, avec son gros bon sens, s’apercevra bien vite que son garçon, après ses trois ou quatre années d'école, n'est guère plus avancé que lui, Cet homme, je vous l’assure, sera plus difficile à ramener que celui qui n'aura pas fait cette malheureuse épreuve.

C'est donc, à mon avis, une grande faute, et qu'il faut se hâter de réparer, que de n'avoir pas pourvu d’une manière ou d’une autre à ce que les instituteurs fussent convenable ment rétribués, afin d'ouvrir cette carrière honorable à nombre de jeunes gens instruits qui, tous les jours, sont poussés dans des voies déjà encombrées. Je sais qu’il n'aurait pas été facile de trouver tout d’abord des maîtres éminemment qualifiés pour toutes les écoles; c'était une raison de plus de rendre la carrière d’instituteur enviable, d'en. faire immédiatement une profession honorable. Puis, mieux vaut une ou deux bonnes écoles par paroisse seulement, que huit ou dix de l’espèce de celles que nous avons en général. Les premières, il est vrai, ne feront qu’une partie du bien désiré ; mais les autres ne feront que du mal, en donnant au peuple une idée défavorable de l’éducation.

Que ne nous est-il permis d’espérer que les règles de la précieuse institution des frères de la Doctrine Chrétienne se prêtent, un jour, aux modifications voulues, pour que nos campagnes puissent profiter aussi de cette sainte et digne œuvre. [nitiés aux secrets, aux méthodes perfectionnées d’un enseignement solide et raisonné, revêtus d’un caractère religieux qui commande le respect et la vénération, voilà les instituteurs qu’il faudrait à un peuple religieux comme le nôtre. Mais quand l'espoir que nous formoas pourrait se

réaliser, serait-il possible de trouver des sujets assez nombreux dans ce pays, où les chefs de l’église ont de la peine À recruter le nombre d'hommes que requiert le service toujours croissant du sacerdoce? Au reste, nous devions, sous

peine d’être justement accusés d’ingratitude, ne pas parler d’enseignement populaire, sans rendre hommage, en passant, au mérite de ces hommes pieux et éclairés que nous voyons, dans les grandes villes, vouer leur vie à Péducation morale, religieuse et intellectuelle de notre jeunesse. S'ils ne peuvent étendre directement les bienfaits de leur institution à tout le pays, ils le feront au moins indirectement ou médiatement en formant d'excellents instituteurs pour nos écoles de campagne. Sous ce rapport, ils ont droit à la reconnaissance de tout le pays, et auront mérité le titre de Pères de l’éducation populaire dans le Bas-Canada.

Je trouve dans l'acte d'éducation un autre défaut qui, pour un assez grand nombre de localités, équivaut à une exclusion expresse des avantages pécuniaires qu'offre cette loi. Je veux parler de la disposition qui exige de chaque localité une contribution égale à l'allocation législative. Quelque modique que paraisse cette contribution pour la généralité de nos paroisses et townships, je puis dire, sans crainte d’être démenti par ceux qui connaissent certaines parties reculées du pays, qu’elle constitue pour ces endroits une charge extrêmement onéreuse. Je mettrai dans cette catégorie le comté de Gaspé presque en masse, plusieurs paroisses du comté de Saguenay, nombre de lieux dans les comtés de Bellechasse, Dorchester et Mégantic, et presque tous les nouveaux établissements qui se forment en arrière des anciens. Je ne pense pas qu’il soit besoin de longs raisonnements pour démontrer la convenance, la justice de faire une exception en faveur de ces populations pauvres. Je voudrais donc que dans les lieux où la pauvreté serait reconnue, on allouât au moins une son:me égale à celle que fournirait la localité. J’irais même plus loin, je voudrais que, dans certains cas de pénurie extrême, l'exécutif pût accorder l’allo-

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cation législative entière, quelle que fût la modicité de la contribution locale. Et ce ne serait que justice et bonne politique, car Pétat doit l'instruction gratuite au pauvre. Il y a même des pays où l’on procure en sus des secours aux enfants des pauvres pour leur permettre d'assister aux écoles publiques. En effet, comment voudrait-on que l'enfant exténué de faim, couvert de haillons, parût au milieu de ses petits camarades bien nourris, bien vêtus? Certes, c’est surtout dans un climat comme le nôtre que l’enfant du pauvre devrait recevoir des secours outre l’enseignement gratuit, Comment! lorsqu'il s'agira d’une disette ou de toute autre calamité publique, l’état et les particuliers s’empresseront de venir au secours des misères corporelles ; et l’on ne fera rien, l'on n’adoucira pas la rigueur de la loi, lorsqu'il s'agira de secourir les misères de Pesprit ?

Ce serait se faire une idée bien rétrécie, bien fausse des obligations des gouvernements, que de croire qu’ils n’ont à veiller qu’au bien-être matériel des gouvernés : c’est une de leurs principales obligations, mais ce n’est pas la première. La première de leurs obligations, c’est de pourvoir au bienêtre intellectuel de leurs sujets. Autant l’âme l’emporte sur le corps, autant cette dernière obligation l'emporte sur l’autre. Qu'on creuse des canaux, qu’on sillonne le pays de chemins de fer, qu’on facilite par des travaux gigantesques les moyens de communication aux transports du commerce, en un mot, qu’on enrichisse le pays; mais que ce ne soit pas là le but final de nos efforts ; que tout cela se fasse pour une plus noble fin, pour parvenir plus sûrement au perfectionnement intellectuel de notre peuple, et par contre-coup à son perfectionnement moral, qui sera la conséquence de l'autre. Tout vice est issu d’ânerie,” a dit Lafontaine, qui a presque tout dit et si bien, en fait de vérités morales. Si les gouvernements, quels qu'ils soient, n'avaient que des biens matériels à nous donner, ils coûteraient beaucoup trop cher aux gouvernés. Dans ce cas, ce ne serait pas la peine de faire tant d'efforts pour sortir de l’état de barbarie ; le meilleur

état social serait celui qui se rapprocherait le plus de l’état de nature, et le meilleur gouvernement serait celui de Sancho Pança, consistant à laisser chacun se gouverner comme il Pentendrait.

Ce sont là des considérations que l’on ne saurait trop souvent mettre sous les yeux des gouvernements et des gounvernés, dans le siècle où nous sommes, siècle passablement matérialiste dans son mouvement social. On s'occupe beaucoup moins du progrès moral et intellectuel des sociétés que de leur avancement matériel, ce qui menace de ramener l'humanité au point où la laissa la civilisation greco-romaine, qui était aussi, comme on sait, une civilisation matérialiste, ne considérant que le corps et la vie matérielle. Aussi, lorsque l’ardent patriotisme qui avait animé Rome républicaine, se fut graduellement éteint sous le régime impérial, les barbares ne rencontrèrent dans tout l’empire que des corps sans âme, sans cœur et sans force.

Quand je parle de âme, de la vie intellectuelle, on comprendra sans doute que je n’entends pas préconiser l’ascétisme, qui fut le défaut du moyen-âge. Loin de moi l’idée d’accuse: la religion de cet écart, qui trouve sa raison, son explication dans la nature humaine, portée, comme nous lapprend Pexpérience de tous les temps, à tomber d’un excès dans l'extrême opposé. On avait vu périr la société romaine par le matérialisme, on crut que le seul moyen de salut pour la nouvelle qui surgissait sur les ruines de ancienne, était de pousser l’humanité dans un spiritualisme exagéré. On m'avait pensé qu’au corps ct aux biens matériels, on décida qu'il ne fallait plus s'occuper que de l’âme et des biens immatériels ; on n’avait pensé qu’à ce monde, on voulut ne penser désormais qu’à l’autre. La conséquence en fut que l’Europe chrétienne fut plus d’une fois sur le point de succomber devant le croissant de l’islamisme, qui, pendant assez longtemps, tint le sceptre de la civilisation dans le monde. Dieu a voulu, par ces grandes péripéties de l’histoire, montrer à Phumanité que, s’il a donné à l’âme des aspirations

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sublimes vers un monde meilleur, ce n’est pas sans dessein nou plus qu’il nous a donné une organisation qui nous met en rapport avec le monde matériel: religion, intelligence, industrie, voilà les signes dont il marque les peuples destinés à l’empire du monde. Aussi, voyez la puissance, Pextension de la civilisation européenne depuis qu’elle tempère l’ascétisme, le sentiment religieux trop exclusif du moyen-âge, par le culte des intérêts matériels, sous la direction d’une intelligence cultivée.

Mais, encore une fois, prenons garde de nous enfoncer dans la matière au point de perdre lPesprit de vue. Que chez nous se forme une sainte ct salutaire alliance entre les intérêts spirituels et les intérêts temporels. C'était en vue de Dieu que naguère on détachait homme des choses terrestres ; eh bien! que ce soit dans la même vue qu’aujourd’hui, âge de progrès industriel, on active le désir d'acquérir les biens de ce monde, non pas tant pour eux-mêmes que pour les moyens qu’ils procurent de seconder les desseins de Dieu pour lPavancement de Phumanité, le bonheur de nos semblables. Car, soyons-en bien persuadés, il n’y a de bon, de bien, de durable, que ce qui se fait en vue de Dieu. Il n’y a que l'esprit de Dieu, mais de Dieu bien compris, qui puisse mettre nos travaux à lPépreuve des hommes et du temps; c’est le ciment de léternité, qui n’est donné qu’aux œuvres entreprises sous les auspices de PEternel.

Quelque agréable qu’il me fût de pousser plus loin ces considérations, qui ne sont pas tout-à-fait étrangères à notre sujet, puisqu'elles se rapportent à l'éducation morale, le temps me force à revenir à Pacte d'éducation dont j'ai plus particulièrement à vous entretenir. Passant sous silence quelques vices mineurs de cet acte, qui d’ailleurs ont fait le sujet d'excellents articles dans nos journaux, et qu’il n’importe pas à ma thèse de signaler, je vais, avant d'aller plus loin, résumer mes observations, ou objections, à leur plus simple expression :

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