‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 57 sur 81 · ZE RÉPERTOIRE NATIONAL · texte numérisé non relu

ZE RÉPERTOIRE NATIONAL

tuons pas le peuple à se soumettre sans discussion, sans résistance constitutionnelle et légitime, à des mesures qui lui répugnent. Au contraire, que les législateurs et Îles gouvernants apprennent à prévoir, à craindre, à étudier les antipathies, les résistances populaires. Le plus souvent ce sera pour eux le moyen de donner plus de perfection à leurs projets de loi, et de remétlier aux défauts des lois existantes. Le Canada n’est certes pas le pays où Pon doive et puisse prêcher l'infaillibilité du législateur. On y fait les lois avec beaucoup trop de précipitation et d’irréflexion. Nous avons maintenant pour préparer nos grandes lois des chefs de départements, ministres d'état, dont l'attention est constamment absorbée par les affaires de leurs bureaux, et par les délibérations fréquentes du conseil exécutif, où se portent un nombre infini affaires mineures, qui devraient être laissées à l’action des départements, comme cela se pratique dans les grands gouvernements constitutionnels. Il s'ensuit que nos ministres n’ont que quelques moments à donner à la préparation de nos lois. Ajoutez à cela que ces hommes sont en outre chefs de parti, et par là nécessairement mêlés aux rivalités de parti, autre source de préoccupations vives et incessantes,.

Notre machine administrative est mauvaise. Ce sont encore à peu près les rouages et la routine du vieux système irresponsable, qui pouvaient convenir alors, mais qui ne sauraient convenir aujourd’hui, Si Pon veut avoir le gouvernement responsable, avec tous ses avantages sous Île rapport de la législation, il faut modeler notre machine administrative sur celle de la mère-patrie et des autres gouvernements représentatifs bien organisés ; décharger le conseil d'état de là menue besogne des départements, et mettre ces derniers sur un meilleur pied. Sans cela, attendons-nous, comme par le passé, à des lois faites à la vapeur, à l’électro-magnétisme même dans l’occasion.

Vous me pardonnerez, j'espère, cette petite digression administrative, qui porte sur un sujet assez important pour

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que je n’aie pas dû manquer Poccasion d'en dire quelque chose.

Tout le monde connaît le mot de Solon, disant qu'il n'avait pas donné les meilleures lois à Athènes, mais celles qui convenaient le mieux au peuple athénien. N’aurait-on pas, dans Pacte d'éducation actuel comme dans ceux qui l'ont précédé depuis 1841, mis un peu en oubli cette sage maxime du législateur d'Athènes ? En outre, une loi doit être avant tout juste et égale pour tous. Par exemple, une loi qui impose des charges, ne doit pas être plus onéreuse aux uns qu’aux autres. Il vaudrait la peine de s’enquérir si notre acte d'éducation remplit bien cette condition; car s’il ne la remplit pas, il offre des armes aux ennemis de l'éducation, à ceux qui ne rougissent pas d'exploiter les préjugés, les préventions, les folles craintes d’une masse illettrée, pour se créer de la popularité.

Il serait inutile de se laisser aller à de grands mouvements d’indignation contre ces hommes coupables, criminels, qui osent profaner, prostituer À leur égoïsme ce qu’il y a de plus noble, de plus sacré dans la société humaine, ce qui ne devrait être que le prix de grandes vertus, de grands et méritoires services, La popularité, la confiance de ses concitoyens. Laissez-les done à leurs remords, à la justice inévitable de leurs consciences. Au reste, soyons bien persuadés que partout où il y aura quelque chose à gagner par la popularité, il y aura des courtisans de la faveur populaire, qui, comme les courtisans des rois, ne seront guère scrupuleux sur les moyens d’atteindre leur but ; et de même que l’on voit les courtisans des rois flatter les plus viles, les plus criminelles passions de leurs maîtres, de même lon verra les courtisans des peuples flatter les instincts les plus aveugles des masses populaires. Otons-leur les prétextes dont ils se servent: c’est le meïlleur moyen de les combattre.

On comprendra ici, j'espère, que j’excepte de la catégorie des hommes dont je viens de parler, ceux qui, voyant des

défauts dans notre système actuel d'éducation, ont désiré qu'il y fût remédié, et qui, en attendant, ont fait tout en leur pouvoir pour aider et exciter le peuple à exécuter la loi telle qw’elle existe. Ceux-ci, on ne les a pas vus courir les campagnes pour ameuter les populations contre l’acte d’éducation, pour faire nommer commissaires d'école des hommes parfaitement ignorants, ou promettant de paralyser l’opération de la loi; on ne les a pas vus non plus pousser les gens à des actes de rebellion ouverte contre la justice, ni répandre en tous lieux des projets de requête, propres à entretenir et à fomenter Pesprit d'opposition à la sainte cause de l’éducation, et à préparer des obstacles sérieux à toute réforme que l’on pourrait introduire dans le système actuel. Maintenant que les esprits en sont rendus, sur un bon nombre de points, à un degré d’irritation extrême, je crains qu'il ne soit de longtemps impossible de les amener à co-opérer de bon cœur au fonctionnement d’un système quelconque, dont l'administration sera laissée au peuple même. C’est le propre de toutes les agitations populaires, surtout de celles qui prennent leur mobile dans le désir de la popularité, d’outrepasser le but de leurs premiers moteurs. Lorsque ceux-ci s'arrêtent, il s'élève derrière eux d’autres ambitieux qui renchérissent sur les premiers pour les supplanter, et qui réussissent, en attendant que de nouveaux candidats à la faveur populaire les renversent à leur tour, ou les entraînent à leur suite. Pendant ce temps-là, il ne se fait rien, si ce n’est du mal. Et si le sujet des débats est une de ces questions vitales, pressantes dont dépendent le salut d’un peuple, ce peuple est en danger imminent de perdition.

Or, c'est admis : la question de l’éducation est pour notre peuple une de ces questions vitales, pressantes ; il lui faut Péducation à tout prix, par tous les moyens et sans perdre un instant ; il la Jui faut aussi universelle qu’il se pourra, mais surtout suffisante. Si la législation actuelle, avec des amendements, peut nous procurer cette éducation immédiate, universelle, suffisante, si son inefficacité ne tient qu’à

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