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tenir la vie et l’action dans ces organes. La contraction musculaire ayant lieu par la volonté, la circulation et les organes qui l’exécutent reçoivent donc les premières influences de l’exercice. En effet, par l’exercice un organe voit se développer en lui un surcroit de chaleur et de nutrition ; il devient plus volumineux, plus agile, plus fort; il finit par exécuter avec une merveilleuse perfection les actes qui d’abord paraissaient d’une insurmontable difficulté. Mais, ainsi que les autres organes de l’économie animale, les muscles ne peuvent être toujours en mouvement, ils ressentent aussi le besoin du repos ; et comme on a remarqué que Pintermittence d’action était nécessaire À tous nos organes, mais surtout au cerveau, il résulte que les actes locomoteurs, étant sous l'influence directe de ce viscère, doivent nécessairement rentrer dans la loi commune. (Cependant, comme il est reconnu également que chaque partie du cerveau a ses fonctions particulières, et la locomotion exerçant pour ainsi dire d’une manière exclusive, la portion cérébrale à laquelle elle est confiée doit par conséquent laisser dans l’inaction les portions mentale et effective du cerveau : l’action de la première devant apporter nécessairement un relâchement à la tension des deux autres. Cette considération fondée sur des observations irrécusables nous fournit des conséquences bien précieuses pour l’hygiène. Elle nous enseigne que le meilleur moyen de détruire les effets fâcheux que produisent souvent les excès intellectuels ou les passions, c’est de faire faire au malade un exercice convenable. Aussi combien d’hystériques, de mélancoliques, d’érotomanes, etc. n’ont-ils pas dû leur guérison à un genre de vie actif qu’on les obligeait de suivre ou que la fortune les forçait d'adopter. En somme, l’exercice modéré favorise Pappétit, active la digestion, facilite la conversion des matières alimentaires en notre propre substance, et ne doit jamais être négligé.
Mais l’exercice n’est pas seulement indispensable à la santé, il est également nécessaire au développement de la
force physique qui, elle-même, est à son tour d’une nécessité absolue dans toutes les situations de la vie. Je sais néanmoins que, pour ce qui concerne l’art de la guerre, ce dernier moyen d’argumenter à coups de canons, commun aux rois et aux peuples, c’est une opinion assez générale-
ment répandue que la force physique n'entre que pour peu de chose dans le gain des batailles; que le succès dépend presque toujours, toutes choses égales d’ailleurs, de la supériorité des chefs et de la discipline plus ou moins parfaite des troupes que l’on oppose les unes aux autres. Tout en admettant volontiers l'importance de ces deux conditions, le génie et l’instruction dirigée par le génie même, il n’en est pas moins vrai que, lorsque ces deux conditions se rencontrent au même degré dans les chefs et les troupes opposés, les meilleurs bras et les meilleures jambes n’assurent la victoire à celle des deux armées qui a l'avantage de compter dans ses rangs le plus grand nombre de ces utiles engins. Les troupes modernes sont exposées aux mêmes marches, aux mêmes fatigues, aux mêmes privations que l’étaient les troupes grecques et romaïnes ; et les fastes de l'histoire prouvent qu'il ne s’est jamais rencontré d’obstacles qu’elles n'aient vaincus; mais cela ne prouve pas qu'avec des armes égales et chargés du même poids, les soldats d’aujourd’hui eussent été capables de tenir tête aux soldats lacédémoniens, ce qui est au contraire improbable puisque, pour vaincre ces derniers, il a fallu leur opposer des hommes exercés et capables de les égaler dans le gymnase. Bien des gens croient que nos armées n’ont que très rarement l’occasion de combattre corps à corps, et que tout se décide au moyen du plus grand nombre de projectiles, plus ou moins bien et artistement lancés. Ceci est une grave erreur : Car il n’est guère de batailles où des charges de cavalerie n’entraînent d’affreuses mêlées. Jamais, presque jamais des batteries, lorsqu’elles sont enlevées, ne le sont autrement qu’à la pointe de la baïonnette ; et l’on voit rarement un ancien militaire qui ait été présent à un
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certain nombre d'engagements qui ne vous raconte les sensations qu'il a éprouvées à l'instant terrible du choc, et durant le court mais épouvantable conflit de deux masses d'infanterie s’abordant à l’arme blanche. Pour des troupes braves et bien disciplinées, commandées par des officiers dignes de porter ce nom, rien de plus sûr et de plus décisif, après une décharge ou deux des armes À feu, qu’un choc vigoureux à la baïonnette. L’ennemi qui, pour la plupart du temps, compte sur le nombre de cartouches qu’il se prépare à envoyer au vent, et qui ne s'attend pas aussi vite à une lutte corps à corps, perd la tête et n’oppose qu’une faible résistance, lâche pied et n’est rallié que bien difficilement, vaincu pour ainsi dire avant que de combattre. Aussi, après une foule de faits bien constatés, est-il certain que la force physique est un don tout aussi précieux pour le soldat du dix-neuvième siècle qu’il Pétait pour celui qui existait avant l’ère chrétienne ; et que cette force physique ne s’acquiert jamais à un très haut degré sans une instruction spéciale et une longue pratique.
Néanmoins, supposons un moment, en opposition aux témoignages des vivants et aux faits constatés dans toutes les relations écrites des combats et actions qui ont eu lieu durant le demi-siècle qui vient de s’écouler, que la force du corps ne contribue en rien aux succès des batailles, s’en suit-il qu’une constitution forte et robuste, l’agilité du corps, ne soient plus d’aucune utilité dans les occurrences ordinaires de la vie? L'expérience de tous les jours nous prouve, nous démontre à chaque instant le contraire. Combien de fois dans les voyages, les naufrages et les incendies, dans les événements de chaque jour, n’a-t-on pas eu occasion d'admirer le courage, le dévouement de certaines personnes qui, par leur présence d’esprit, leur sang-froid, leur force e leur agilité, ont sauvé la vie à des centaines, que dis-je, à des milliers de leurs semblables? Quel beau spectacle que celui que nous offre un jeune homme intrépide, escaladant, au moyen de faibles secours, au deuxième ou troisième étage
d’un édifice pour arracher aux flammes dévorantes un père, une mère, un enfant chéris; que de tressaillements dans Pâme des spectateurs à la vue de cet autre qui, aussi prompt que Péclair, s’élance dans les flots pour un infortuné qu’un accident vient d'y précipiter! Que d’applaudissements, de bravos adressés à celui qui, fendant la foule au moyen de ses bras exercés et athlétiques, va arracher aux étreintes d’une brute, sous figure humaine, un être impuissant et faible, victime d’une sauvage férocité ou tombé dans un infâme guet-apens !
Maintenant, je demanderai à la jeunesse instruite du pays quel rôle, à l’avenir, elle se propose de jouer dans des circonstances analogues à celles que je viens de citer? Se croisera-t-elle tranquillement les bras en attendant qu’un charpentier, un maçon, un pêcheur, un forgeron ou un boulanger volent au secours et arrachent à une mort certaine des malheureux sur le point de périr? Renoncera-t-elle volontairement à la plus douce jouissance que l’on puisse éprouver, au plus beau titre de gloire qu’il soit possible d'acquérir: la gloire de sauver la vie à un concitoyen! Non, assurément non: car je vois déjà la réponse écrite en traits de feu sur vos fronts mâles et magnanimes! Non, vous ne le cèderez ni en agilité, ni en force, ni en courage à ces intrépides hommes de métier, à ces valeureux artisans : vous prendrez les moyens d’acquérir, par une instruction particulière, ces qualités précieuses qui tiennent à la nature de leurs occupations et dont ils sont devenus, pour ainsi dire, possesseurs à leur insu. A l'avenir, et j’en ai la conscience, on verra s’élever entre vous et eux, au moment du danger, une généreuse concurrence, une louable émulation. Si la fibre plus endurcie chez ces hommes du peuple leur permet de soutenir un plus grand degré de fatigue, l’ardeur et l'enthousiasme qui se rencontrent toujours chez les hommes instruits, nourris de tout ce que la culture des lettres peut exciter de nobles, de grands et généreux sentiments, compenseront autant et plus qu’il ne le faudra ces légers avantages.
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Nous croyons maintenant en avoir assez dit pour faire sentir importance, la nécessité d'introduire, dans nos habitudes, les exercices gymnastiques, surtout à l’égard de ceux de nos enfants à qui nous désirons donner une éducation soignée dans le dessein d’en faire plus tard des hommes de profession, des littérateurs ou des artistes.
D'abord, nous examinerons ce que l’on entend par la gymnastique moderne, son but, comment on la divise, et les exercices dont elle se compose; et ensuite, jetant un coup-d'œil (car c’est tout ce que l’on peut faire dans les bornes circonscrites d’une seule leçon) sur ses parties les plus essentielles, nous indiquerons, en passant, les exercices qui, à notre estime, pourraient se pratiquer sans inconvénients dans le bas âge, sous les yeux des parents et dans les écoles, et ceux qui devraient être réservés pour le gymnase proprement dit, à la sortie des cours et pendant les quelques années d’études que le jeune homme doit faire avant d’embrasser un état.
La gymnastique moderne, comme l’ancienne, consiste à donner à la machine humaine tous les mouvements, toutes les positions possibles, exercer et utiliser toutes nos facultés physiques. Tous les exercices qui tendent à rendre l’homme plus robuste, plus courageux, plus intrépide, plus véloce, plus souple, plus agile, plus adroit, en font partie.
Elle a pour but principal la bienveïllance. Elle enveloppe les facultés morales comme les qualités physiques, et est utile, non seulement à celui qui l’exerce, maïs aussi à l'état et aux hommes en général, quels que soient leur condition et leur âge.
“ La gymnastique, disait une commission de savants “ français, est aussi utile et nécessaire aux pauvres qu’aux “ riches ; les gouvernements doivent s’empresser de la pro- “ téger et de la répandre, car celui qui reste à terre quand “les autres marchent doit être foulé aux pieds.”
La gymnastique moderne étant une science toute d’application, d'imitation et de pratique, il serait assez difficile
d'établir clairement sa théorie ; ce que nous croyons avoir de mieux à faire est de donner une analyse du Manuel du colonel Amorost, directeur du gymnase militaire et civil de Paris. Faire connaître les diverses branches de la méthode gymnastique suivie par le colonel Amorost, c’est démontrer Putilité de ces exercices. Voici les principales :
1. Exercices élémentaires, ou mouvements gradués des extrémités supérieures et inférieures du corps, accompagnés de chants, pour accoutumer à la régularité et à l’ensemble de ces mouvements, développer la voix, faciliter la résistance à la fatigue et donner une direction morale à l’enseignement.
2. Marcher sur des terrains faciles ou difficiles et parsemés d'obstacles ; glisser et patiner, exécuter des courses longues et rapides, dont l’habitude est très utile aux soldats, surtout pour : ‘teindre l'ennemi qui fuit, lui couper la retraite, remplacer la cavalerie, s’emparer d’une hauteur, surprendre un poste, etc.
8. Sauter en profondeur, largeur et hauteur, dans toutes les directions, en avant, en arrière ou de côté, avec ou sans armes, à l’aide d’un bâton ou d’une perche, d’un fusil ou d’une lance.
4. L'art des équilibres, ou le passage sur des piquets, des poutres, des pierres fixes, vacillantes, horizontales ou inclinées, à cheval, debout, en avant ou en arrière, pardessus ou par-dessous, pour s’habituer à passer des rivières ou des précipices à l’aide de troncs d’arbres ou d’une perche, ou d’un pont étroit sans garde-fous.
5. Franchir des barrières, des murs, des fossés, des ravins ou des torrents, sans être arrêté par aucun obstacle, à l’aide de quelques instruments ou sans aucune ressource, en portant un fardeau, un malade, un enfant, ou sans rien porter.
6. Lutter de plusieurs manières pour développer la force des muscles, l'adresse du corps, résister plus facilement à la fatigue, vaincre son adversaire dans les combats particuliers, arracher un drapeau au soldat ennemi, quand il aurait une force supérieure, ou le faire prisonnier. Les luttes ont lieu avec ou sans instruments.
7. Monter à l'assaut à l’aide d’échelles de bois droites ou renversées, fixes ou vacillantes, par devant ou par derrière, avec les pieds seuls sans se servir des mains, ou avec les mains sans se servir des pieds, chargé ou non; grimper au haut du mur, avec ou sans instruments, au sommet d’un mât, ou d’une perche de toutes les grosseurs, ou le long d’une corde nouée ou lisse, droite, fixe ou vacillante, diagonale ou inclinée, tendue ou lâche, ainsi que par des échelles de corde ; descendre ou glisser de toutes les manières possibles, en se servant des objets que l’on rencontre.
8. Traverser un espace quelconque, une rivière ou un précipice, passer d’un bâtiment à un autre, en se tenant suspendu par les bras, les mains, à laide d’une poutre, d’une perche, d’une barre de fer, ou d’une corde tendue ou lâche.
9. Nager nu ou habillé, avec ou sans fardeau, avec des armes à feu, plonger et se maintenir longtemps sous l’eau ; faire adroïtement usage de toutes sortes de scaphandres et de machines à plonger ; apprendre à retirer une personne de l’eau, sans se laisser entraîner par elle.
10. Porter, étant arrèté ou en mouvement, avec adresse et sécurité, des corps incommodes et pesants, quelquefois des hommes ou des enfants, pour les sauver d’un danger, retirer des hommes d’un champ de bataille, ou les forcer à se rendre ; tirer à soi, soulever, trainer et pousser des poids ou des masses considérables, pour appliquer tous ces moyens à un grand nombre de cas de guerre ou d'intérêt public.
La gymnastique comprend encore :
1. L’art de lancer les paumes, balles et ballons de différents poids et grosseurs, les javelots, dards, lances, pierres et toutes sortes de projectiles guerriers, et la manière de frapper au but.
2. Le tir à la cible et à des objets mouvants, avec des arbalêtes, des arcs, des fusils, des mousquetons, des tromblons, des pistolets, etc.
3. L’escrime à pied et à cheval, et le maniement de toutes sortes d’armes blanches, telles qu'épée, sabre, baïonnette, couteaux de chasse, espadons, haches de combats et de sapeurs, et des pinces et des leviers.
4, L’équitation et la voltige sur des chevaux de bois premièrement, et des chevaux vivants ensuite, pour accoutumer les fantassins à monter lestement en croupe, même lorsque le cheval est en marche, et passer ainsi les rivières et autres endroits difficiles ; apprendre aussi aux cavaliers à monter lestement à cheval et à descendre de même; ramasser un objet tombé par terre sans quitter le cheval.
5. Les danses pirrahiques ou militaires et les danses de société plus ou moins développées.
G. Les leçons de chants et d'expression musicale si puissante sur l’esprit des hommes, de physiologie au moyen de laquelle ils se rendent raison de leurs mouvements et des fonctions de leurs organes; de constructions de machines diverses et instruments utiles.
7. Enfin, de modeler toutes sortes de matières. Ici le colonel Amorost fait l’énumération des machines et instruments dont on se sert dans le gymnase ; maïs comme il nous serait impossible d'entrer dans d’aussi longs détails, nous nous bornerons, en terminant l'analyse que nous venons de faire de son Manuel, à donner sa division des exercices gymnastiques ; laquelle est comme suit :
Gymnastique générale, se divisant en gymnastique civile et industrielle, gymnastique militaire de terre et de mer, gymnastique médicale et gymnastique scénique ou de théâtres, funambulique eu des danses de cordes.
Vous avez dû remarquer, messieurs, que parmi cette variété infinie d’exercices qui constitue la gymnastique française, il n’est fait aucune mention du pugilat, ou comme nos co-sujets d’une autre origine l’appellent, ke art of self defence.”?
Ceci cependant ne doit pas nous étonner, puisqu’en France on regarde cet exercice comme une coutume barbare, indigne
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