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d'une nation civilisée. Nous concevias assez facilement qu'un Français, philosophant tranquillement dans son fauteuil, entouré de trente-trois millions d'hommes qui pensent bien comme lui, puisse, à l’idée de voir deux créatures humaines se meurtrir et s’assommer de coups, déclarer un pareil amusement “ barbare et indigne d'une nation civilisée.” Néanmoins, il est permis de douter que la même personne jetée au milieu des vingt et quelques millions d’Anglo-Saxons qui peuplent l'Amérique demeurât longtemps du même avis, surtout à la suite de l’application, sur sa propre personne, d’un petit échantillon du savoirfaire de nos boxeurs. Non, messieurs, avouons-le de bonne foi, il n’y a point de philosophie qui tienne contre un coup de poing vigoureusement appliqués; et tout le monde admettra sans peine qu'il n’y a rien de plus digne de pitié qu’un sage s’essuyant le nez et cheminant avec une paire d'yeux bien et dûment pochés.
La pratique du pugilat a été conservée depuis un temps immémorial chez le peuple anglais. L’enfant est-il arrivé au point de pouvoir se balancer sur ses extrémités inférieures que ceux qui l'entourent lui enseignent à prendre des attitudes offensives et défensives; chaque jour il fait le coup de poing, d’abord avec ses frères et sœurs, ensuite à l’école avec ses compagnons. Les parents et les instituteurs semblent ne point observer les luttes journalières qui ont lieu sous leurs yeux. L’enfant s’accoutume ainsi à voir son sang sans frayeur ; il bondit de joie lorsqu'il le fait couler à son adversaire. De l'enfance à l’adolescence, de l’adolescence à la virilité, l’Anglais s’exerce sans cesse à la lutte. Il apprend bien vite à ne jamais céder : car l’expérience de chaque jour lui prouve qu'il ne faut qu’un hasard, un coup heureux et inattendu pour abattre un antagoniste formidable et le prosterner à ses pieds. Il ne faut donc pas être étonné si l'Anglais sur le champ de bataille, et partout où il est appelé à combattre, déploie une fermeté et une persévérance sans égales. Bien des gens croient que John
Bull, et il le croit probablement lui-même, est constitué d'une pâte toute particulière ; que la providence l’a doué d’une force ct d’un courage qu’elle a refusés aux autres hommes ! Quant À nous, nous ne croyons rien de tout cela: le secret des avantages si souvent remportés par la race anglo-saxonne se trouve dans les moyens qu’elle emploie pour développer ses facultés physiques.
Si le proverbe populaire est vrai, savoir, qu'avec les loups il faut apprendre à hurler, nous devons en justice à nousmêmes encourager l’enseignement du pugilat. Rien de plus propre que cet exercice à développer la force des muscles du tronc et des bras, et rien de plus efficace pour se protéger et se mettre à l’abri des insultes, des outrages de la basse classe. Cet exercice est surtout nécessaire aux hommes faibles ; car au moyen de l’art ils peuvent fréquemment rosser un imprudent provocateur calculant sur la taille délicate, et faible en apparence, de son antagoniste. Cependant, en recommandant le pugilat, nous désirons qu’il soit bien compris que nous ne sommes porté à l’encourager que comme moyen de protection et de défense, persnadé que notre position sociale nous impose l’obligation de pourvoir avant tout à notre sûreté personnelle lorsque nous sommes‘injustement attaqués. Ainsi le veut la loi naturelle, qui permet, poussé au pied du mur, de repousser la force par la force ; et dans tous les cas de nécessité absolue, on ne saurait, il me semble, blâmer l’usage, tout en condamnant l'abus.
Au nombre des exercices que l’on pourrait enseigner et pratiquer sous la surveillance des parents lorsque les enfanis ne sont pas encore d’âÂge à aller à l’école, et sous 12 direction des maîtres lorsque le temps est arrivé de les y envoyer, sont compris presque tous les exercices élémentaires et quelques-uns de ceux de l’art des équilibres. Tous les divers mouvements dont nous allons donner l’énumération devraient s’opérer accompagnés du chant; et rien assurément ne pourrait mieux remplir l’objet que l’on a en vue, que nos chansons de voyages, c’est-à-dire, développer les organes
vocaux en même temps que faciliter l’action des membres et la régularité des mouvements au moyen de la mesure. Tous ces airs canadiens composés pour garder le temps sur l’aviron sont d'excellents pas redoublés de cent-huit à la minute ; et outre qu’ils auraient le bon effet de remplir la double indication que nous venons de mentionner, lorsque les exercices se feraient dans une position stationnaire, ils serviraient encore, sur la marche, à conserver le pas et la cadence en remplaçant la musique instrumentale. Ceci, messieurs, n’est pas une spéculation, car maintes et maintes fois durant la dernière guerre, nous avons eu occasion de remarquer combien le courage et la vigueur des hommes étaient ranimés, durant de longues et pénibles marches, par les mâles et sonores chorus de cinq à six cents voix répétant les gais refrains de ces chansons, qui font sur les cœurs canadiens ce que le rantz des vaches et certains autres airs produisent dans âme des enfants de la Suisse. Dans les exercices gymnastiques, ces chansons auraient encore l’effet de perpétuer le souvenir des valeureux exploits de nos pères qui, sans autres ressources que leurs frêles embarcations et leurs légers avirons, domptèrent les hordes barbares de la moitié de l'Amérique Septentrionale, s’en firent craindre par leur valeur et chérir par la réunion de toutes ces vertus chrétiennes et de toutes ces qualités sociales dont ils furent si éminemment doués.
Les mouvements élémentaires peuvent se multiplier à l'infini. Les principaux sont : 1. la rotation à droite et à gauche ; 2. la flexion de la tête en avant et en arrière; 3. mouvement du corps à droite et à gauche; 4. demi-tour à droite ; 5. pas ordinaire en avant et en arrière ; pas de côté et vers la droite et vers la gauche ; G. pas oblique à droite et à gauche; 7 pas accéléré en avant; 8. se lever sur la plante des pieds, et marcher en avant et en arrière dans cette position ; 9. sautiller en place sur la pointe des pieds ; 10. pas gymnastique modéré sur place, les mains sur les hanches ; 11. pas accéléré gymnastique sur place ; 12. pas
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