ROBE HIER DES RU
telle que nous la concevons de nos jours. En effet, la poudre À canon établissait légalité physique entre les hommes, en mettant aux mains des serfs une arme dont les maîtres, ces chevaliers bardés de fer, ne pouvaient plus éviter l'atteinte mortelle, Et l'imprimerie, en conviant l’homme du peuple au banquet de la science, le rendait intellectuellement et moralement l’égal de ses dominateurs. Or, où se trouve égalité physique, intellectuelle et morale, il doit y avoir égalité politique : c’est de conséquence rigoureuse. Aussi désarme-t-on les peuples que l’on veut tenir dans la sujétion, et prohibe-t-on chez eux la liberté de la presse. Mais en dépit des censeurs et des prohibitions, la liberté fera le tour du monde. Les hommes forts nourris du lait de la liberté débordent déjà sur tous les points; ils sont au cœur de l'Inde, ils frappent aux portes du Japon, ils ont pris pied aux confins du céleste empire et racine en Australie, enfin ils étreignent l'Afrique de toutes parts.
Alors qu'y aurait-il done de si absurde dans la prévision que les peuples se réuniront un jour, en congrès général, pour travailler de concert à la régénération de l'espèce humaine? On a bien vu les rois tenir des congrès pour s'entendre sur les moyens de maintenir les peuples sous le joug, pourquoi les peuples n'en feraient-ils pas autant dans leur intérêt commun ?
J'ai pour ma part une assez haute idée des peuples pour croire qu'ils travailleront à répandre les bienfaits de la liberté, une fois qu’ils Pauront fermement établie chez eux. Sans cela il faudrait croire que l’homme n’est qu'un hideux composé d'égoïsme. L'homme pense d’abord à son bien-être individuel, je le veux, et c’est dans l'ordre, Mais il est au fond du cœur de l’homme un noble sentiment que Dieu n'y a pas implanté sans dessein, et qui doit aussi influer sur les actions de l'homme ; ce sentiment, je pourrais presque dire ce besoin, c’est la bienveillance. L'homme se sent porté, ressent du plaisir à faire du bien à ses semblables: ce sentiment paraît même n'être pas tout-à-fait étranger à la brute.
L'homme a de plus un autre besoin d’expansion, qui lui est particulier, en ce qu’il tient à l'intelligence, à l'âme: ce sentiment, ce besoin, qui n’a pas encore, que je sache, reçu de nom particulier, —car je rejette le mot de Prosélytisme comme n’étant pas assez noble, ce besoin,—ce sentiment innommé, est cette impulsion interne qui pousse l’homme à étendre l'empire de ses idées. C'est de ce sentiment que Dieu se sert pour propager les connaissances et les vérités utiles parmi les hommes; c’est le sentiment qui fait les apôtres, les savants, les grands patriotes, en un mot, tous les grands précepteurs de l’humanité, et qui aux uns comme aux autres fait braver la prison, l'exil, la mort même, et, ce qui est souvent plus douloureux encore, l’ingratitude des hommes même pour qui ils se dévouent.
Eh bien! ces deux mobiles de l’action humaine, lorsqu’ils auront complété l’œuvre de la régénération de quelques peuples, iront continuer leur œuvres chez d’autres peuples ; et il est assez raisonnable de supposer que ceux qui seront engagés dans cette noble propagande aimeront, chercheront à coordonner, à concentrer leurs efforts afin d’en augmenter la puissance et l'efficacité. Que ce soit à Rome, à Londres, à Paris ou à Washington, les peuples auront un jour leur congrès.
Eh! voyez donc ces sympathies politiques qui ne connaissent plus de frontières, qui s’élancent au-delà des océans comme autant de fils dont se formera la chaîne qui doit un jour lier les peuples libres dans une sainte et fraternelle union. Les distinctions nationales perdent leur ancienne signification ; encore quelque temps, et il n’y aura plus, à proprement parler, d'anglais, de français, d’allemands et d’américains ; il n’y aurait plus que des hommes progressifs ou rétrogrades, des égoïstes ou des libéraux. On ne s'informera plus si tel homme parle cette langue ou cette autre, mais seulement si ses paroles et ses discours sont ceux d’un homme libre.
Ces anciennes haines et préventions entre les peuples
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