MON PAYS
J'aime de mon pays les riantes campagnes,
Ses étés si brillants et ses joyeux hivers,
Ses bosquets enchantés de sapins toujours verts, Et ses lacs transparents et ses hautes montagnes ; J'aime du Saint-Laurent les rivages si beaux ; J'aime à les contempler vers le soir quand la brise Agite mollement la surface des eaux,
Assis sur le rocher où la vague se brise.
J'aime les Canadiens, dans leur longue disgrâce Par d’'ingrats étrangers toujours calomniés,
Par des frères vendus, tant de fois reniés.
Ils conservent les mœurs, la généreuse audace Et toutes les vertus de leurs dignes aïeux ;
Et les fils d’Albion, que la fureur inspire, Peuvent-ils oublier que nos bras valeureux Surent ici deux fois conserver son empire ?
Deux fois aussi j'ai vu les funestes ravages Du soldat triomphant dans nos champs désolés, Nos frères et nos fils à sa haine immolés ;
LE RÉPERTOIRE NATIONAI, 295
D'un vainqueur insolent tous les sanglants outrages. Ft l'histoire dira que l’auteur de ces maux,
Un gouverneur anglais, dans sa lâche furie,
A du sang des vaincus rougi les échafauds,
Ou les bannit du sol sacré de la patrie.
Mais d'un bel avenir nous attendons l'aurore,
La page du malheur un jour s’effacera ;
La page glorieuse à son tour brillera.
Et d’un œil triomphant nous reverrons encore Nos étés si brillants et nos joyeux hivers,
Nos villages aimés, nos riantes campagnes,
Nos bosquets enchantés de sapins toujours verts, Et nos lacs transparents et nos hautes montagnes.