L'ÉVÊQUE DE NANCY
J£ m'étais dit : Prions, ermite, en ma cellule, Apaisons par nos vœux le Seigneur irrité ;
Il est besoin de grâce où le crime pullule,
Il est besoin de grâce à l’homme révolté.
Oui, prions, car Satan dans nos rangs se promène
Épiant sa victime et lui forgeant des fers :
Satan qui convoitrait toute la race humaine Pour régner sur elle aux enfers ! ”
Un soir, seul à côté de ma lampe nocturne,
Tenant mon crucifñix de mes larmes mouillé,
Pendant que près de moi tout dormait taciturne,
Je fis cette prière, à terre agenouillé :
‘ Mon Dieu, jusques à quand pèsera l’anathème
‘ Sur ce peuple aujourd’hui si rebelle à ta voix ?
‘ Hélas ! ne veux-tu plus qu’il t'adore et qu’il t'aime ‘ Comme ses pères autrefois ?
‘ Longtemps faut-il encor que l’erreur le séduise,
‘“ Et le tienne en l'oubli de ta divine loi,
‘“ Et que sur ma patrie aucun espoir ne luise
‘ De la revoir enfin se convertir à toi ?
‘“ Je t’en conjure, Ô Dieu, que ta clémence daigne
‘“ Arracher tes enfants de ce triste abardon,
‘“ Et que le feu vengeur de ton courroux s’éteigne, ‘‘ Pour laisser pleuvoir le pardon.”
Louange au Tout-Puissant, gloire lui soit rendue,
Que mille et mille voix chantent : Qu'il soit béni ! Jusque dans son séjour ma prière entendue A rallumé pour nous son amour infini !
Son bras a déployé sa puissance de père ; Et réveillant des cœurs dans le crime endormis, I1 les a délivrés de l’infernal repaire Où les plongeaient leurs ennemis !
Un pontife étranger que sa main nous envoie, Apparaît parmi nous comme un ange du ciel, Pour abattre le vice et conduire à la voie L’'infidèle brebis du bercail d'Israël.
Sa voix, sa voix d’apôtre, éloquente et sublime, A nos yeux déroulant ses terribles tableau:
Y faisait entrevoir à nos Âmes l’abîme,
A nos corps l'horreur des tombeaux.
Et puis, cette peinture affreuse était suivie Du portrait ravissant de la douce vertu,
Dont l’homme qui lui voue et consacre sa vie, Comme d’un habit d’or aime à se voir vêtu.