‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 116 sur 203 · LA CROIX · texte numérisé non relu

LA CROIX

Salut, trône sanglant du divin Rédempteur, Salut, gage sacré d'amour et de bonheur :

Par ton aspect sacré tu nous rends l’espérance, Et de tout vrai chrétien tu fais la confiance. Salut, trophée acquis, phare des nations, Refuge des humains et terreur des démons !

L'univers, endormi dans une erreur grossière, Avait rêvé des dieux dans la nature entière ; Sur d’infâmes autels, on voyait en tous lieux De sales déités ou des monstres affreux, Quand un éclair, parti du sein de la Judée, Vint révéler la croix à la terre étonnée.

Comme après la tempête on voit au firmament De la sérénité le signal éclatant,

L’'arc-en-ciel du salut, brillant sur le Calvaire, Fait succéder la paix aux crimes de la terre,

Tout tombe, tout s'écroule, et, la croix à la main, L'apôtre a triomphé des dieux du genre humain ; Un instrument de mort, un objet d’infamie Donne à tout l'univers une nouvelle vie.

En vain pour soutenir l'ouvrage de ses mains Satan coalisa peuples et souverains,

Bientôt il vit la croix, en ornant la couronne, Attester le pouvoir de celui qui la donne,

Et du grand Constantin les nobles étendards Par ce signe sacré renverser des remparts ;

Le panthéon s’ébranle et le dieu de la foudre Voit ses temples déserts et ses autels en poudre.

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Dès lors, le monde entier en tombant à genoux Adore sur la croix un Dieu mourant pour nous,

O croix de mon Jésus, ta divine puissance

Assure le bonheur, ou calme la souffrance,

Par l’orage égaré, le malheureux nocher

Débarque, en frémissant, sur un triste rocher ;

Jeté par la tempête en un désert sauvage,

Il croit, en abordant un perfide rivage,

Voir des hommes cruels, poussant des hurlements, Préparer son trépas dans d'horribles tourments ; Mais quand sur un coteau de cette aride terre

Ii voit de son salut le gage salutaire,

En tombant à genoux, il renaît au bonheur

Et la plus douce ivresse a transporté son cœur : Jésus règne en ces lieux : dès lors plus de misères ; A l'ombre de la croix, il va trouver des frères.

Après avoir erré sur le désert des eaux, J'abordai sous un ciel où les hommes égaux, Libres, indépendants, offraient à l'Amérique

Un modèle imposant de vaste république ;

Chez ce peuple chrétien, je cherchai vainement

La croix de mon Sauveur au haut d’un monument | En vain pour ranimer ma mourante énergie, J'écoutais de l’airain la pieuse harmonie ;

L'aspect d’un clocher veuf de son saint ornement, Faisait taire en mon cœur tout autre sentiment, Quand le ciel exauça mon ardente prière

Et que du Canada j’atteignis la frontière ;

Je saluai de loin le signe des chrétiens,

Qui, dans ce bon pays, plane au milieu des siens.

Aors, dans les transports de ma reconnaissance, Je m'écriai : Salut, notre unique espérance, Salut, auguste croix, gloire de l’univers, Refuge du malheur et terreur des enfers !

Le chrétien qui méprise et repousse tes charmes,

Est un mauvais soldat qui rejette ses armes ;

Aussi, quand vient pour lui le grand jour du combat, Aisément l’ennemi le saisit et l'abat.

Oh ! quand viendra le jour où l’homme sans défense Verra d'un Dieu terrible éclater la vengeance, Quand la trompette sainte, en éclatant dans l’air,

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Jusqu'en ses fondements fera bondir la mer ; Lorsque, de leurs tombeaux en secouant la poudre, Les morts s'éveilleront au fracas de la foudre ; Enfin, quand le méchant, l’impie audacieux Maudiront, pleins d’effroi, leurs rêves orgueilleux ; Dans ce terrible instant où mon âme éperdue

De son juge inflexible attendra la venue,

A l’abri de ton ombre, ô croix de mon Sauveur, Fais-moi participer à l'éternel bonheur.

N. D. J. JEAUMENNE (1).

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