‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 156 sur 203 · SCÈNE XII BELLIRE, MARTEL (se promenant · texte numérisé non relu

SCÈNE XII BELLIRE, MARTEL (se promenant

BELLIRE.—Ces diables de notaires nous remettent toujours . . . Comme je disais donc, le bonhomme est un vieil imbécile qui croit tout. Pourtant je l’ai trouvé un peu incrédule ce matin quand je lui ai fait le mensonge sur le compte du pauvre Auguste. Mais les papiers, mon cher, cela a réussi à merveille, comme je t'ai dit. (Susette sort doucement de la coulisse à gauche, et écoute, tandis que Bellire et Martel s'en vont vers la droite.) J'en fais ce que je veux, moi. (Æ%e se retire.) Mais il faut savoir s’y prendre, par exemple ; il ne faut pas lui donner l’épithète de vieillard : il la hait comme tous les diables ; il est vrai qu'il s'accorde en cela avec tous les vieux, et surtout les vieilles. Il faut faire l’aimable, rire, raconter des anecdotes qui n’ont jamais eu lieu. Avec cela on obtient tout de lui. D'ailleurs .

MaARTEL.—Mais, Bellire, excuse si je t’interromps . Ce qui m'étonne un peu, c’est qu’il ait congédié si promptement son commis auquel tu me disais qu’il était si attaché, et qu’il employait depuis un si grand nombre d'années. Il me semble qu’il aurait dû attendre, prendre des informations, etc.

BELLIRE.—L/honneur, Martel, l'honneur est un dieu pour lui. . . et cet extrait, et cette lettre .

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MARTEL (riant).—Ah ! ah! ah! Eh bien ! tu vois, Bellire, qu'il est bon de conserver les lettres.

BELLIRE.--J’en suis convaincu plus que jamais en ce moment. Ma foi, sans ton aide, je ne sais comment je m'y serais pris pour faire consentir le bonhomme.

MaRTEL.—Moi, je n'en perds aucune, jet’assure. Aussi puis-je te certifier que je peux contrefaire au parfait les signatures de plus de cinquante des premiers marchands de cette ville. Cela sert dans l’occasion.

BELLIRE (rianf).—Abh ! ah ! ah! je vois que tu n’es pas novice, après avoir été témoin du succès qui vient de couronner l’emploi que tu as fait des lettres du vieux curé de Saint-Auban. As-tu été longtemps précepteur dans cette paroisse ?

MARTEL. — Quelques mois, seulement. Oh! ça ne payait pas. Vive la ville, toujours, pour l2s intrigues !

BELLIRE.—I1 t’écrivait souvent ?

MaARTEL.— Toutes les semaines.

BELLIRE.—Mais combien de temps as-tu mis à forger la signature de l'épouse de monsieur Auguste Richard, l’ex-commis de notre bonhomme ?

MARTEL (riant).—Ah ! ah! ah ! une femme qui n’a jamais existé ! . . . Mais écoute donc, Bellire, peux-tu compter sur le silence du bonhomme ? car tu comprends que l'affaire serait un peu sinistre, si Auguste apprenait la nouvelle d’un mria;,e qui n’a jamais existé. Voyant que c’est la cause de son malheur, il ne resterait pas tranquille, scit-et: sûr.

BELLIRE.---Ot ! je ne crains rien de ce côté-là. Il m’a juré qu’'ilne mocntrerait les papiers qu’à sa : « ‘, et je viens de te dire que l’honneur est son dieu. I1 gardera le secret, c’est certain.

MaARTEL.—-Mais sa nièce ? elle est femme, tu sais.

BELLIRE.—Elle. dire un mot rontre l’honneur de son cher Auguste !

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