SCÈNE XX LES PRÉCÉDENTS, BELLIRE, VILLOMONT
BELLIRE (souriant).—Vous voyez, monsieur, que je
tiens ma parole. Voici monsieur Villomont, votre notaire.
DELORVAL.—Eh ! voilà Villomont . . . (Luz donnant la main.) KEh! comment va?
VILLOMONT.---Eh ! corbleu ! comme tu vois.
DELORVAL.—Fichtre ! il y a quelque temps que je ne t'ai vu. Cet homme-là, vois-tu, Bellire, était un de mes compagnons de classe, ainsi que le curé de Saint-Auban. En un mot, nous étions voisins. (Wzl{omont salue.)
BELLIRE.—Et je suis certain que vous n’eûtes jamais de querelles, car monsieur Delorval ne peut souffrir de ces amis susceptibles qui ne voient toujours que de l’ombre où il fait soleil, et d’après la conversation que j’ai eu l’honneur d’avoir avec monsieur Villomont, je peux juger de son caractère, qui doit en tout s’accorder avec le vôtre, monsieur Delorval.
VILLOMONT.—Oh ! corbleu, pour cela monsieur Bellire sera content de moi, j'en suis sûr (7zanf). La donation.
BELLIRE (faisant un signe de tête négatif ).—Chut !
VILLOMONT.—Ce qui m'a un peu retardé, vois-tu, mon cher Delorval, c'est que j'ai été obligé. . . d’abord je dois te dire que j'ai une clientèle affreuse, horrible, épouvantable, pour ne pas dire assommante. Jour et nuit je suis à travailler, corbleu !. . . Et quand je peux happer une petite douzaine d’heures à dormir, eh bien ! ça me
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soulage un peu. . . J'ai donc été obligé de me transporter à la campagne pour un inventaire, mais un inventaire, mais un inventaire, mon cher, comme tu n’en as jamais écrit de ta vie.
DELORVAI..—C'est très probable, n'étant pas notaire.
VILLOMONT.—Oh ! un inventaire gros comme cela (montrant), six mains de papiers, quoi !
DELORVAL.—Diable ! cela doit donner du cash ?
VILLOMONT.—Oh ! oui.
DELORVAL.—Et quel est le montant de la vente ?
ViLLOMONT.—Trois livres six chelins et trois deniers et demi courant.
DELORVAL.—Et six mains de papier pour cela ?
VILLOMONT.—Eh i corbleu ! oui. . . une chandelle ici, un miroir sans glace là ;. . .ici un mouchoir de coton tout troué qui avait appartenu à un gentleman, là un pot sans cul. . .ici une feuille de papier, là un paquet d’allumettes . . et ce qui a donné de l’ouvrage, c'est qu’il a fallu tout vendre article par article. guenille par guenille . . . allumette par allumette.
DELORVAL.—En effet, cela doit t'avoir donné beaucoup d'ouvrage. Il est vrai que tu as des clercs.
VILLOMONT.—Des clercs ? corbleu ! j’en ai bien quatre. Mais quel est celui d’entre eux qui peut m'assister ? L'un est romanesque et littérateur, et, au lieu de lire les 7»slitutes de Justinien ou la Coutume de Paris, il s’amusera à lire /acob Faithful ou la Cuisinière canadienne. Il a aussi la manie de se croire poète, et, sans même savoir l’orthographe, il fait des vers à perte de vue : des alexandrins de dix-huit pieds, de vingt pieds, ça ne l’occupe pas. Il va ensuite harceler les éditeurs, pour faire insérer sa production qu’il a la modestie de croire un chefd'œuvre, et, après bien des démarches et en payant le prix d’une annonce, il parvient quelquefois à la faire insérer dans un journal . . . Grand Dieu ! quelle gloire !
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il | Ai fl ann! |
Voilà à quoi il passe son temps. Le deuxième n'aime que les chevaux, les chiens, la chasse, la pêche et la mode . il ne vient jamais à l’étude. Le troisième se croit un grand homme, parce qu’il a le nom d'étudiant en droit : c'est la seule pensée qui l’occupe ; il ne peut rien faire, et, soit dit entre nous, j'ai quelque animosité contre celui-là. J'ai souvent remarqué qu’il dédaignait, méprisait ses meilleurs amis, parce qu'ils sont artisans, ou qu'ils sont pauvres. Eh corbleu ! je n'aime pas cela, moi. Le quatrième est un politique enragé. Il ne voit rien que la politique. ‘ Dans ce siècle, dans ce pays matériel,’ me dit-il souvent, ‘‘c’est le seul moyen de briller, de se faire un nom. La littérature, les sciences, les arts, tout cela n’est rien,” Et il me donne pour exemple le fameux Institut Vattemare. Son raisonnement est assez juste, mais corbleu ! je n’ai pas besoin de politique dans mon étude. Ainsi tu vois que je ne retire pas grand’ assistance d'aucun d'eux, Ce n’est pas comme de notre temps, corbleu ! Nous travaillions ; nous ne nous occupions pas de notre belle figure, de nos beaux cheveux, ou des #/7lle et une Nuits, mais bien de la profession que nous voulions embrasser ; et corbleu ! Mais voici le blanc de la donation (27 fire un immense papier de sa poche). Si vous êtes prêts, messieurs, nous allons procéder.
DELORVAL. — Oh! sans doute, sans doute. (5 s'asseyent autour de la table, Bellire ayant le dos tourné à la porte, à la droite du spectateur, Villomont en face du spectateur, et Delorval à gauche.) Si monsieur le notaire veut avoir la complaisance de lire. . . . . nous l’écoutons.
VILLOMONT (27 déplie son papier et l'étend sur la table). —Avec plaisir. (Zisant.) Par-devant les Notaires publics pour cette partie de la province du Canada ci-devant la province du Bas-Canada, soussignés. Fut présent sieur Hippolyte Delorval, de la cité de Québec, dans la dite province, marchand ; lequel a, par ces présentes. fait
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donation entre vifs, pure, simple et irrévocable, en la meilleure forme que donation puisse se faire, à .