‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 184 sur 203 · LE BAL · texte numérisé non relu

LE BAL

Que le bal est joyeux ! vois ces nombreux quadrilles ; Le plaisir fait briller ces yeux de jeunes filles, Anime tous leurs pas, rit dans toutes les fleurs : Partout, papillon frais, il vole, il se repose ; I1 pare la danseuse à la peau blanche et rose

De ses plus riantes couleurs.

J'aime ce bal avec son lustre aux mille flammes,

Ses bijoux, ses parfums, ses folles jeunes femmes,

Qui froissent leurs tissus dans un rapide élan ;

Leur bonheur enfantin, frêle et léger comme elles,

Et dans un coup d’archet, dans leurs gazes nouvelles, Dans les nuances d’un ruban.

Les vois-tu balancer leurs plumes, leurs dentelles ;

Sourire à ces miroirs qui les montrent si belles ;

Puis dans un cercle étroit, où la foule survient,

Former les pas divers de leur danse rapide,

Pesant sur le parquet comme un oiseau timide Sur la branche qui le soutient ?

Mais l’orchestre se tait, et chaque jeune fille Marche alors vers le banc de velours où l'or brille, Fait un léger salut, et quitte son danseur ; Puis implore un peu d’air de l'éventail docile, Qui s’agite semblable à la feuille mobile

Qu'on voit frémir près d'une fleur.

Le salon resplendit de saphir, de topaze, Et cent femmes lui font un vêtement de gaze ;

LE RÉPERTOIRE NATIONAIL,

Tout est satin, rubans, guirlandes et joyaux :

Partout sur des fronts blancs et moites on admire

Ces bouquets toujours frais, qui jamais n’ont vu luire D’autres soleils que des flambeaux.

Mais l'orchestre résonne, et le cercle s'envole :

La galope ! oh! vois donc la fantasque, la folle,

Bondir toute joyeuse, et dans ces tours adroits,

Traverser les salons au gré de son caprice ;

La voilà qui s'élance, et court, et vole, et glisse, Et tourne sans ordre et sans lois.

Viens, l'huile brûle encor dans les lampes d'albâtre ;

Dansons, mais un rayon à la lueur blanchâtre

Glisse sur le parquet, sur les rideaux soyeux :

Tout effrayés du jour, les quadrilles finissent ;

Dans les flambeaux dorés les lumières pâlissent Comme les étoiles aux cieux.

Il faut partir ! Voici que les pâles danseuses Jettent sur leurs cols nus les écharpes moelleuses ; Puis, lan: int tristement un coup d’œil aux miroirs, Posent les shawls épais sur leurs fraîches parures, Et les amples manteaux tout couverts de rayures,

Avec les boas longs et noirs.

Nous allons le quitter, ce bal, mais son image

Va nous suivre du moins comme dans un nuage :

Ces femmes aux pieds fins, ces danseurs passagers,

Pendant notre sommeil fécond en doux mensonges,

Riant et voltigeant, vont passer dans nos songes, Comme les fantômes légers.

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