‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 185 sur 203 · DES EXILÉS POLITIQUES · texte numérisé non relu

DES EXILÉS POLITIQUES

Malheureux ! ah! nos plaintes sont vaines,

Nulle main ne vient sécher nos pleurs !

Frémissant au seul bruit de nos chaînes,

Quel écho redirait nos malheurs ?

Pour un crime effacé par nos larmes,

Nous avons perdu la liberté ;

Et ce site eût-il les plus doux charmes, C'est notre exil, qu'importe sa beauté ?

Nos regards tournés vers la patrie Ne sauraient fixer d’autres objets ; Et toujours son image chérie, En fuyant excite nos regrets.

O soleil! prodigue ta lumière, Vainement sur nos têtes tu luis !

I1 fait sombre à la terre étrangère, Nos plus beaux jours sont d’éternelles nuits.

Les saisons en vain se renouvellent, Nos printemps sont changés en hivers ; Les oiseaux par leurs chants nous appellent, Nous restons sourds à tous leurs concerts.

Le spectacle offert par la nature Semble, hélas ! aggraver nos malheurs ; Seul attrait ! au ruisseau qui murmure

11 nous est doux d’aller mêler nos pleurs.

Nous pourrions nous consoler encore S'il était un terme à ce malheur ; Chaque jour nous salûrions l’aurore Qui viendrait hâter notre bonheur.

Vain espoir, trop cruelle souffrance !

O martyre, hélas ! toujours nouveau !

Si pour nons il est quelque espérance,

Cette espérance erre autour d’un tombeau !

ns ant ais

Loin de toi, douce, aimable patrie, C'en est fait, il faut vivre et mourir !

Pour charmer le deuil de notre vie, I1 nous reste au moins ton souvenir.

Souvenir . . . triste et dernier partage !

C'est lui seul, lui qui nous fait mourir ; Avec nous, terre de l'esclavage,

Puisse ton sein bientôt l’ensevelir !

Quelle voix soudain se fait entendre ?

Son écho retentit dans nos cœurs, Doux espoir ! pourrions-nous nous méprendre, Elle a dit : séchez, séchez vos pleurs. . , Du malheur victimes passagères, Dieu pour vous a des soins paternels Vous verrez les foyers de vos pères .

Vous bénirez ses décrets éternels . . .

O bonheur ! douce vicissitude !

Est-ce un songe abusant notre cœur ?

Voudrait-on de notre gratitude,

En jouant, sonder la profondeur ?

Non ! croyons à des jours plus prospères,

L'espérance est rentrée en nos cœurs ;

Le deuil fuit, nos chaînes plus légères Ont de l'exil adouci les rigueurs !

O Bagot ! toi que notre patrie

A nommé son père, son sauveur ;

Dans l'exil notre vie est flétrie,

Toi seul peux lui rendre sa fraîcheur.

Tendres fils, épouses éplorées,

Bons amis, tous nous tendent les bras .

Dans tes mains tu tiens nos destinées, Rive nos fers. . . ou ne le trompe pas !

Adoré sur la terre étrangère, Entouré de tes nobles enfants, Dans les bras d’une épouse bien chère, Tu reçois leurs doux embrassements.

Hélas ! nous, sans enfants, sans compagnes, Dans l'exil nous vivons sans amis :

Et l'écho de nos tristes montagnes, En se moquant, nous appelle proscrits !

LE RÉPERTOIRE NATIGNAL

Fais cesser cette ignoble souffrance, Sois sensible à la voix du malheur ; Embellis notre courte existence Trop longtemps étrangère au bonheur. | | C'est le vœu, l'espoir de la patrie, (l Tu la vois. . . elle nous tend les bras ! | Rends-nous donc à sa terre chérie, |

Arrache-nous à l'exil. . . au trépas!

Ce sont là les durables trophées Que tu peux t'ériger dans les cœurs.

Vers le soir de tes belles années, Le trépas te sera sans horreurs.

Tu diras : J'ai vécu dans la gloire, Mais la mort va flétrir mes lauriers, Je vivrai du moins dans la mémoire Des exilés rendus à leurs foyers !

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