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LA NOUVELLE ANNÉE SES JOIES ET SES DOULEURS

Amis, revoyons-nous, que ce jour nous rassemble ; Si nous ne rions pas, nous pleurerons ensemble. Ce jour d’épanchement que nos aïeux chômaient, Où tout parlait d'amour, les amants s’avouaient, Où les parents joyeux bénissaient leur famille, Quand, tombés à genoux, le fils avec la fille Juraient à leur papa leur amour enfantin, Heureux d’être bénis de sa si tendre main ;

Ce jour où tout chantait : vive la guignolée ;

Où l’on ne parlait plus de l’époque écoulée,

I1 nous sourit encor sous no: sombres frimas : Comme l’aimable été l'hiver a ses appas.

La gente volatile a fui de nos campagnes,

La neige a tout blanchi le sommet des montagnes,

À HT L’'inconstante nature a changé de manteau,

. C'est Mais ce monde, après tout, voyez comme il est beau ! ques et Cette scène qui change a pris une autre vie :

Ag jo Sous cette robe blanche où la coquetterie

Fait cacher à nature un monde de plaisirs,

Je trouverai de quoi combler tous vos désirs :

Les amours dans un bal volent avec les grâces,

Et des groupes joyeux s’élancent sur leurs traces ; C'est Bacchus qui plus loin fait des libations, Cupidon qui reçoit des adorations ;

Puis venez par ici voir sourire Hyménée

De bonheur du retour d’une nouvelle année, D'un regard d’allégresse élevé jusqu’au ciel

La bénir mille fois de sa lune de miel !

Le pauvre, lui, tout seul, demi-mort sur la route, S’arrête sur le seuil, timidement écoute :

Que comprend-il, hélas ! à ces joyeux festins ? Ah! ne le laissez pas maudir ses noirs destins !

Il est père, mon Dieu ! de quelques pauvres anges Qui périssent de froid, car ils n’ont pas de langes. Peut-être, hélas ! peut-être est-ce un pauvre orphelin En quête d'un abri, puis qui n’a pas de pain !

Ou la veuve sans gît qui vient verser ses larmes Et qui contre le sort n’a que ces faibles armes : Qui de vous les a vus grelottants au chemin, Demi-nus, éplorés et se mourant de faim? . .. Votre banquet maudit, ces poisons délectables Qui surchargeaient tantôt vos somptueuses tables, Ces ébats si joyeux sous vos lambris dorés,

Leur présence soudain les eût empoisonnés !

Vous avez aimé mieux isoler votre ivresse

Et vider d’un bon vin la coupe enchanteresse, Loin de ceux qui mouraient et de faim et de froid ; Maïs il reste là-haut un Être qui vous voit : Ceux-là sont mes amis, ils sont aussi vos frères : Quand arriveront-ils à vos âmes altières? .

Que parler de plaisirs, quand je n’ai que des pleurs, Quand je te vois, hélas! pauvre être qui te meurs, Sans secours, sans abri, promener ta misère

Sans que personne à peine écoute ta prière ?

Amis, bien loin, là-bas, sur un sol étranger Écoutez avec moi des vôtres soupirer :

Leurs cœurs et leurs regards vers la terre promise Se tournent chaque jour : votre bourse s’épuise Et le malheur les tient enchaînés dans les fers : Concitoyens, pardon! mais par-delà les mers

Is ont langui longtemps si loin de leur patrie :' Ah ! j'entends votre voix, vous leur rendrez la vie! . Ils reverront encor ce berceau de leurs jours,

Ils baiseront ce sol de leurs premiers amours, Et serrant sur leur cœur votre main bienfaisante, Changeront en bonheur une larme cuisante !

Laissez-moi vous bénir dans ce premier transport. Ensemble nous courrons les embrasser au port ! Mais de quel œil, hélas ! cette chère patrie, Où chacun d’eux encor vient chercher la vie, Pourra-t-il la revoir ? a-t-elle un avenir ?

Ne peut-on sur ce sol que trembler et gémir ? Chaque jour se succède au milieu des alarmes, Nous n’épanchons jamais que de civiques larmes, Chaque an nouveau qui naît porte un signe de deuil, Et le front soucieux chacun franchit son seuil ! Quand donc se fixeront, mon Dieu! nos espérances ? Quand hériterons-nous de pures jouissances ?

Quand pourrons-nous enfin nous confier au sort ? Quand ce peuple bercé touchera-t-il au port ?

J. G. BARTHE

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