L'AURORE DU PREMIER JOUR DE L'AN
Le jour paraît, j'entends l’airain pieux qui sonne,
Du bruit des pas bruyants le sol glacé résonne ;
Les temples sont remplis, l’encens fume, et les cieux Qu’une foi vive assiège, ont reçu mille vœux.
Je vois là-bas, au sein d'une famille chère,
Les fils respectueux aux genoux de leur père !
Le vieillard, qui s’émeut, les bénit tour à tour,
En mnrmurant tout bas des paroles d'amour.
Ah ! dans ce jour, la haine, à l’œil hagard et sombre,
(1) M. Étienne Parent, journaliste distingué, né à Beauport près de Québec, le 2 mai 1801, fit ses études au séminaire de cette ville et au collège de Nicolet. A 21 ans il était rédacteur en chef du Cuxadien. Il se fit admettre au barreau, mais ne pratiqua que peu de temps ; il fut bientôt nommé traducteur français et greffier en loi de l’assemblée du Bas-Canada; il remplit aussi pendant quelque temps la charge de bibliothécaire. Ces emplois ayant été supprimés lors de l’abolition de la vieille constitution du Bas-Canada, en 1841, il se consacra tout à fait à la rédaction du Canadien, dont il garda la direction jusqu’en 1842. Pendant les troubles de 1837-38 il fit cause commune avec la majorité de ses concitoyens, et fut emprisonné à Québec pour avoir exprimé trop ouvertement ses opinions. Sous l’union des provinces, il fut élu au parlement par le comté de Saguenay, devint d’abord assistant-secrétaire pr'"incial puis soussecrétaire d’Etat après la confédération. M. Parent était un écrivain hors ligne. Ses écrits forment une partie importante de nos annales politiques. ‘‘ Personne, dit un publiciste canadien, n’a déployé parmi nous dans ce métier de la presse, dont les conditions sont rendues si difficiles par la passion des partis, l'intolérance des intérêts personnels, l'indifférence du public et les nécessités de l'improvisation quotidienne, personne n’a déployé des vues plus larges et plus justes, une perspicacité aussi rarement en défaut, une sagesse aussi profonde, L’inspiration nationale a été égale du premier jour au dernier. Deux œuvres de cet éminent esprit donnent à elles seules une idée exacte de sa rare puissance et de sa haute originalité. La première a pour titre : Du prêtre et du spiritualisme.,
Fait trève, tend la main, ou demeure dans l'ombre ; Ce n’est qu’embrassements comme au jour du départ, Doux sourire et bonheur où l'amour a sa part !
On fait mille souhaits en faveur du jeune âge :
Le jeune homme a pour lui l'avenir en partage.
Le citoyen lui dit : va, suis le droit chemin ;
Que les nobles vertus habitent dans ton sein ;
Va, brille, mon enfant, pars et jamais n'oublie ; Mais soudain quel pouvoir entraîne mes esprits ? Quels transports ! 6 fureur . . . je tremble, je frémis ! Je me sens animé d’une flamme divine ;
Viens, muse d’Apollon, descends de la colline, Viens au-devant de moi ; dans mon trouble agité, J'ai besoin du secours de ta divinité.
Que vois-je ? le héros se lève de la bière
(Héros dont nul nuage a terni la carrière) ;
Le feu de la colère éclate dans ses yeux ;
Quoi! dit-il, Châteauguay, nos combats valeureux, Un noble dévoñment dans la cause du trône
Nous eût appesanti le joug de la couronne !
Chère ombre, ta valeur, non ces vaillants exploits N'attirèrent sur nous la clémence des rois,
Quand le peuple aveuglé, dans sa vive tourmente, Leva sur l’oppresseur une main menaçante.
Non! l’on vit au milieu d’un funeste appareil
Se consommer l'arrêt d’un odieux conseil,
Et combien de l’exil souffrirent le martyre !
Chère ombre, ce récit semble augmenter ton ire,
Ce n’est pas tout : depuis, la patrie en lambeaux Devait subir l’essai des systèmes nouveaux,
Un tyran proposa des noces monstrueuses !
Le peuple dut-il croire aux promesses douteuses ? Cependant au sénat, pour la première fois,
Des chefs plébéiens on écoute la voix,
Et leurs mains désormais vont gouverner la barque ! Heureux alors, heureux si la fatale Parque
Eût respecté les jours de ce vieillard aimé,
Le culte de la foi, comme de la patrie.
la seconde : De l'intelligence dans ses rapports avec la société. X1 y a dans ces deux lectures le résumé d’une constitution sociale admirable, fondée sur les vues les plus neuves et les plus profondes. C’est là une œuvre digne de la méditation des esprits philosophiques et dont on ne comprendra que plus tard, lorsque les études et l’expérience politique seront plus avancées parmi nous, la valeur et la portée. M. Parent est mort à Ottawa en 1874.
Mais déjà le soleil a franchi l'horizon ;
L'ombre court à travers la neige du vallon ;
Et la reine des nuits, d'étoiles couronnée,
S'élève triomphante au haut de l’empyrée.
Sous les toits frimassés de nos rudes climats,
Les nobles souvenirs ne s’assoupissent pas.
Le poète naissant, sur sa muse rustique,
Leur consacre en ce jour un chant patriotique.
Ou dans son droit chemin si Metcalfe eût marché, Le vaisseau du pays aujourd’hui sur le sable
Eût franchi de nos maux l’océan redoutable,
Et, parmi des noms chers, des noms à révérer,
Le pays, qui le pleure, aurait placé Viger.
Et toi, noble héros ! sur ta “emeure sombre
Ma muse en gémissant n’eût pas troublé ton ombre.
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