DÉPART DE MGR PROVENCHER POUR LA RIVIÈRE-ROUGE
Vois dans ce frèle esquif ce noble voyageur
Qui porte sur son sein la croix du Rédempteur ; Vois comme sur son front, miroir de sa belle âme, Perce un brillant rayon du zèle qui l’enflamme. Pour la gloire d’un Dieu, l’objet de son amour,
Du pays qu’il chérit il quitte le séjour,
Et pour gagner au ciel des âmes égarées,
T1 va s’ensevelir dans d’arides contrées.
Là, dans de vastes prés, déserts silencieux,
Où nul aspect riant ne vient charmer les yeux, Maint peuple d’Indiens sans mœurs et sans culture Végète sans nul frein que la loi de nature.
Ces enfants du désert, fiers de leur liberté,
Sont exempts de besoins, riches de pauvreté.
Tout en craignant l’Æsprif que craignaïit son ancêtre, Le sauvage chérit le sol qui l’a vu naître.
C'est parmi ces tribus que le digne prélat
Compte déjà quinze ans d’un rude apostolat.
Le premier il brava les frimas, les orages,
Pour transplanter la foi chez les peuples sauvages. Ministre révéré de la religion,
I1 remplissait en paix sa sainte mission ;
Il pouvait, dans le sein de sa douce patrie,
Couler les jours sereins de son utile vie ;
Mais un cœur consumé d’une pieuse ardeur
Fait tout pour son semblable et rien pour son bonheur. Il consacre ses jours, son existence entière
A répandre partout la divine lumière ;
Dans l’ardeur de son zèle, il voudrait en tout lieu
Prêcher la connaissance et l'amour de son
Dieu,
Et pour gagner une âme à sa sainte croyanct,
Il est prêt à donner jusqu’à son existence.
Tel est le saint prélat qui trouve le bonheur
Dans le soin du troupeau dont il est le pasteur. Les délices de Rome et les arts de la France N'ont pu d’un seul instant prolonger son absence.
L'amour de son pays, ce n9ble sentiment
Si naturel au cœur des fils du Saint-Laurent,
Dans le secret peut-être a fait couler ses larmes.
Mais un amour plus grand vient lui fournir des armes : Il tourne ses pensers vers un plus noble but,
Et va porter au loin la paix et le salut.
Honneur, cent fois honneur à l'homme charitable Qui se dévoue ainsi pour sauver son semblable ! Dans le fond des déserts, il trouve le bonheur,
S'il peut y conquérir une Âme à son Sauveur :
Et préfère à l’éclat d’une fête brillante
Le bonheur de planter une croix triomphante.
Sainte religion ! c’est par toi qu'un prélat
Sur le trône, au désert, brille du même écl S’il régit le clergé d’une cité polie,
Ou s’il terrasse au loin l’antique idolâtrie, C'est toi, c’est ton esprit d’ardente charité Qui pénètre son cœur de zèle et de bonté.
Pociles À ta voix, les peuplades sauvages
at :
À l’encens des cités unissent leurs hommages,
Et tes ministres saints, en proclamant tes 1
ois,
Ont courbé l'univers sous le joug de la croix.