CHANSON
Se munir d'une femme C’est accepter des lois, C’est contenter son âme, La soumettre à la fois, Ainsi soyons donc prudes, Regardons de bien près, Sinon ses coups sont rudes, Préparés tout exprès !
Parler de mariage ?
Vaut mieux lui céder,
Puis entrer en ménage Sans trop s’y préparer :
La femme est trop coquette Pour ’en pas abuser ; Madame la discrette, Veuillez bien m’excuser !
Passer en amourettes
Un lustre désormais, Toujours parler d’aigrettes Sans s’ennuyer jamais .
Traiter de chère amante, Avec feu, passion,
Celle qui n’est constante Que par pure façon !
L'amour tient d'étiquette :
‘ N'ouvrez pas votre cœur,” Nous dit une coquette,
‘ Car l'aveu nous fait peur !” Pourtant mainte promesse S'échange des deux parts,
Et l’on prend pour tendresse De vrais coups de poignards !
L'amour est éphémère
Et sans sincérité ;
Pourquoi tant de mystère, Si peu de vérité ?
Quand les bouches s'adorent Les cœurs sont trop glacés, On dirait qu'ils ignorent Les tendres voluptés !
Se piquer d’être belle,
N'a plus rien d’étranger ; Mais se dire fidèle, Saurait-on le prouver ?
Mais ce qu'on nomme grâce Est bientôt effacé ;
Oui, la beauté se passe ; Suffrage à la bonté !
Il n’est plus sur la terre De sincères amants !
Moi je me désespère D'y voir tant d'inconstants, Enfin pour en conclure, Je dis sans hésiter :
Qu'amour fait qu’on endure, Qu'il est chétif métier.