À MA MÈRE
Quand, tout petit encore, endormi sur ton sein, Aux jours où je croissais à l'ombre de ta main,
Tu n'aimais que moi seul, que moi seul dans le monde, Comme on vivait heureux dans notre paix profonde !
Te souvient-il des soirs où bercé dans tes bras, J'écoutais tes chansons et bégayais tout bas Des mots tendres, naïfs, qui te faisaient sourire ?
Quand j'étais au berceau, jouant comme un zéphire,
Et que papa venait me couvrir de baïsers,
Sur moi vous confondiez, Ô mes amis si chers ! Vos projets d'avenir ; comme une providence, Vous bénissiez tous deux mon innocente enfance : J'occupais à moi seul vos soins et vos amours ;
Le destin avec vous ourdissait tous mes jours.
Plus tard je me fis grand : une sœur, puis un frère Prirent ma place à moi, dans les bras de ma mère. Je changeai de patrie et de père et d’autel,
Le ciel prit soin de moi loin du toit paternel. Mais quelques ans après ma sœur avec mon frère Gisaient, pleurés de tous, dans une froide bière ! . D'autres petits enfants, nés pour sécher tes pleurs, Ne vinrent ici-bas qu'augmenter tes douleurs :
Ja mort les moissonna sans pitié pour leur mère ; À peine ont-ils goûté les caresses d'un père .
Ah ! bénissez leur cendre ! ils dorment en repos A'Tombre des cyprès qui protègent leurs os !
D'autres consoleront tes dernières années,
Ils te feront du moins de moins pâles journées !
Tu pleures, pauvre mère ! ah ! songe qu'ici-bas Nous sommes tous soumis à la loi du trépas !
Quelque jour, dans le ciel, près de ta grande fille, Tu vivras pour jamais au sein de ta famille !
Six autres chers enfants, les amis de ton cœur,
Dans un saint dévoñment plaçant tout leur bonheur,
Verseront à leur tour du baume dans ton âme :
Ce nom d’ezfant peut tout sur ton âme de femme ! .
Ils vivront comme moi pour bénir tes vieux ans, Pour honorer encor ta tête en cheveux blancs.
Moi, sous un autre ciel, révérant ton image,
Je redirai ton nom aux échos du rivage :
Nos cœurs battront si loin d'un réciproque amour, in attendant que Dieu les réunisse un jour !
Ton souvenir sera ma constante pensée,
J'en nourrirai toujours ma pauvre âme isolée ! .
J. G. BARTHE