‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 39 sur 203 · RE · texte numérisé non relu

RE

Les tyrans ont pâli, souillés d'iniquité,

Et, près de s'engloutir sous les débris du trône,

Ils se sont moins joués des droits d'humanité ;

Ah ! c'est que dans la fange ils jetaient leur couronne!

Les fils des Canadas, amants de liberté, Perdant leur vain espoir dans un sceptre insensé, Et d'un généreux sang rachetant leur patrie, Bravèrent dans nos champs la mitraille ennemie ; O peuple ! jette un funèbre feston Sur leur tombeau . . bats le mâle clairon !

Couvre de drapeaux sombres Leurs tombeaux et leurs ombres ! .

Baise leur cendre sainte au fond de leur cercueil, Érige un monument qui fasse ton orgueil.

Leurs noms en traits de feu dans ta généreuse âme Sont gravés pour jamais !

Rois, vous portez en vain et le fer et la flamme

Si loin de vos palais !

Un roi doit-il régner sur un peuple d'esclaves ? Doit-il sous un vil joug courber les fronts des braves ?

Martyrs sanctifiés par de mâles exploits, Le trépas vous soustrait à de honteuses lois ! Le peuple honorera vos noims, votre mémoire, Vos ombres avec lui chanteront la victoire !

O peuple! jette un funèbre feston Sur leur tombeau . . . bats le mâle clairon ! Couvre de drapeaux sombres Leurs tombeaux et leurs ombres ! .

Mais vous qui dans l'exil consumant de beaux jours, Avez flétri vos pas dans la fange des crimes, Vous qu’un fer assassin réclamait pour victimes, Que de vils ennemis, sanguinaires vautours, Jetaient à l’échafaud en ignoble pâture, Vous avez affronté le fer et la torture Et l’homicide bras souillé de déshonneur !

La peur n’a pas molli vos âmes généreuses (Dans le sein des héros il bat un si grand cœur !) Si le destin rendit vos armes malheureuses,

Si Mars vous a ravi la palme des combats,

Si vous ne fûtes point les plus heureux soldats,

Vous avez succombé du moins avec vaillance,

Un seul fils d'Albion et sept fils de la France

Que l'honneur fit soldats,

Qu'on vit briguer la gloire en tête des combats,

Payèrent dans l'exil leur valeur héroïque :

Ceignons-leur aujourd’hui la couronne civique ! O peuple ! tresse un glorieux feston, Chante et bats le mâle clairon,

Et de leurs pas chéris, oh ! baise la poussière,

Devant eux, de respect, courbe ta tête altière !

J. G. BARTHK,

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