À MON FILS
Lorsque tu dors sur le sein de ta mère Souvent mes yeux s'arrêtent sur tes traits,
Où les zéphyrs sous la gaze légère
Portent des champs les parfums toujours frais. Mais qui peut dire, en quittant le rivage,
Que les zéphyrs te suivront jusqu’au port ?
Dors, mon enfant ; le ciel est sans nuage,
Et l’aquilon ne souffle pas encor.
Des rêves d’or berceront ton enfance ; Insoucieux, tout te semblera beau.
Tu grandiras, avec toi l'espérance, Prisme trompeur qui nous suit au tombeau.
Plus tard enfin le temps impitoyable Détruira tout, plaisirs, projets, bonheur.
Dors, mon enfant ; ton rêve est agréable, Bientôt viendront des pensers de douleur.
Si ton génie à la lyre sonore Prête des chants inspirés par les Dieux, Comme l’oiseau qui chante avec l'aurore, Ils n’auront plus d’écho que dans les cieux ; Ces doux refrains qui charment mon oreille Vont s’oublier pour des sons inconnus.
Dors, mon enfant ; pour toi ta mère veille Et de sa voix les chants sont suspendus.
Si le destin sur la terre étrangère Guide tes pas bien loin de ton pays,
ARTHE.
Tu verseras plus d'une larme amère
Au souvenir dr ces bords trop chéris.
Le haut rang même où tu semblerais être Perdra soudain à tes yeux sa splendeur.
Dors, mon enfant ; le sol qui t'a vu naître Sera toujours le pays de ton cœur.
Si fier, enfin, des exploits de nos pères,
Tu te plaisais au milieu des combats,
Puisse le ciel rendre tes jours prospères
Et loin de toi conduire le trépas.
Mais là du moins l'homme tombe avec gloire, Et son pays lui doit un souvenir.
Dors, mon enfant ; si tu vis dans l'histoire, Laisse un nom cher aux fils de l'avenir.
Mais l'avenir se grossit de nuages ;
Pour bien des fils les legs seront sanglants : Si je pouvais conjurer ces orages,
Avec plaisir je verrais ton printemps.
Non, le passé n’a pas brisé ses armes, Chacun se dit : Washington renaîtra.
Dors, mon enfant ; car le tambour d’alarmes Trop tôt pour toi peut-être sonnera.
Moi, je voudrais, mon fils, qu’à ton asile Cérès brillât au milieu des neuf sœurs, Et que la paix, à leur appel docile,
Y présidât le front orné de fleurs ;
Dans ce séjour, seul que je te souhaite, D'amis choisis toujours environné,
On vit les arts embellir ta retraite
Dans quelque lieu champêtre et fortuné,
GARNEAU