‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 47 sur 203 · M. AUGUSTIN NORBERT MORIN · texte numérisé non relu

M. AUGUSTIN NORBERT MORIN

Un esprit sain, étendu et bien cultivé, un désintéressement philosophique et proverbial, des travaux habiles et incessants, un dévouement généreux pour sa patrie eussent dû mériter à M. Morin l’une des premières positions du Canada, position qu’il eñt sans doute dès longtemps acquise si une insurmontable timidité, un défaut total d’intrigue personnelle ne lui eussent presque toujours fait négliger l'intérêt privé pour les affaires

publiques. Dès son jeune âge, M. Morin s’est occupé sérieusement de la politique du pays, sous les auspices de M. Viger, puis de M. Papineau dont il devint le bras droit, l'aide indispensable ; ils se complétaient l’un l’autre ; l'un portait la parole, celui-ci tenait la plume et, chose remarquable, l'un possédait ce dont l’autre était presque totalement dénué ; ceci est un fait connu de tout le monde. M. Morin a une figure intelligente et douce, mais son geste maladroit, son port incertain, ses manières gênées et contraintes, son adresse naïve et simple quelquefois, révèlent d’abord l’excentricité de l’homme de cabinet, plutôt que l'énergie et l'audace du politique et de l’orateur. M. Morin porte souvent la parole en chambre, mais c’est plutôt pour motiver sa conduite, son vote, ses démarches, que pour s’attirer des sectateurs. Sa voix rapide et peu accentuée semble //re, souvent même en bredouillant, une opinion écrite en lui-même, que prêcher des dogmes nouveaux. que commander l'attention : elle n’est point faite pour dicter l'enthousiasme ni pour implorer la sympathie, mais pour résumer froidement et logiquement la série des raisons qui l'ont fait agir, /wi, et qui l'ont fait arriver à conseiller à ses collègues de l’imiter. Ce n’est point qu'il faille croire que la conduite politique de M. Morin soit dépourvue de fermeté, au contraire, les conclusions de ses documents (on peut nommer ainsi presque tous ceux de la majorité de la chambre) portent, pour la plupart, le cachet de la force que donne la persuasion ; mais on ne l'entendit jamais faire cette véhémente profession de foi qui crée des prosélytes.

Comme on le voit, M. Morin n'est point fait pour être chef de parti, mais c'est un homme nécessaire, indispensable à un parti. Ses écrits sont tous faits avec calcul, avec dignité et avec simplicité de langage, sans sortir pour cela du cérémonial convenable qui doit toujours, plus ou moins, envelopper un acte public. Si le parlement était de nouveau réuni et que M. Morin, qui, dit-on, s'est exilé

Me Lab - ne,

bCCUPÉ 1spices le bras it l’un plume l’autre connu igente certain, > naive cité de 'audace souvent motiver s’attirer centuée opinion veaux.

te pour ie, mais des raiirriver à int qu'il orin Soit s de ses ceux de part, le is on 11e a de foi

our être ndispen-

calcul, rtir pour

plus ou ent était est exilé

pour jamais de son pays, dût lui manquer, ce serait avec un regard d'inquiétude qu'on rechercherait son successeur parmi ses collègues. Il était l’âme des comités ; la rédaction de la plupart des rapports, adresses, pétitions, etc., lui était ordinairement confiée, et lorsque le parlement avait clos ses travaux, c'était encore lui fort souvent qui se trouvait chargé de les défendre dans la presse publique, dont il fut longtemps le principal champion. En un mot, de tous les membres, M. Morin était celui qui gagnait le mieux son indemnité.

On a reproché vivement à M. Morin, nous ne dirons point si c’est à tort ou à raison, d’avoir indisposé, compromis même quelques-uns de ses amis par l'expression privée de sentiments qui, plus tard, ne s’accordaient point avec sa conduite publique. On lui a reproché de ne point s'être servi de l'influence qu'il avait nécessairement sur un grand nombre de ses copartisans pour les détourner d'actes qu'il disait désapprouver. On l’a souvent accusé d'inconséquence, quelquefois même de pusillanimité. Comme notre tâche n’est point ici de prendre sa défense, que nous laissons à sa réputation et à ses actes, nous ne nous attacherons point à réfuter un blâme que ses amis même ont jeté parfois sur lui ; nous ferons remarquer que ces défauts, dangereux dans un homme public, provenaient plus ordinairement chez lui d’une faiblesse ou d’une douceur de caractèré, et de la tournure originale donnée à son esprit par des études abstraites et singulières, que d'un calcul volontaire de déception ou d’intrigue, ayant pour but l'intérêt ou l'ambition. Certes, il est bien peu d'hommes, de tous ceux qui figurèrent dans la politique contemporaine du pays, qui aient si peu fait pour euxmêmes que M. Morin. Ils’est acquis un nom et il est resté pauvre, au milieu de tant d’autres qui ont su faire marcher de front les affaires publiques et particulières, et qui même ont sacrifié sans hésiter les premières à celles-ci lorsqu'ils trouvèrent l’occasion favorable.

En somme, M. Morin, qui fut sans cesse, depuis les TOME II 8

# * É kè À MS dues ds | EP SU de,

troubles, en butte aux persécutions du gouvernement,

aux vexations de ses subalternes, aux injures de la classe outrée qui est le plus directement opposée à la majorité canadienne, le fut aussi aux amères reproches de son propre parti dont il voulut dernièrement éviter de parta-

ger les excès. Et le voilà, aujourd'hui, dégoûté presque

de sa propre patrie, qu'il a dû fuir sous l'accusation de désordres qu'il n’a pas partagés, qu'il a même, si l’on en

croit la rumeur publique, essayé d'arrêter, de retarder.

Page 1