‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 49 sur 203 · RAPIDITÉ DU TEMPS · texte numérisé non relu

RAPIDITÉ DU TEMPS

Un an vient de finir; un nouvel an commence ; Jour de crainte au vieillard, de plaisir à l'enfance. Pour l'âge qui mûrit quel joyeux souvenir !

Pour l’âge qui s'éteint quel lugubre avenir ! O temps ! pour le malheur trop lent dans ta carrière, Arrête, et de l’heureux respecte la prière.

Mais non, les mois, les ans, les siècles, tout s'enfuit, Vole, se précipite à l’éternelle nuit.

| Le temps s'enfuit ; la rose au matin se colore, Puis au midi se fane ; au soir vit-elle encore ? Le temps s'enfuit ; tremblez, vieillards aux cheveux blancs; Demain sentirez-vous le poids, le froid des ans ?

"M Et toi, jeune beauté, rivale de l’aurore,

Qui maîtrises les yeux, et que mon cœur adore,

Oui, de la fleur des champs tu suivras le destin : Ta fraîcheur durera l’espace d'un matin.

Et toi, fruit de l'amour, vas-tu voir la lumière, Ou trouver un tombeau dans le sein de ta mère ?

Ja vie est ce ruisseau par le fleuve englouti ;

Ft le temps est ce fleuve à la mer réuni.

Chaque jour, chaque instant vers ce fleuve s'écoule, Et ce fleuve, à son tour, vers cette mer se roule. Mais cette immense mer, qu'est-ce ? l'éternité ! L'homme ? c’est un peu d’eau dans l'Océan jeté.

Si la vie est si courte et le temps si rapide,

A tous tes pas, mortel, que la vertu préside, Secours ton ennemi tombé dans le malheur, Et que jamais l’orgueil ne réside en ton cœur.

Et pardonne l'injure et méprise l'offense ;

A mon avis, c'est là la plus noble vengeance

Sois ferme en tes desseins, sage dans tes désirs, Puis en tout modéré, jusques en tes plaisirs ; Ennemi des flatteurs et de la calomnie,

Et surtout de l'ingrat, de l’odieuse envie.

Aie le lâche, et le fourbe, et le traître en horreur, Et cet homme surtout, cet homme sans honneur, Qu'on voit comme le vent sans cesse variable, Qu'on voit comme la cire en tout sens maniable, Qui même du tyran lèche les mains, les pieds, S'il veut bien lui donner pour prix quelques deniers, Démasque le mensonge, et confonds l'injustice ; Au riche, au pauvre, au grand, au petit rends justice ; Et sois fidèle époux, bon père, ami constant,

Et vieillard respectable, enfant obéissant,

Et serviteur soumis, doux et généreux maître, Citoyen respecté, du moins digne de l’être,

Et sensible au malheur, et toujours le soutien

Et de la veuve nue et du pauvre orphelin, Toujours le défenseur du roi, de sa couronne, Soumis même cent ans au tyran sur le trône.

O toi dont le mérite égale la grandeur,

Qui commandes en roi, digne de cet honneur,

Songe qu’un seul faux pas peut ravir tes trophées,

Et détruire ta gloire, œuvre de vingt années :

La gloire est une fleur qu'un léger vent flétrit,

La glace d’un miroir que mon souffle ternit.

Et veux-tu dans mon cœur occuper une place ?

A mon frère aveuglé, trop coupable, fais grâce. Entends-tu ses enfsrits sans toit, sans feu, sans pain : ‘ O mon Dieu, que J'ai froid ! O maman, que j'ai faim ! ”’ Dieu ne t'a it puissant que pour sécher leurs larmes, Pour apaiser ieur faim, dissiper leurs alarmes.

Sans tache à tes enfants veux-tu léguer ton nom ? Envers tous, à toute heure, et sois jüiste et sois bon. Fais tes sujets heureux, ce nom vivra mille âges : Oui, c’est là le plus beau de tous les beaux ouvrages.

Toi, peuple canadien, aujourd’hui malheureux, Qui pleures sur la terre où riaient tes aïeux,

Dont le frère est chassé d’où l’enfanta sa mère, Plus souffrant que l’esclave où fut si bien ton père,

De ta condition je connais la rigueur ;

Moi-même de ton sort je partage l'aigreur ;

Tu souffres, mais n'importe ; obéis À ta reine : Comme elle a Dieu pour roi, tu l'as pour souveraine ; Le seul maître des cieux l'a faite ce qu’elle est,

Et tu lui dois amour, fidélité, respect.

De ton Dieu sur la terre elle porte l'image ;

Se rebeller contre elle est à Dieu faire outrage.

Et quels seraient les fruits d'une rébellion ?

La gloire de ton maître et ta confusion,

Et la mort de ta fille au printemps de la vie,

D'un père déjà vieux, d'une épouse chérie ;

Et ton champ sans clôture et ta maison sans toit,

Et le foyer fumant d'un sang qu’un pourceau boit ! Mille guerriers détruits, leurs clos pour cimetières, Leurs propres vêtements pour linceuls et pour bières ; La honte et les mépris pour pain à ton neveu,

Les débris de ton nom, l'abandon de ton Dieu !

Mais, peuple, tu frémis ; ton âme est effrayée,

Et de ton front découle une sueur glacée.

Tu frémis, et tant mieux : une fois révolté,

Ton Dieu te laisserait à l'instant, sans pitié,

Ou mourir dans le crime, ou croupir dans la fange. Démons, qui vous a faits? La révolte d’un ange! Prends patience, Ô peuple, et sois obéissant

A la reine, à l'État comme au Dieu tout-puissant. Après un grand orage un jour il fera calme ;

Pour le juste qui souffre aux cieux est une palme, Prends patience, Ô peuple; ils finiront tes maux, Iis viendront les beaux jours avec des ans nouveaux.

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