LES OISEAUX BLANCS
Salut, petits oiseaux qui volez sur nos têtes,
Et de l’aile en passant effleurez les frimas :
Vous qui bravez le froid, bercés par les tempêtes, Venez tous les hivers voltiger sur mes pas.
Les voyez-vous glisser en légions rapides
Dans les plaines de l’air comme un nuage blanc, Ou le brouillard léger que le soleil avide,
A la cime d’un mont dissipe en se levant ?
Entendez-vous leurs cris sur l’orme sans feuillage ? De leur essaim pressé partent des chants joyeux.
Ils aiment le frimas qui ceint comme un corsage Les branches du cormier, qui balancent sous eux.
Quand un faible rayon de l’astre de lumière Brille sur le cristal qui recouvre les bois,
Le doux frémissement de leur aile légère Partout frappe les airs où soupirent leurs voix.
Fuyez, petits oiseaux, dont l’épaisse feuillée
Ne peut plus recueillir l'amour comme au printemps ; Des bouleaux pour vos nids la branche est dépouillée, Et le froid aquilon siffle dans leurs troncs blancs.
Mais l'air est obscurci d’épais flocons de neige ; Leur vol est plus rapide à l’entour de nos toits. Sur la balle du grain s’agite leur cortège
A la grange où bondit le van du villageois,
Oh ! que j'aime à les voir au sein des giboulées Mêler leur voix sonore avec le bruit du vent.
Ils couvrent mon jardin, inondent les allées,
Et d’arbre en arbre ils vont toujours en voltigeant,
Quelle main a placé sur la branche qui plie
De perfides réseaux pour arrêter leurs pas ?
Ah! fuyez—mais hélas ! j'en entends un qui crie, E. C. Le cruel oiseleur va causer son trépas.
Poussant des cris plaintifs ils fuient dans la plaine ; Mes yeux les ont suivis derrière les coteaux ;
Mais ils avaient déjà, le soir, perdu leur haine,
Et je les vis encor passer sous mes vitraux.
Is “evinrent souvent butiner à ma porte ;
Mais de l’arbre perfide ils n’approchaïient jamais. Hs repartent enfin ; l’aile qui les emporte
Semble par son doux bruit augmenter mes regrets.
Adieu, petits oiseaux qui volez sur nos têtes,
Et de l'aile en passant effleurez les frimas.
Vous qui bravez le froid, bercés par les tempêtes, Venez tous les hivers voltiger sur mes pas.
F, X. GARNEAU
SOMBRE EST MON AME COMME VOUS ROMANCE Sombre désert, et forêt noire, inps ; Pour moi vous avez plus d’attraits illée,
Que les honneurs, les biens, la gloire, Que le plus brillant des palais.
Seul avec moi chez vous je goûte
Un bonheur, un plaisir plus doux Que chez l'homme que je redoute :
Sombre est mon âme comme vous.
Un ciel de rose et belle aurore Charmaient jadis mes sens émus ; Le soleil brille, éclaire encore,
Et pourtant ne me charme plus :
Foudres, tombez ; grondez, orages ;
Votre aspect sinistre m'est doux.
J'aime à vous voir, épais nuages ; \ Sombre est mon âme comimne vous.
Jadis sur vos rives fleuries,
Petits ruisseaux, oh ! l’heureux jour !
Je goûtais des faveurs chéries,
Je dormais sur le sein d'Amour ; Aujourd'hui, mornes précipices, Gouffres profonds, mers en courroux, Vous m'êtes amours et délices ; Sombre est mon âme comme vous.
Tu danses, folâtre jeunesse, ] Des roses naissent sous tes pas : l Comme toi j'aimais l’allégresse, I Pour moi tout avait des appas ;
Aujourd’hui je ne vois qu’épines, Et mon âme sous les verroux L Aime à vous voir, tombeaux, ruines, L Sombre et morne elle est coinnme vous. il
PIERRE PETITCLAIRe
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1 LE CHIEN D'OR (1) LÉGENDE CANADIENNE A deux pas de la porte Prescott, à l'extrémité de la
(1) Le Chien d'Or est un bas-relief très saillant, placé au-dessus de la porte d’une maison de Québec, rue Buade, représentant un chien qui ronge un os. Les quatre méchantes rimes suivantes sont gravées sur le cadre oblong et aussi de pierre, qui enchâsse ce chien, assez mal sculpté d’ailleurs :
Je Svis Vn Chien Qvi Ronge Lo en le rongeant je prend mon Repos vn tems viendra qui n’est pas venv que je morderay qui m'avra mordv. n
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rue Buade, on voit, à gauche, une maison à grandes dimensions, et au-dessus des enseignes de son locataire (un libraire), on remarque un relief représentant un chien rongeant un os, avec l'inscription suivante :
Je suis un chien qui ronge l'os,
En le rongeant je prends mon repos.
Un jour viendra qui n’est pas venu
Que je mordrai qui m'aura mordu,
M. Philibert était le propriétaire de cette maison et l'occupait en 1736. Possesseur d’une fortune considérable, il y coulait des jours sereins et tranquilles, dans la société d’une jeune et aimable femme, unie à lui depuis quatre ans. Rien n’avait encore troublé l’harmonie qui régnait entre les deux époux ; pas un seul de ces nuages qui apparaissent de temps à autre dans les meilleurs ménages. Un joli enfant fruit de leur union, déjà dans sa deuxième année, augmentait la somme de leur bonheur, quand le ciel jaloux lui suscita des ennemis qui envenimèrent ses actions les plus naturelles et les plus indifférentes, et lui attirèrent la haine d’un gentilhomme nommé de Repentigny.
Les amis de ce gentilhomme redoutaient son caractère violent, mais au demeurant il était le plus honnête garçon du monde.
Une dispute s’éleva entre eux deux et ils s’oublièrent au point de se dire des injures réciproquement devant la porte de Philibert. Un démon, sous la figure d’une femme, souffla aux oreilles de de Repentigny qu’il portait une épée en vain, s’il endurait de pareilles injures. Cela produisit un effet électrique. Il fixa sur Philibert un regard où se peignait toute sa fureur, tandis que sa main, égarée par le crime, saisissait son épée ; il l'arrache de son fourreau, la plonge dans le cœur de Philibert, la retire ensanglantée . . . et s'enfuit. Celui-ci ne s'attendait pas à une telle attaque ; atteint d’un coup
dur
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mortel, il n'eut que le temps de tourner ses derniers regards vers sa demeure, comme pour recommander sa vengeance à son fils, et tomba nageant dans son sang, sur la petite élévation où il y a des marches à présent.
Ses amis dérobèrent de Repentigny aux poursuites de la justice, et lui procurèrent les moyens de passer dans un pays étranger.
Madame Philibert, restée dans la plus profonde affiction, conçut dès lors et inspira à son enfant un esprit de vengeance qui causa leur second malheur. C'est pour cet enfant, qui commençait à bégayer le nom de son père, que le Chien d'or et l'inscription furent mis à la maison en 1736. Klle n’eut pas besoin, comme la mère corse, de suspendre au-dessus du lit de son fils les vêtements ensanglantés de son père infortuné, pour éveiller des sentiments de vengeance contre l'assassin, car il les conçut presque au sortir du berceau ; maïs elle prit grand soin de son éducation.
Vingt années s'écoulèrent consacrées par le fils à de sérieuses études, adoucies par toute l'affection d'une mère : pendant ce temps, le deuil et les regrets avaient toujours veillé dans la maison de Philibert. Elles parurent longues au jeune Philibert, comme la veille d'un jour ardemment désiré ; mais la mère en vit approcher le terme avec chagrin ; elle aurait tout sacrifié pour épargner des dangers à son fils. A vingt-deux ans le jeune Philibert donnait les plus belles espérances. On semblait lire sur sa belle figure pâle, et sur ses traits empreints d’une certaine mélancolie, son austère destinée, et ses bonnes qualités lui conciliaient l'estime de tous ses compagnons.
A quelques jours de là, une femme sur le retour de l'âge et visiblement affaiblie par le chagrin, reconduisait au port son fils unique partant pour la France et volant à la recherche de l'assassin de son père. A voir les larmes qui accompagnaiént les adieux de Mme Philibert à son fils et toute son émotion, l'amour maternel devait subir les plus grandes épreuves. Klle ne quitta la place de
erniers ider sa | sang,
l'embarquement que quand le vaisseau qui portait son fils | eut disparu à ses yeux, et revint, accablée des plus tristes A pressentiments, à sa demeure, d’où elle n’est plus sortie.
résent, Dix mois après le départ du jeune Philibert, sa mère :
ites de malade respirait à la tenêtre le bon air du printemps, et À
ñ A : : Gun gt
r dans son œil cherchait dans la foule qui se pressait devant l'a
elle, les traits de son fils, lorsqu'elle reçut une lettre. Elle l'ouvre et y lit, hélas! qu'après maints voyages sans fruit, son fils avait enfin découvert la retraite de de Repentigny, qu'ils avaient croisé l'épée et qu'il avait succombé! , . . Pauvre Philibert (1) !
FLE an |
e afficprit de st pour de son
is à la A. S$S. SOULARD (2).
a mère
äls les (1) C'est là la tradition populaire. Nous avons cru devoir la faire |
, suivre de la critique de M. Jacques Viger, qui rétablit une partie LE pour des faits historiques. Ro" ssassin, |
(2) M. Auguste Soulard est né à Saint-Roch-des-Aulnais en 1819. Après un brillant cours d'études au collège de Sainte-Anne, il vint se fixer à Québec pour commencer ses études de droit, Là il se voua à la littérature, conjointement avec d’autres jeunes gens qui comme lui donnèrent l’élan à la littérature canadienne. Outre plusieurs M
ais elle
Ls à de
e mère : essais littéraires qu’il publia à cette époque, il contribua largement ; à organiser plusieurs associations, entre autres la société SaintouJours Jean-Baptiste. En 1840 plusieurs écrivains, parmi lesquels se | longues trouvaient le juge Morin et l'historien Garneau, résolurent de MF : fonder un journal scientifique et littéraire dont le titre serait /e | emment Journal des familles. On fondait de telles espérances sur les ‘ec cha- talents du jeune Soulard qu’on lui en offrit la rédaction. Ce ; journal, on ne sait pourquoi, ne publia que son prospectus. M. | (l dangers Soulard continua à collaborer au Canadien et au Fantasque. En | \ donnait 1841 il fut admis au barreau. Il était excellent orateur, et il s’est wc 4 surtout fait remarquer pour ses discours patriotiques aux grandes Fe sa belle célébrations de notre fête nationale, Ce qui le distinguait comme certaine littérateur, c'était un goût exquis et un jugement sûr; comme LE. critique il n'avait pas son égal. 11 mourut en 1852. l PART qualités il
tour de iduisait t volant ; larmes
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