‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 77 sur 203 · LE CHIEN D'OR · texte numérisé non relu

LE CHIEN D'OR

PHTITES CORRECTIONS ET ADDENDA A UN ARTICLE DU Canadien DU 20 NOVEMBRE 1839, PUBLIÉ SOUS LE PSEUDONYME A. S,S$,; —POUR AUTANT QUE J'EN SAIS AU MOINS !

Le Révérend M. Bourne a donné, il y a déjà quelques années, dans la Picture of Quebec, sa version de l'histoire de ce fameux bas-relief que le colonel Cockburn a copiée, depuis, presque verbatim, dans son Quebec and its environs. Le correspondant A. $S. $. nous donne aussi la sienne, et certes ! ce n'est pas la même chose. Qui donc a dit vrai, ou de M. Bourne ou de M. A. $S. S.? Tous deux, je crois, n’ont point écrit sur l'autorité de #émoires du temps, mais se sont contentés de nous donner la /radition, telle qu'elle leur est parvenue : pour ma part, j'en pourrais aussi faire une troisième et même une quatrième —assez peu semblables aux leurs. Comme j’ai l'expérience qu'il n'y a rien de plus fautif que les #raditions de ce genre, je ne donnerai pas mes variantes ; maïs vous me permettrez, M l'éditeur, quelques petits commentaires sur la communication de M. A. S. S., fondés sur des documents écrits, commentaires qui pourront peut-être le mettre sur la voie (en cherchant un peu, comme moi) de faits réels et plus amples qui le conduiront sans doute à la connaissance des détails exacts de cette légende canadienne. Avant d’être romancier facile et aimable, il convient d'être chroniqueur fidèle. Voyons.

1° ‘* M. Philibert était le propriétaire de cette maison et l’habitait en 1736.’ (Date gravée au-dessous du bas-relief.)—A. $S. $S.

Cela peut être. Les noms de ce propriétaire et son état dans le monde étaient : Nicolas Jacquin Philibert, négociant.

2° ‘‘ Possesseur d’une fortune considérable, il y coulait des jours sereins et tranquilles, dans la société

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d'une jeune et aimable femme, wie à lui depuis quatre ans. —A, $. $,

Pas tout à fait cela. M. N. J. Philibert n'avait tout au plus que /rois ans de mariage en 1736, n'ayant épousé Marie Anne Guérin que le 23 novembre 1733.

3° ‘‘ Un joli enfant, fruit de leur union, déjà dans sa deuxième année, augmentait la somme de leur bonheur, quand le ciel jaloux, '” etc. —A. S.S$S,

Cela est vrai, cet enfant, né le 1° septembre 1734. devait en effet avoir deux ans en 1736. A. S. $S. eût même pu dire que M. Philibert avait deux enfants à cette époque, car le 2 juin 1736, sa femme devint mère pour la seconde fois. Mais A. $S. S. disant plus bas que le premier fruit de l'union de M. et Mme Philibert fut un garçon, je suis fâché de le contredire et de lui annoncer même que les deux enfants ci-dessus étaient deux £//es, qui reçurent au baptême, la première le nom de Marie Anne, et la seconde ceux de Marie Magdeleine.

4° ‘‘ Une dispute et des injures entre MM. Philibert et de Repentigny, au-devant de la maison du premier

.. . M. de Repentigny plonge son épée dans le

cœur de M. Philibert. . , Atteint d'un coup mortel, M. Philibert n’eut que le temps de fouwrner ses derniers regards vers sa demeure, comme pour recommander sa vengeance à so fils, et tomba dans son sang sur la petite élévation où il y a des marches à présent.” — (C'est-à-dire qu’il expira dans la rue même, et en 1736.) —— ‘C'est pour cet enfant, qui commençait à bégayer le nom de son père, que le Chien d'or et l'inscription furent mis à la maison, ex 1736.”

La dispute et les injures entre MM. de Repentigny et Philibert peuvent avoir eu lieu, comme il ne paraît pas y avoir à douter que le coup d'épée n'ait été subitement porté, sauf pourtant /'eure et le lieu, sur lesquels il y a diversité de rapports /raditionnels (voir M. Bourne). Et si M. Philibert a été tué en 1736, comme le dit A. S.S., on en a déjà assez vu pour être convaincu que ses

derniers regards n’ont pu se porter sur so» fils, puisqu'il n'avait alors que deux f#//es.—Mais le fait est que M. Philibert n'est mort que le 21 janvier 1748, et véritablement de la main d'un assassin (1); que sa mort ne fut pas tellement subite, qu'il n'eut encore le temps de pardonner généreusement à celui qui l'avait frappé .

de recevoir les sacrements de pénicnce et d'extrêmesans un vomissement contèruel, il eût pu recevoir aussi celui de l'excharistie."" Tout cela sans

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doute ne dut pas se faire dans la rue, non plus qu’en 1736. Si l'inscription, comine le dit À. $. $., a été mise sur cette maison à l'occasion qu'il mentionne (/a mort

de 7. Philibert), elle n'a donc pu être mise que posté-

rieurement à la date de 1736 et non en même temps, comme dit À. S. $., et c'est tout probable, Dans ce cas ‘1736 ‘’ indiquerait donc tout simplement la date de la bâtisse de la maison, et le ‘‘ bas-relief ?’ serait l'œuvre de la veuve, qui daterait de 1748, ou plus tard.

5° ‘‘ À 22 ans, le jeune Philibert donnait les plus belles espérances , . . AÀ quelques jours de là, une femme reconduisait au port son ils unique partant pour la France et volant à la recherche de l'assassin de son père.’ —A. $.S.

Ce prétendu fils unique (A7arie Anne Philibert), né en 1734, qui partait à 22 ans pour aller venger la mort de son père, partait donc en 1756; la même année que Montcalm formait une expédition au pays pour la prise de Chouaguen (2).

6° ‘* Dix mois après le départ du jeune Philibert, sa mère reçut une lettre qui lui annonçait sa mort, et de la main du même M. de Repentigny.’ —A. $. $.

C'est-à-dire en 1757. La #radition veut qu'il y ait eu

(1) J'aurais dû dire et je dirais maintenant—omwicide ; mais j'étais sous l'influence de la croyance populaire qui voulait un assassin !

(2) Le vrai mot est Chouéguem, qui en langue iroquoise signifie notr.—C'est l'Ostvego américain.

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tentative de venger la mort de M. Philibert (wars quand ? ) soit par le /rère ou le beau-frère, soit par deux des fils de ce monsieur ;—et l'une et l’autre de ces variantes se terminent également par la wort de M. de Repentigny, soit en /rance soit à Pondichéry ! Kiez-vous donc à la tradition seule porr la vérité des faits ! Toujours est-il vrai que l'aîné des enfants de M. Philibert était une fille, et qu’en 1,36, conime en 1748, elle n'était point enfant wwique et Moins ENCOrE garçon.

À l’époque où A. $. $. le fait partir pour la France, c'est-à-dire en 1756, madame Philibert, alors veuve, avait les cinq enfants suivants, Âgés comme suit :—

Marie Anne,.. ..née le 1° sept. 1734, 22 ans en 1756.

Marie Magdeleine, ‘‘ 2 juin 1736, 20 a Pierre Nicolas, . .né le 17 mai 1737, 19 à Nicolas, ‘{ 1O nov. 1740, 16 “ Marguerite,.. ..née le 30 oct. 1742, 14 FL

M. Philibert avait eu, en outre, en 1738, un autre garçon (Pierre), décédé à l'âge de deux mois et quelques jours (1).

JACQUES VIGEK.

(1) Depuis que M. Viger a écrit cette critique, il a fait d'importantes découvertes sur l'iustoire des personnages concernés dans l'événement tragique du 21 janvier 1748. En suivant un petit volume manuscrit, que re savant et infatigable archéologue a bien voulu nous communiquer. nous allons rétablir les faits historiques que M. Viger ne connaïssait pas encore en 1840, mais qu’il a heureusement retrouvés <lepuis Gans des documents officiels.

La que::1l: entre Nicolas Jacquin Philibert et Pierre Legardeur, sieur de Repentigny, lieutenant dans les troupes de la colonie, vint à propos d'un billet de logement que ce dernier avait reçu pour alier chez M. Philibert. Celui-ci, dans le mécontentement que lui causa l'arrivée de ce nouvel hôte, ayant dit avec colère qu'il ferait changer ce billet de logement, de Repentigny le traita de nigaud. Philibert le frappa d’un bâton et reçut un coup d'épée qui causa sa mort, De Repentigny, pour éviter un procès, se retira dans l'Acadie, aujourd’hui la Nouvelle-Écosse, et obtint de Louis XV, l’année suivante, des lettres de grâce, pardon et rémission. Il revint, en 1749, à Québec, où ces lettres furent entérinées suivant un arrêt du conseil supérieur, après avoir été transmises à la veuve de Philibert, pour qu'elle püût fournir ses moyens d'opposition, Elle déclara n'avoir aucune opposition à faire à l'entérinement des lettres de

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