AU SOUVENIR D'ALZIRE
Je me suis donc nourri d’une espérance vaine ? Oui, la vie est un songe où l'erreur nous promène ! En ce chemin pénible, on s'amuse, on sourit,
Tout laisse un monument à l'instant qui s'enfuit ; Que dis-je? . . . tout s'envole, et sur son aile agile A fuir rapidement la fortune est docile.
Encore si j'avais profité des moments !
Voyageur amusard, j'ai prodigué mon temps.
Quelle ombre séduisante à mon âme ravie !
(1) On sait que l’année 1840 était prédite comme une année fatale, On s’occupait beaucoup alors de cette prédiction très ancienne et qui avait été faite aussi pour l'année 1740 ; d’où était venu le proverbe : Je m'en moque comme de l'an quarante.
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Oh ! je tendais les bras, je jouissais de la vie ;
Je pressais . . . à mes yeux quel perfide bandeau ! Je pressais, et mon cœur battait sur un tombeau ! Oui, ce que je tenais n’était qu’une chimère,
Qu'un essai malheureux d’une vie éphémère,
En un mot dans mes bras j'entrelaçais la mort ! Alzire vers le ciel avait pris son essor.
Combien j’eus de mes jours alors renversé l’urne,
Si sa voix remplissant mon âme taciturne,
N'eût arrêté la main qui m’ouvrait le cercueil : Quand, murmurant des mots entendus de Dieu seul, Mon amour tout entier retracé dans mon âtme,
Me livrait aux transports d’une funeste flamme. Encçor si Dieu nous eût, par un destin plus doux, Tous deux unis ensemble immolés à ses coups,
Du moins les tendres cœurs que ma plainte importune Eussent béni le ciel de ma triste fortune,
Et mon funèbre hymen par le sort approuvé,
Au temple de la mort se serait achevé.
Mais en vain je lui fis mes ardentes prières,
Mon triste amour s'accrut, grandit dans mes misères. Si l'hiver sur son trône, entouré de glaçons,
Détruit fleurs et verdure, et les riches moissons, Enchaïîne les ruisseaux dans leur cours et leur source : Du moins, Ô doux printemps, recommençant ta course, Tu marches triomphant dans un beau ciel d'azur : Le vent se tait, Phébus verse un rayon plus pur ;
La nature, ravie, enfante à ton passage :
Philomèle d'amour soupire sous l’ombrage,
Et l’arbuste, sorti du sein voluptueux
De rameaux caressants, presse le chêne vieux.
Tout s’anime à ta voix, tout s’embellit pour plaire, La rose, comme Alzire, hélas ! trop passagère,
Et le tendre lilas, le serpolet, le thym,
Dans Îes plaines de l'air exhalent leur parfum.
Le jeune homme sourit au temps des douces veilles ; Son cœur pressé d'aimer s’enivre à leurs merveilles. La corde de la lyre a vibré son beau jour,
11 folâtre, il soupire, il tressaille d'amour.
O printemps, de l'hiver tu chasses le nuage,
Hélas ! qui de la mort effacera l’outrage ?
Pour moi, jeune homme, oh ! nou, il n’est plus de printemps.
Toi qui le peux encor, va, profite du temps Où le bonheur t'invite à sa coupe fleurie,
ne
rse,
printetups.
Va, puise, enivre-toi, profite de la vie ; Ne va pas, comme moi, sur la foi du destin, Reinettre pour jouir le moment à demain.