LES DESTINÉES DE MA PATRIE
Où sont tes jours de paix, Ô ma belle patrie ?
L'olivier, ton drapeau, n’est qu'un arbre sans vie.
Où sont-ils tes héros, tes autels et tes Dieux ?
Ton temple est dans ton cœur et tes héros aux cieux ! On maudit jusqu'aux pleurs dont j’arrose ta poudre ; Sur mon modeste front on appelle la foudre :
Mes ennemis ont dit : ‘‘ quoi ! ce sang criminel,
‘‘'Tu ne le verses pas, tyran, sur ton autel !
‘* Tu l’entends sans courroux cette voix sacrilège
‘ Qui veut ravir les siens à ton infâme piège !
‘Il ose profaner tes tyranniques lois,
‘‘ Réclamer hautement ses légitimes droits !
‘ Où sont tes fers, ton bourreau, tes tortures
‘* Pour punir le blasphème, étouffer ses murmures ?
Si, mêler des singlots aux soupirs des mourants,
Si, pleurer sur le sort d’infortunés enfants,
Si, gémir et prier à genoux sur des tombes
Où vont prier, gémir d’orphelines colombes,
Est un crime à tes yeux . . . j'attends mon châtiment : Au tombeau de Duquette ajoute un innocent !.
Mais moi, pauvre roseau, je souris à l’orage,
J'aime mieux le trépas qu’un indigne esclavage ! Si je dois exhaler dans le sein du bourreau MIRE Les beaux jours que aan cultivait au berceau,
Si dans les bras d’un monstre est ma dernière étreinte, Si, dans d’immondes mains passe mon âme éteinte, &| Les anges, dans le ciel, recueilleront mon cœur, De mes frères-martyrs j'irai grossir le chœur ! Muse, chasse bien loin ces funestes pensées, Prophète plus heureux, pressens d’autres années ; J'aime tant À rêver un brillant avenir,
Que j'étouffe en mon âme un sanglant souvenir ; D'un plus riant espoir j'aime à dorer mes songes,
A me blaser devant de consolants mensonges ;
Je crois au cœur des rois, oui! j'ai foi dans leur cœur ! Ce roi qui fut des siens l'amour et le sauveur,
Le modèle des grands, l'exemple de la terre,
Dont le peuple pleura la mort comme d’un père,
Se pose devant moi comme un saint défenseur
Des grands dont on flétrit la sublime grandeur :
Je sais aimer us père et détester un maître,
Je veux que par son cœur il se fasse connaître,
La douce majesté d’un sceptre protecteur
Me remplit d'espérance et subjugue mon cœur. J'aime à baiser d'amour une main souveraine
Qui règne sur son peuple en magnanime reine,
Qui verse dans son sein ses royales faveurs
F' qui trouve sa gloire à conquérir des cœurs ;
Car dans le cœur d’un peuple il est un sanctuaire
Où s’adore à jamais le nom chéri d'un père,
Où le nom d’un tyran s'inscrit pour se maudir,
Où Prévost vit encor pour se faire bénir,
Où Craig et Haldimand, noms qu’on exècre encore, Ces noms que pour jamais le peuple déshonore,
Pour la honte des grauds demeureront toujours ! Noble Victoria, dont les précieux jours
Sont l'espoir de ton peuple et l’orgueil de ton trône, Adorant sur ton front ton illustre couronne,
Permets qu’à tes genoux je dépose mes vœux ;
Dieu sut former ton cœur miséricordieux,
Daigne jeter les yeux sur ton peuple en prière
Qui courbe dans l’ennui son front dans la poussière, Le sang qu’il sut verser dans les champs de l’honneur, Sur les pas du Lion, ton noble défenseur,
Pour venger de ses rois l’immortelle couronne,
Ce sang ruisselle encor sur le parvis du trône,
Ce sang dont ton aïeul, George, le roi pieux,
Reçüt le sacrifice en gage précieux,
Qu'il jura de payer de royales largesses
(Car les serments d’un roi sont de saintes promesses), Ce sang . . . il est proscrit dans des mondes lointains, Et nous ne sommes plus qu’un peuple d’orphelins !. . . Du livre du destin, ah! notre nom s’efface,
Bientôt de notre sol disparaissant sans trace,
Sans foyers, sans autels, fuyant dans les déserts,
Gémissant en forçats, les bras chargés de fers,
Errant, pauvres proscrits, sur une terre ingrate,
Comme les fils d'Ammon sur les bords de l’Euphrate, "| 11 nous faudra pleurer le sol de nos aïeux,
Et l’arrosant de pleurs lui faire nos adieux !
‘‘ O sol de mon pays, terre sainte et chérie,
‘‘ Pour la dernière fois foulant ta poudre amie,
‘‘ Je n’aurai donc jamais un tombeau dans ton sein !
‘‘ O néfaste journée, Ô trop affreux destin !
‘‘ De féroces soldats ont détruit ma chaumière,
‘“ Arraché de mes bras mes enfants et ma mère,
‘‘ Et moi, je reste seul avec mon désespoir !” .
Mais dans ton noble cœur plaçant tout son espoir,
Un peuple tout entier implore ta justice :
D'un bon peuple immolé veux-tu le sacrifice ?
Oh ! non, ton bras puissant soulagera le faix
Et versera sur nous un avenir de paix !
J. G. BARTHE