LES MALHEURS DE MA PATRIE
Et nous, malheureux exilés, nous irons vivre, les uns dans la brûlante Afrique, les autres dans la Scythie, ou dans l’île de Crête, sur les bords de l'impétueux Oaxe ; ou parmi les Bretons, peuple séparé du reste de l'univers. Hélas ! reverrai-je jamais ma chère patrie, ma chaumière, mon champ, qui était pour moi un royaume ? Un soldat inhumain va s'emparer de ces campagnes que j'ai cultivées avec tant de soin ! ces moissons vont être la proie d'un barbare ! Voilà où la discorde a conduit de malheureux citoyens ! Voilà ceux pour qui nous avons ensemencé nos terres.
(Zraduction de l'Églogue 1 de Virgile.)
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Ainsi pleurait, un jour, le Cygne de Mantoue : Hélas ! de ma patrie un affreux sort se joue,
Je dois pleurer aussi sur le noir avenir,
Sur le bel horizon qui va s'évan“ir!..
Nos champs sont dévastés, nos campagnes désertes, De cendres et de sang nos terres sont couvertes ! Jeté par la discorde au milieu des revers,
Pauvre peuple ! il faudra dans des climats divers Aller pleurer longtemps la terre d'Amérique : Les uns foulant au loin les sables de l'Afrique, Les autres grossissant l’Oaxe impétueux
De pleurs de souvenir et de larmes d’adieux !
Ah ! peuple infortuné ! vois pâlir ton aurore : Tes cris de liberté retentissent encore
Dans des cœurs ennemis : tes autels et ton Dieu, Cache-les au désert, il n’est point d’autre lieu
Où nous puissions encor trouver un sûr asile :
La terreur a frappé le champ comme la ville!
Élève vers le trône, où gît notre destin,
Peuple, élève avec foi ta suppliante main !
Dans le sein de ta reine épanche ta tristesse, Implore de son cœur la royale sagesse,
Invoque son pouvoir, pourquoi donc craindrais-tu De mettre ta douleur au pied de la vertu ?
Rappelle-lui ces jours, où luttant pour sa gloire, Salaberry te fit voler à la victoire :
Demande en ce grand nom gravé sur un tombeau : Ce nom cher à ses rois, adoré de Prevost,
Va l’évoquer encor refroidi dans la tombe,
Car devant lui du moins ton ennemi suüccombe |! Héros ! relève-toi, comme au jour du combat, Arrache ton laurier de ton front de soldat ;
Un indigne ennemi veut souiller ta mémoire, Renier ton tombeau, lui disputer sa gloire !
Le sang que tu versas aux champs de Châteauguay, Le sang que tu mêlas à celui de Murray,
Celui dont tes soldats ont arrosé tes armes,
Celui que tu mêlas avec tes nobles larmes, Auprès d’augustes yeux on l’a calominié,
Sur uu gibet infâme un monstre l’a versé !
O toi ! jeune princesse assise sur un trône, Je veux que d’heureux jours le destin te couronne, Que tu fasses longtemps les délices des tiens,
Et que mille autres bras en fidèles soutiens, Affermissent encor ton illustre puissance :
Mais règne sur nous tous par ta seule clémence ;
Las de subir le joug et de porter des fers,
Nous t’avons adressé, des bouts de l'univers,
Nos plaintes, nos douleurs, nos pleurs et nos prières : A tes genoux encor des enfants et des mères,
Le cœur brisé d’ennui, sollicitent ton cœur ;
Tu peux seule ici-bas les combler de bonheur.
Ne te refuse pas une aussi sainte ivresse,
Dans leurs cœurs et le tien, ah ! répands l’allégresse, Pardonne à l'innocence, exauce la vertu,
Et l’astre de la paix une fois reparu,
Nous bénirons ton nom et chanterons ta gloire !
J. G. BARTHE