LES DOUZE MARTYRS
Muse, cache ton front sous ton voile de deuil Avant de remuer les cendres du cercueil :
Revêts de la douleur les plus sombres livrées Avant de réveiller de néfastes journées :
Un tombean de martyrs se dresse devant toi, Et défendre la tombe est ta suprême loi !
Dieu ! c'est mon humble voix qui prie et qui soupire, C'est l'écho du malheur qui dans mon luth expire, C'est le cri d'innocents, qu'on appelle orphelins,
Qui consument leurs jours dans de cuisants chagrins, C'est la mère en sanglots, hélas! qui s'agonise, Mendiant son fils froid (1) au souffle de la bise .
C'est la veuve, tombée aux genoux du bourreau Pour ravir son époux au hideux tombereau (2), NET LA | Qui par pitié réclame une place en sa bière, uf | | Le calme à ses côtés, sous cette humide pierre! . Lo à 1: k À. Ah ! les infortunés ! ils ont froid! . . . ils ont faim!. NL Pas une âme n’est 1à ! pas: une noble main Ad Pour verser une aumôÔne, et mêler une larme (3)!
—Une larme . . une aumône . . a pourtant tant de charme J Dans le sein ignoré qui ne l’implore pas! “4
Le k. fs 4
1: Pourquoi convoitez-vous le tombeau, le trépas, | Pauvres abandonnés? vers le céleste dôme Où règne le grand Dieu de César et de Rome, Où les deux Sanguinet ont grossi les martyrs, N'a IL La foi lève vos yeux et jette vos soupirs !
C'est le maître des cieux, c’est le Dieu de la terre | Qui voit du malheureux le douloureux mystère ; Il exauce le cœur qui monte jusqu’à lui, M qui Et de l'humble infortune il est le seul appui ! F'HUÈ Duquette, appelle aux cieux ta mère en cheveux blancs! L Pauvre lis emporté par un sanglant orage, Arraché de ce globe à peine à tes vingt ans, Tu t'élanças aux cieux comme un calme nuage
ÉROME. Pour laisser dans nos cœurs des regrets éternels, Avoir là-haut un trône, ici-bas des autels ! Ÿ k le
Adieu ! tendre holocauste, écoute mon délire M
Et recueille en ton sein quelques sons de malyre !.
Et toi, Lorimier, prends ton sublime essor :
(1) La mère du pauvre jeune Duquette fut demander le cadavre de son infortuné fils, aussitôt après l'exécution.
(2) C'est ce que fit madame Cardinal, l'épouse de l’exécuté. |
(3) Il n’entre pas dans la pensée de l’auteur de jeter une calomnie gratuite au pays; tout ce qu'il a voulu dire, c'est que l’état dans lequel la société est réduite, à cause des derniers malheurs, l’em- F: pêche d'accomplir les désirs de sa générosité. Si l’on peut voir un 4 reproche, il doit retomber sur ceux qui ont dépouillé ces malheu- | Î reuses familles de ce qu’il leur restait pour les aider à supporter TPEIN 4 leur triste existence.
Avant d'aller aux cieux on gravit le Thabor ! Ah! tes calmes adieux, dans ta nuit dernière, Ont fait fondre mon âme et noyer ma paupière ! J'ai serré dans mes bras tes filles et ton fils,
Pour raviver leurs cœurs qui succombaient d'ennuis ! Sur leurs fronts innocents que j'ai baignés de larmes, Où tes lèvres de père ont tant goûté de charmes, En souvenir de toi j'imprimai mes baisers,
Pour remplacer les tiens qui leur étaient si chers ! Ton nom vivra toujours, victime résignée,
11 fera le destin de ta veuve adorée! .
Mais toi, jeune héros que la France a pleuré (1), Apôtre généreux de notre liberté,
Beau jeune homme ravi dans la fleur de ton âge, Si ta mère a ton cœur (2), nous avons ton image. Le sang que tu versas sur un sol étranger,
Ce noble sang de France il saura bien germer, Héroïque Hindenlang, malgré ton sacrifice !
En vain tu réclamais une sainte justice,
Ton Âme s’envola vers la sainte cité,
Et ton suprême cri fut pour la liberté (3) !
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Une ombre encor voltige au milieu des cyprès,
Une ombre généreuse . . . elle a tous nos regrets ! Cardinal, ah! ton sort pèse trop à mon âme !
Quel écho que celui des douleurs d’une femme
Qui n'a plus qu'un fantôme à son chevet de deuil, Qui veille chaque nuit à côté d’un cercueil,
Qui pleure tout le jour, qui tout le jour console
Le fruit d’un chaste amour, sa tendre et faible idole ! Repose, pauvre mâne, en paix dans ton tombeau, Nous ne t’oublirons pas, ton fils est au berceau !
Decoigne, il est aussi des larmes pour ta tombe, J'y viendrai, chaque soir, avec le jour qui tombe Confondre avec les tiens de poignants souvenirs Et de ma lyre en deuil exhaler des soupirs ; Moi, je prierai le Dien du sublime empyrée
(1) On sait que M. Hindenlang était Français et ne fut jamais sujet britannique.
(2) Le dernier vœu de l’infortuné étranger fut que sa mère eût son cœur. Son portrait nous reste,
(3) Le dernier cri que M. Hindenlang exhala fut : Vive la liberté !
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Qu'il reçoive en son sein cette autre ombre envolée, Qu'il veille sur les jours qui s'enchaînaient aux tiens Et dont tes bras étaient les uniques soutiens ! . Nicolas, Hamelin, Daunais, Robert, Narbonne, L'échafaud, vous aussi, l'échafaud vous moissonne ; Et dans la même étreinte étouffés à la fois
Pour (blasphème !) venger la majesté des lois,
Vous avez expié (trop sanglante ironie !), Vous avez expié . . . rien. . .rien,.
En vain vous espériez qu'une royale main A vos malheureux jours mettrait un lendemain,
En vain vous réclamiez d'une aimable couronne
La puissante clémence et les bienfaits du trône,
Le bourreau se plaçait entre une reine et vous
Et vous ne pâtes pas tomber à ses genoux ! .
Ah! du moins souffre encore, à toi, royale femine,
Que je fouille en ton cœur, que je palpe ton âme !
Oui, j'honore ton nom et ton bandeau sacré
A l'égal de la gloire et de la liberté ;
Je me plais à rêver ton auguste elémence,
A te songer sensible au cri de la souffrance,
A t’entourer d'amour, de respect, de bonheur,
A vénérer dans toi le plus sublime cœur ;
Mais ce cœur, il ignore . Ô Dieu ! mais non. . silence !
que votre vie !
J. G. BARTHE