INTRODUCTION
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Les pêcheurs partagent
« Depuis que j’ai l’âge de raison j'ai toujours entendu les pêcheurs de truites se plaindre de la diminution du poisson, parfois même de sa disparition. Et, cependant, je les ai toujours vu faire ce qu’il fallait pour que la truite diminue ou disparaisse. » J L. DE BoissErT,
La Truite, Poisson de Grand Sport.
avec les disciples de Saint
Hubert la réputation d’exagérer à tout propos lorsqu'ils parlent de leur passe-temps favori. Mais quand ils prétendent que les rivières en général et celles à salmonidés en particulier se dépeuplent, vous pouvez les croire sur parole car c’est là l’expression de la vérité. Si vous doutez encore, consultez au hasard une revue de pêche et vous serez édifiés. Il n’est peut-être pas vain, quoiqu’un peu en : dehors de notre sujet, de rechercher les causes de la disparition de la truite, que nous diviserons en deux grandes
classes +:
— Causes accidentelles, — Causes habituelles.
Des premières — ce sont les destructions dues aux hos- tilités — nous ne dirons que peu de chose car elles ne nous intéressent guère. Les ravages furent en effet relativement localisés aussi bien dans le temps que dans l’espace et, de plus, il nous paraît inutile d’épiloguer sur un mal dont on ignore la prophylaxie.
Plus intéressantes sont les causes habituelles qui nous retiendront un peu plus longtemps. Elles procèdent de à e .
deux facteurs : l’un économique, l’autre psychologique.
Le facteur économique se montre à nous sous deux aspects. Le premier c’est le prix élevé du kilog de truites. Aussi, a-t-on vu certaines rivières envahies par une foule de gens qui ont fait de la pêche un moyen d’existence. Pour aussi naïf qu’on puisse être, il est bien difhcile de croire que tous ces professionnels utilisent, pour remplir leur panier, les seules méthodes autorisées par la loi. En fait, tous les moyens de capture — dont beaucoup relèvent moins des techniques halieutiques que de la compétence des tribunaux — sont employés avec un succès qui va d’ailleurs s’amoindrissant au fur et à mesure que les eaux se dépeuplent. :
Mais n'oublions pas aussi de mentionner les barrages hydro-électriques qui noyent la moitié d’une vallée et laissent l’autre à sec et dont les éclusées sont si préjudiciables au frai; les déversements d’eaux résiduaires industrielles, les égouts des villes. Rançon du progrès ? peut-être, mais aussi incurie et laisser-aller…
Le facteur psychologique joue, lui aussi, un rôle. fort important, [l est curieux de constater que, depuis une dizaine d’années, nombre de personnes ont pris goût à la pêche. Malheureusement, ces néophytes ne sont pas tou-
CRT AE :
Jours suffisamment éduqués et, pour beaucoup d’entre eux, un poisson même ridiculement petit est toujours un poisson; « ce qui est bon à prendre est bon à garder >» disait déjà le Basile de BraumarcHais. Manger son blé en herbe est une politique à courte vue.
Ajoutez à celà que la truite est considérée par de nom- - breux pêcheurs, tant anciens que nouveaux, comme le seul poisson dont la capture soit honorable. Lorsque-ces spécialistes opèrent sur une rivière qui ne contient que de la truite, ils peuvent, sans inconvénient, satisfaire leur goût, mais qu'ils sévissent sur un cours d’eau à peuplement mixte — c’est un cas assez fréquent — et tout change ! La truite, seule pêchée, se raréfie rapidement laissant la place au poisson blanc. Ce dernier qui, beaucoup plus prolifique que les salmonidés, n’a déjà que trop tendance à l’envahissement, profite de l’espace libre pour se multiplier, dévaste les frayères, gobe les jeunes truitelles; le phénomène inverse ne se produisant plus qu'avec une intensité réduite, en quelques ännées l’équilibre est complètement rompu et la truite vouée à une disparition complète. |
Quelle que soit l’importance relative des causes que nous venons d’énumérer, le dépeuplement de nos eaux à truites est un fait qui s’impose à nous par sa brutalité. Si nous ne connaissons à ce mal qu’un seul remède : le repeuplement, ses modes en sont variés et le choix du meilleur chose délicate.
Nous désirons, en effet, accroître puis maintenir au taux optimum le cheptel-truite, sans toutefois abâtardir le
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poisson, condition pour nous essentielle et qui demande quelques explications. |
I1 n’entre nullement dans nos intentions d'envisager la solution du problème posé par le repeuplement des rivières à truites sous l’angle purement économique. Nous ne cherchons pas uniquement l’obtention du. rendement maximum de poissons à l’hectare; nous voulons aussi conserver à la truite les qualités qui en font un magnifique poisson de sport justiciable de moyens de capture élégants, à savoir : la combativité, la méfiance, l’habitude qu’elle a de prendre les proies de surface. |
Les propriétaires d’eaux closes qui élèvent des truites pour les vendre à la poissonnerie, ont pour seul souci la quantité produite; ils ont parfaitement raison mais cette « salmoniculture intensive » n’a rien à voir avec la pêche.
Nous voulons, nous, pêcheurs, rencontrer dans les eaux libres des truites sauvages qui montent à la mouche et non des poissons domestiqués habitués à chercher leur nourriture au fond comme des barbeaux. Nous désirons non seulement prendre du poisson mais encore le prendre d’une certaine manière.
Ceci posé, nous pouvons aborder l’étude critique des divers procédés de repeuplement et faire parmi eux notre choix en toute connaissance de cause.