‹ Le Repeuplement des Eaux à Truites: Choix d'une MéthodeChapitre 9 sur 24 · LES ÉCHECS DE LA PISCICULTURE NATURELLE · texte numérisé non relu

LES ÉCHECS DE LA PISCICULTURE NATURELLE

« La lutte pour la vie est plus âpre, « plus serrée, dans la rivière, dans le « monde des eaux, que dans celui des « terres, sous le ciel. Tout S'y Passe « entre mangeurs de chairs… »

(L. Roues, La Vie des Rivières.)

Dès les premiers temps de la reproduction naturelle, nous pourrons observer un important déchet dû, soit à La rétention des ovules si les circonstances ne sont pas favorables à la ponte, soit à la non-fécondation des ovules pondus. De plus, les œufs, abandonnés au fil de l’eau, ne donneront pas tous une truite adulte. « Les œufs roulent « des frayères et fécondés ou non, ils vont, emportés par « le courant, jusqu’à ce qu’ils trouvent un abri sous une « pierre ou qu’ils soient arrêtés par des herbages; beau- « coup sont dévorés en cours de route par les chabots, les « poissons blancs, les ombres de rivière et surtout les « jeunes truites de deux ans, qui, chassées des frayères « par les mâles jaloux se consolent de ne pas participer < aux amours en faisant de pantagruéliques repas de plu- « sieurs centaines d'œufs. » (M. Vouca). C’est ainsi que le Professeur LÉGER autopsiant une truite « hermaphrodite >» prise au lac du Doménon se rendit compte qu’il s'agissait en réalité d’un mâle aux testicules gonflés de sperme et dont l’estomac était bourré d'œufs fraîchement pondus,

Le Professeur LÉGER conclut : « Aïnsi donc les truites

« mangent leurs propres œufs et ce cannibalisme archi-

« précoce... n’est pas, à mon avis, une des moindres cau- « ses bien que rarement invoquée de lénorme déchet « classiquement reconnu dans la reproduction naturelle « de la truite. »

Des dangers multiples menacent les rescapés. C’est d’abord l’eau; l’incubation est longue : six semaines à 10°. Durant tout ce temps, l’œuf est à la merci d’une crue subite qui l’entraînera dans quelque fosse ou le recouvrira de houe et de graviers. Sur certaines rivières équipées industriellement, les mouvements d’eau réalisés quotidiennemént par le jeu des vannes soumettent alternativement les œufs à l’ensablement et à la mise à sec. Les usines qui « marchent au fil de l’eau » ne présentent pas cet inconvénient. ;

Autre danger : Les larves d’insectes aquatiques. On a accusé les larves d’éphémères des plus sombres méfaits : il n’en est rien. M. Gros et M. LESTAGE affirment que toutes ces larves ne se nourrissent que de végétaux et constituent en réalité une excellente nourriture pour la truite.

Par contre, Corises, Naucores et Notonectes sont très dangereux. Les Notonectes sont les plus redoutables et s’attaquent aux alevins : « Longues de 15.mm. environ, « pourvues d’un rostre de dimension respectable qui peut

« piquer douloureusement, nageuses de première classe

« comme le montrent les franges natatoires des pattes pos- « térieures, ce sont des bêtes bien armées pour la course «: et l’attaque. Elles offrent cette particularité de nager le « ventre en l’air… On assure que ces punaises font leur « proie favorite de petits poissons qu’elles attaquent par

Là

« dessous en leur perçant le ventre de leur rostre. La « piqûre étourdit la victime qui devient inerte et le « rapace à tout loisir d’en sucer la chair » (LxsracE). Les reptiles peuvent également commettre de sérieuses

dépradations : citons la couleuvre vipérine un peu moins

dre 1 m. 50 de long et la couleuvre vipérine un peu moins longue mais meilleure nageuse.

Les grenouilles passent pour détruire de nombreux œufs; elles sont sûrement moins redoutables que certains oiseaux. Le Martin-pêcheur s'attaque surtout aux jeunes alevins. Les Merles d’eau, les Grèbes, les Hérons causent également quelques dégâts. Tout celà n’est pas grave. Par contre, la présence sur la rivière de canards domestiques

- mangeurs d’alevins et dévastateurs de frayères est un désastre pour le poisson. et le pêcheur. Nous leur vouons

une haine solide.

S'il est donc une chose qui puisse nous étonner, c’est que, malgré un énorme déchet, la reproduction naturelle suffise à maintenir la population de la rivière à son taux normal lorsque les causes de destruction des œufs et des alevins ne sont pas trop efficientes et lorsque les prélèvements opérés par les pêcheurs se maintiennent dans une

limite raisonnable.

Mais si l’homme, pour satisfaire ses appétits, ne se contente pas de prélever les intérêts mais entame dangereusement le capital, si l’eau est sujette à de brusques varia-

Sean er

“vus Ge cemperature et de niveau, si les fraÿoics sun ravagées par leurs multiples ennemis, alors la pisciculture naturelle ne suflit plus. Il faut; dans ce cas, pour assurer le repeuplement mettre en œuvre une méthode plus effcace et de meilleur rendement.

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