SAURIN
flattes de je ne sais quelle immortalité ? à la mort. . . . Où allons-nous tous, mes chers auditeurs ? à la mort. La mort respecte-t-elle les titres, les dignités, les richesses ? Où est Alexandre? où est César? où sont les hommes dont le nom seul faisait trembler l'univers? Ils ont été, mais ils ne sont plus. . . .
Abaissement que cause la mort.
Dans cet auditoire, quels cris n'entendrait-on point, si, au lieu cle ces discours vagues que nous vous adressons, Dieu nous donnait dans ce moment de pénétrer dans l'avenir, de lire dans ses décrets, d'y voir la destinée des personnes qui nous écoutent, et de vous dire à chacun ce qui vous intéresserait dans cette révélation nouvelle î Là, vous verriez cet homme superbe qui s'enfle par le vent de sa vanité, confondu dans la même poudre avec le plus vil d'entre les hommes. Ici, cette femme voluptueuse qui ne refuse rien à ses sens, vous la verriez couchée dans un lit d'infirmité, placée entre les douleurs d'une maladie mortelle, et la juste crainte de tomber entre les mains d'un Dieu vengeur.
Ailleurs, cet homme de guerre qui est couronné de lauriers, et qui en cherche une moisson nouvelle dans la campagne prochaine, vous le verriez couvert d'une tragique poussière, baigné dans son propre sang, et trouvant sa sépulture dans ce même lieu où son imagination lui offrait un champ de victoire.
Par tous les endroits de cet auditoire, à droite, à gauche, devant, derrière, à vos côtés, à votre place, je vous montrerais des cadavres ; et dans cette supposition, celui qui nous écoute peut-être avec le plus d'indolence, et qui se moque en secret de ceux que notre voix épouvante, servirait lui-même de preuve aux vérités que nous prêchons, et occuperait la première place dans cette liste fatale.
Saurin.
Saurin (Jacques), Né en 1677, mort en 1730. Ce ministre a été surnommé par son éloquence, le Bossuet de la chaire protestante.