LA MEDISANCE
La médisance est un feu dévorant qui flétrit l tout ce qu'il touche, qui exerce sa fureur sur le bon grain comme sur la paille2, sur le profane comme sur le sacré; qui ne laisse, partout où il a passé, que la ruine et la désolation ; qui creuse jusque dans les entrailles de la terre, et va s'attacher aux choses les plus cachées ; qui change en de viles cendres ce qui nous avait paru, il n'y a qu'un moment, si précieux et si brillant ; qui, dans le temps même qu'il paraît couvert et presque éteint, agit avec plus de violence et de danger que jamais ; qui noircit ce qu'il ne peut consumer, et qui sait plaire et briller quelquefois avant que de nuire.
La médisance est un orgueil secret qui nous découvre la paille3 dans l'œil de notre frère, et nous cache la poutre qui est dans le nôtre ; une envie basse, qui, blessée des talents ou de la prospérité d' autrui, en fait le sujet de la censure, et s'étudie à obscurcir l'éclat de tout ce qui l'efface ; une haine déguisée, qui répand sur ses paroles l'amertume cachée dans le cœur ; une duplicité indigne, qui loue en face et déchire en secret ; une légèreté honteuse, qui ne sait pas se vaincre et se retenir sur un mot, et qui sacrifie souvent sa fortune et son repos à l'imprudence d'une censure qui sait plaire ; une barbarie de sang-froid, qui va percer notre frère absent ; un scandale pour ceux qui nous écoutent ; une injustice où vous ravissez à votre frère ce qu'il a de plus cher.
La médisance est un mal inquiet 4 qui trouble la société, qui jette la dissension dans les cités, qui désunit les amitiés les plus étroites, qui est la source des haines et des vengeances, qui remplit tous les lieux où elle entre de désordres et de confusion ; partout ennemie de la paix, de la douceur et de la politesse. Enfin, c'est une source pleine d'un venin mortel : tout ce qui en part est infecté, et infecte tout ce qui l'environne ; ses louanges même sont empoisonnées, ses applaudissements malins, son silence criminel ; ses