‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 141 sur 267 · LE PERE ET SON FILS · texte numérisé non relu

LE PERE ET SON FILS

Une famille venait de se fixer définitivement à la campagne. Un jeune homme, qui en faisait partie, voulut s'adonner à l'agriculture, et demanda à son père une partie de champ dont il pût disposer, pour y planter un verger. Le père la lui ayant accordée, l'embarras du jeune homme fut de savoir de quels arbres il pourrait le composer. Il n'était pas encore agriculteur, mais seulement amateur d'agriculture, et il risquait de faire en ceci un mauvais choix s'il le faisait au hasard. Il recourut donc, avec raison, à la sagesse et à l'expérience de son père, qui

204 LES PLAISIRS À LA CAxMPAGNE.

le tira d'embarras par les conseils suivants : " Ne précipite rien, mon fils : un verger est une plantation durable à laquelle tu dois apporter tous tes soins. Prépare d'abord ton terrain, cherche à connaître, cette année-ci, les meilleurs plants de la contrée, et l'an prochain tu pourras former un verger d'arbres choisis." — " Oui, sans doute," dit le fils ; " mais comment pourrai -je connaître les meilleurs arbres de la contrée ?" — "À leurs fruits," répondit le père ; " d'ici à l'an prochain tu as le temps de les goûter tous." Extrait de la Mnêmosyne classique de M. Lévi.

{Voyez la page 46.)

LA MAISON, LES AMIS, LES PLAISIRS DE JEAN- JACQUES À LA CAMPAGNE, s'iL ETAIT RICHE.

Je ri irais pas me bâtir l une ville en campagne, et mettre au fond d'une province les Tuileries devant mon appartement. Sur le penchant de quelque agréable colline bien ombragée, j'aurais une petite maison rustique, une maison blanche avec des contrevents verts, et, quoiqu'une couverture de chaume soit en toute saison la meilleure, je préférerais magnifiquement, non la triste ardoise, mais la tuile, parce qu'elle a l'air plus propre et plus gaie que le chaume, qu'on ne couvre pas autrement les maisons dans mon pays, et que cela me rappellerait un peu l'heureux temps de ma jeunesse. J'aurais pour cour une basse-cour, et pour écurie une étable avec des vaches, pour avoir du laitage que j'aime beaucoup. J'aurais un potager pour jardin, et pour parc un joli verger. Les fruits, à la discrétion des promeneurs, ne seraient ni comptés ni cueillis par mon jardinier, et mon avare magnificence n'étalerait point aux yeux des espaliers superbes auxquels à peine on osât toucher. Or, cette petite prodigalité serait peu coûteuse, parce que j'aurais choisi mon asile dans quelque province éloignée où l'on voit peu d'argent et beaucoup de denrées, et où régnent l'abondance et la pauvreté.

Là, je rassemblerais une société plus choisie que nombreuse d'amis aimant le plaisir, et s y connaissant0- \ de

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