LE PÈRE ET SON FILS
de l'aurore ; tout odorat, pour sentir les parfums de nos plantes ; tout ouïe, pour entendre les concerts de nos oiseaux ; tout cœur, pour reconnaître ces bienfaits. Maintenant, à la source de la beauté d'où découle tout ce qui est agréable sur la terre, mon âme voit, goûte, entend, touche immédiatement ce qu'elle ne pouvait sentir alors que par de faibles organes. Ah î quelle langue pourrait décrire ces rivages d'un orient éternel, que j'habite pour toujours î Tout ce qu'une puissance infinie et une bonté céleste ont pu créer pour consoler un être malheureux ; tout ce que l'amitié, d'une infinité d'êtres, réjouis de la même félicité, peut mettre d'harmonie dans des transports communs, nous l'éprouvons sans mélange. Soutiens donc l'épreuve qui t'est donnée, afin d'accroître le bonheur de ta Virginie par des amours qui n'auront plus de terme, par un hymen dont les flambeaux ne pourront plus s'éteindre. Là, j'apaiserai tes regrets ; là, j'essuierai tes larmes. O mon ami ! élève ton âme vers l'infini, pour supporter des peines d'un moment V "
Bernardin de Saint-Peerre. {Voyez la page 54.)
a C'est-à-dire, qui ne soient faits pour nous, qui ne se rapportent à nous, nouvelle acception du verbe ressortir.
b Cette touchante prosopopée est peut-être la plus belle page d'un livre que Chénier a dit approcher de la perfection.