‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 144 sur 267 · EXTRAITS DES MAXIMES DE LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

EXTRAITS DES MAXIMES DE LA ROCHEFOUCAULD

Celui qui croit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer de tout le monde, se trompe fort ; mais celui qui croit qu'on ne peut se passer de lui, se trompe encore davantage.

Un homme à qui personne ne plaît est bien plus malheureux que celui qui ne plaît à personne.

Personne n'ignore que les bons livres sont l'essence des meilleurs esprits, le précis l de leurs connaissances, et le fruit de leurs longues veilles. L'étude d'une vie entière s'y peut recueillir dans quelques heures: c'est un grand secours.

De toutes les passions, celle qui est la plus inconnue à nous-mêmes, c'est la paresse ; elle est la plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les dommages qu'elle cause soient très-caches : si nous considérons attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs; c'est l'obstacle qui a la force d'arrêter les plus grands vaisseaux; c'est une bonace- plus dangereuse aux plus importantes affaires que les écueils et que les plus grandes tempêtes.

La Rochefoucauld.

La Rochefoucauld {François duc de),

Célèbre moraliste français, né en 1619, mort en 1680. Connu principalement par ses Maximes.

Les inventions utiles, ainsi que les semences des végétaux, croissent et mûrissent sans bruit ; les fruits en sont cueillis sans peine, et le vulgaire en jouit sans s'informer comment ni d'où elles viennent, et sans imaginer ce qu'elles ont coûté. BAILLY. {Voyez la page 81.)

Dans cent ans le monde subsistera peut-être encore en

son entier : ce sera le même théâtre et les mêmes décorations ; ce ne seront plus les mêmes acteurs. Tout ce qui se réjouit sur une grâce reçue, ou ce qui s'attriste et se désespère sur un refus, tous auront disparu de dessus la scène. Il s'avance déjà sur le théâtre d'autres hommes qui vont jouer dans une même pièce les mêmes rôles. Ils s'évanouiront à leur tour, et ceux qui ne sont pas encore un jour ne seront plus. De nouveaux acteurs auront pris leur place. La Bruyère. {Voyez la page 149.)

La mer. — Le spectacle de la mer fait toujours une impression profonde ; elle est l'image de cet infini qui attire sans cesse la pensée, et dans lequel sans cesse elle va se perdre. . . . On aime à rapprocher le plus pur des sentiments de l'âme, la religion, avec le spectacle de cette superbe mer, sur laquelle l'homme jamais ne peut imprimer sa trace. La terre est travaillée par lui, les montagnes sont coupées par ses routes, les rivières se resserrent en canaux, pour porter ses marchandises ; mais si les vaisseaux sillonnent un moment les ondes, la vague vient effacer aussitôt cette légère marque de servitude, et la mer reparaît telle qu'elle fut au premier jour de la création.

Madame de Staël. {Voyez la page 80.)

La terre ne se lasse jamais de répandre ses biens sur ceux qui la cultivent : son sein fécond ne peut s'épuiser. Plus il y a d'hommes dans un pays, pourvu qu'ils soient laborieux, plus ils jouissent de l'abondance. Ils n'ont jamais besoin d'être jaloux les uns des autres : la terre, cette bonne mère, multiplie ses dons selon le nombre de ses enfants qui méritent ses fruits par leur travail. L'ambition et l'avarice des hommes sont les seules sources de leur malheur : les hommes veulent tout avoir, et ils se rendent malheureux par le désir du superflu ; s'ils voulaient vivre simplement, et se contenter de satisfaire aux vrais besoins, on verrait partout l'abondance, la joie, la paix et l'union. FÉNELON. {Voyez la page 23.)

Si la solitude a ses jouissances, elle a ses privations \

elle paraît à l'infortuné un poste tranquille, d'où il voit s'écouler les passions des autres hommes sans en être ébranlé ; mais pendant qu'il se félicite de son immobilité, le temps l'entraîne lui-même. On ne jette point l'ancre dans le fleuve de la vie ; il emporte également celui qui lutte contre son cours, et celui qui s'y abandonne, le sage comme l'insensé ; et tous deux arrivent à la fin de leurs jours, l'un après en avoir abusé, et l'autre sans en avoir joui.

St.-Pierre. {Voyez la page 54.)

Il y a deux choses qui forment le style, l'invention et l'expression. L'invention dépend de la patience; il faut voir, regarder longtemps son sujet, alors il se déroule et se développe peu à peu, vous sentez comme un petit coup d'électricité qui vous frappe la tête, et en même temps vous saisit le cœur ; voilà le moment du génie, c'est alors qu'on éprouve le plaisir de travailler, plaisir si grand que je passais douze heures, quatorze heures à l'étude ; c'était

tout mon plaisir Mais voulez- vous augmenter le

plaisir, et en même temps être original ? Quand vous aurez un sujet à traiter, n'ouvrez aucun livre, tirez tout de votre tête, ne consultez les auteurs que lorsque vous sentirez que vous ne pouvez rien produire de vous-même.

BuFFON. {Voyez laj)aye 61.)

Page 1