L'HONNÊTE ENFANT FAIT L'HONNETE HOMME
Les premiers jugements que nous portons sur une personne pendant les années de collège ne s'effacent guère dans notre esprit. Après avoir perdu de vue un ancien camarade d'études, si nous le retrouvons dans la vie, nous le jugeons, sans y songer, d'après l'opinion qu'il nous aura donnée de lui dans son enfance ; notre estime ou notre mépris, notre admiration ou notre dédain, notre amitié ou notre haine lui seront acquis d'avance, suivant le souvenir qu'il nous aura laissé. Les circonstances et l'âge auront en vain modifié depuis sa nature, et l'auront rendu différent de ce que nous l'avons connu ; l'impression qu'il a faite autrefois sur nous est restée, et ne pourra s'effacer que bien difficilement : c'est
chez nous, désormais, un préjugé d'enfance, c'est quelque chose de semblable à ces goûts de nourriture, à ces habitudes de vêtement, à ces formes, à ces idées que l'on prend dans l'âge des premières perceptions, et qui s'incorporent à notre être au point d'en faire partie.
Les parents ne sauraient trop réfléchir à cette vérité, l'enfant devrait l'avoir sans cesse devant les yeux, sa conduite d'écolier a une importance qu'on ne lui suppose pas : c'est un surnumérariat de la vie ; ses condisciples d'aujourd'hui seront ses concitoyens de demain. Ses défauts ou ses vices ne lui sont pas seulement préjudiciables pour le présent, ils lui préparent sa bonne ou mauvaise réputation dans le monde : s'il veut que plus tard, son existence soit facile et honorée, il faut qu'il se conduise dès maintenant de manière à trouver partout, à sa rencontre, des visages joyeux et des mains amicales. Ecolier, il pose les premiers fondements de sa bonne renommée ; car comme Ta dit un auteur célèbre, avec une originalité piquante: " L'honnête enfant est un honnête homme qui n'a pas fini sa croissance." Extrait du Magazin pittoresque*