‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 163 sur 267 · MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU

modèles de l'obéissance. Il fit d'admirables règlements; il fit plus, il les fit exécuter. Son génie se répandit sur toutes les parties de l'Empire. On voit, dans les lois de ce prince, un esprit de prévoyance qui comprend tout, et une certaine force qui entraine tout. Les prétextes pour éluder les devoirs sont ôtés, les négligences corrigées, les abus réformés ou prévenus. Il savait punir ; il savait encore mieux pardonner. Vaste dans ses desseins, simple dans l'exécution, personne n'eut à un plus haut degré l'art de faire les plus grandes choses avec facilité, les difficiles avec promptitude. Il parcourait sans cesse son vaste empire, portant la main partout où il allait tomber. Ses affaires renaissaient de toutes parts, il les finissait de toutes parts. Jamais prince ne sut mieux braver les dangers, jamais prince ne les sut mieux éviter. Il se joua de tous les périls, et particulièrement de ceux qu'éprouvent presque toujours les grands conquérants, je veux dire les conspirations. Ce prince prodigieux était extrêmement modéré ; son caractère était doux, ses manières simples ; il aimait à vivre avec les gens de sa cour. Il mit une règle admirable dans sa dépense : il fit valoir ses domaines avec sagesse, avec attention, avec économie ; un père de famille pourrait apprendre dans ses lois à gouverner sa maison. On voit dans ses capitulaires la source pure et sacrée d'où il tira ses richesses. Je ne dirai plus qu'un mot : il ordonnait qu'on vendît les œufs des basses-cours de ses domaines et les herbes inutiles de ses jardins, et il avait distribué à ses peuples toutes les richesses des Lombards et les immenses trésors de ces Huns qui avaient dépouillé l'univers.

Montesquieu. Esprit des Lois.

Montesquieu {Charles de Secondât, baron de), Président au parlement de Bordeaux; né en 1689, mort en 1755. Montesquieu avait trente ans lorsqu'il publia les Lettres Persanes, satire pétillante d'esprit et pleine d'observations judicieuses et profondes. Sept ans plus tard, il fut reçu à l'Académie française, et publia son rapide et admirable tableau des Causes de la grandeur et de la décadence des Romains, sujet usé qu'il sut rajeunir par des considérations politiques de la plus haute portée et par d'éner-

giques peintures. Parut ensuite l'immortel ouvrage de YEsprit des Lois, l'œuvre de toute sa vie, et son véritable titre à la gloire. "Le genre humain/' a-t-on dit. " avait perdu ses titres: Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus."

Charlemagne, roi de France et empereur d'Occident, mort en 814.

Jean Sans- Terre, menacé dans sa couronne d'Angleterre par Philippe-Auguste et par ses propres sujets, se ligua contre le roi de France avec Othon IV, empereur d'Allemagne, et les comtes de Flandre et de Boulogne. Les armées se rencontrèrent à Bouvines, village du département du Nord à deux lieues et demie de Lille, le 27 juillet 1214. Les Français terrassèrent cette ligue européenne, et fondèrent en cette journée le premier monument de leur gloire nationale.

La bataille se donna le 27 juillet, un des jours les plus chauds de l'année, sous un soleil ardent, et dura depuis midi jusqu'à la nuit. Le roi, qui avait marché toute la matinée, ne comptait pas combattre dans ce jour. Il avait pris la résolution de faire reposer ses troupes harassées, et lui-même jouissait d'un peu de fraîcheur au pied d'un frêne, lorsqu'on vint l'avertir que les ennemis paraissaient. Il entendait déjà, dans les postes avancés, le cliquetis1 des armes. Aussitôt il reprend les siennes, fait une courte prière dans une chapelle qui se trouvait près de lui ; et, comme il soupçonnait des traîtres dans son camp, il imagine cle les lier par une espèce de serment qu'ils auraient honte de rompre. Ce monarque fait poser son sceptre et sa couronne sur un autel portatif, à la vue de son armée ; puis élevant la voix : " Seigneurs français," dit-il, " et vous, valeureux soldats, qui êtes prêts à exposer votre vie pour la défense de cette couronne, si vous jugez qu'il y ait quelqu'un parmi vous qui en soit plus digne que moi, je la lui cède volontiers, pourvu que vous vous disposiez à la conserver entière, et à ne la pas laisser démembrer par ces

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