LES VÊPRES SICILIENNES
Anquetil {Louis- Pierre), Littérateur et historien distingué ; né à Paris en 1723, et mort en 1808. Entr autres ouvrages historiques ceux qui ont le plus contribué à sa réputation sont le Précis d'histoire universelle et Y Histoire de France depuis les Gaulois jusqu'à la mort de Louis XVI»
LES VEPRES SICILIENNES.
Les Français étaient maîtres de Païenne, capitale de la Sicile. Charles, comte d'Anjou, frère de Louis IX, avait été, en 1263, investi du royaume de Naples et de Sicile. Les Siciliens, irrités de sa cruauté et des vexations qu'ils éprouvaient de la part des Français, se soulevèrent spontanément, et en firent un massacre général.
Le lendemain de Pâques, lundi 30 mars 1282, les Palermitains, selon leur usage, se mirent en route pour entendre vêpres à l'église de Mont-Réal, à trois milles de leur ville. C'était leur promenade ordinaire les jours de fête, et les hommes et les femmes couvraient le chemin qui conduit à cette église. Les Français établis à Païenne, et le vicaire royal lui-même, prenaient part à la fête et à la procession. Celui-ci cependant avait fait publier qu'il défendait aux Siciliens de porter des armes pour s'exercer à les manier, selon l'ancien usage, dans ces jours consacrés au repos. Les Palermitains étaient dispersés dans la prairie, cueillant des fleurs, et saluant par leurs cris de joie le retour du printemps, lorsqu'une jeune vierge, non moins distinguée par sa beauté que par sa naissance, s'acheminait vers le temple, accompagnée de l'époux auquel elle était promise, de ses parents et de ses frères. Un Français, nommé Drouet, s'avança insolemment vers elle ; et, sous prétexte de s'assurer si elle ne portait pas des armes cachées sous ses habits, il la fouilla de la manière la plus indécente. La jeune femme tomba évanouie entre les bras de son époux ; mais un cri de fureur s'élevait autour d'elle : " Qu'ils meurent ! qu'ils meurent, les Français !" Et Drouet, percé de sa propre épée, fut la première victime de la rage populaire. De tous les Français qui assistaient à la fête, pas un seul