‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 172 sur 267 · LOUIS XII ET FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

LOUIS XII ET FRANÇOIS I

d'avance. S'il gagne avec beaucoup de gloire la bataille de Marignan, il doit perdre celle de Pavieou toute autre c, et rester prisonnier de son plus cruel ennemi ; une longue captivité ne changera pas son imprudence et ses desseins ; malgré des échecs multipliés, il voudra toujours reconquérir l'Italie ; attaqué de toutes parts, il défendra la France avec le courage d'un lion ; mais, au sortir d'un péril, il la jettera dans un autre. Avec un tel guide, tout sera perdu en quelques années, s'il ne vient quelque secours du dehors. Ce secours est trouvé dans le nouveau système d'équilibre qui commence à s'établir parmi les nations de l'Occident.

Tissot. Introduction des fastes civils de la France.

Tissot (Pierre-François), Né à Versailles vers 1770; auteur vivant ; membre de l'Académie française et professeur au collège de France. Ses leçons peuvent être regardées comme des modèles de conversation noble et élégante, de bon goûî:> de grâce et d'urbanité.

a Louis XII, roi de France, fils de Charles duc d'Orléans, était petitfils de Louis duc d'Orléans, frère de Charles VI, assassiné par le duc de Bourgogne. Voyez la page 291.

b L'empereur Maximilien étant mort vers 1520, François Ier et Charles- Quint se disputèrent sa succession. Les électeurs de l'empire donnèrent la préférence au dernier, et ce fut la source d'une rivalité qui ensanglanta et désola l'Europe pendant trente ans.

c Ceci est comme une conséquence du caractère de François Ier.

LOUIS XII ET FRANÇOIS Ier.

Louis. — Mon cher cousin, dites-moi des nouvelles de la France ; j'ai toujours aimé mes sujets comme mes enfants, j'avoue que j'en suis en peine. Vous étiez bien jeune en toute manière, quand je vous laissai la couronne. Comment avez-vous gouverné mon pauvre royaume ?

François. — J'ai eu quelques malheurs; mais, si vous voulez que je vous parle franchement, mon règne a donné à la France bien plus d'éclat que le vôtre.

Louis, — C'est cet éclat que j'ai toujours craint. Je vous

ai connu, dès votre enfance, d'un naturel à ruiner les finances, à hasarder tout pour la guerre, à ne rien soutenir avec patience, à renverser le bon ordre au dedans de l'État, et à tout gâter pour faire parler de vous.

François. — C'est ainsi que les vieilles gens sont toujours prévenus contre ceux qui doivent être leurs successeurs ; mais voici le fait: j'ai soutenu une horrible guerre contre Charles-Quint, empereur et roi d'Espagne ; j'ai gagné en Italie les fameuses batailles de Marignan contre les Suisses8 et de Cérisoles contre les impériauxb; j'ai vu le roi d'Angleterre ligué avec l'Empereur contre la France0, et j'ai rendu leurs efforts inutiles. J'ai cultivé les sciences. J'ai mérité d'être immortalisé par les gens de lettres. J'ai fait revivre le siècle d'Auguste au milieu de ma cour ; j'y ai mis la magnificence, la politesse, l'érudition et la galanterie. Avant moi, tout était grossier, pauvre, ignorant, gaulois ; enfin je me suis fait nommer \e père des lettres.

Louis. — Cela est beau ; et je ne veux point en diminuer la gloire ; mais j'aimerais mieux encore que vous eussiez été le père du peuple, que le père des lettres. Avez-vous laissé les Français dans la paix et dans l'abondance ?

François. — Non, mais mon fils, qui est jeune, soutiendra la guerre ; et ce sera à lui de soulager enfin les peuples épuisés. Vous les ménagiez plus que moi; mais aussi vous fesiez faiblement la guerre.

Louis. — Vous l'avez faite sans doute avec de grands succès ? Quelles sont vos conquêtes ? Avez-vous pris le royaume de Naples ?

François. — Non, j'ai eu d'autres expéditions à faire.

Louis. — Du moins vous avez conservé le Milanais ?

François. — Il m'est arrivé bien des accidents imprévus.

Louis. — Quoi donc ! Charles-Quint vous l'a enlevé ? Avez-vous perdu quelque bataille ? Parlez : vous n'osez tout dire.

François. — Je fus pris dans une bataille à Pavied.

TjOuis. — Comment, pris î Hélas î en quel abîme s'estil jeté par de mauvais conseils î

C'est donc ainsi que vous m'avez surpassé à la guerre ?

Page 1