‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 173 sur 267 · LOUIS XII ET FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

LOUIS XII ET FRANÇOIS I

Vous avez replongé la France dans les malheurs qu'elle souffrit sous le roi Jeane. Pauvre France, que je te plains! Je l'avais bien prévu. Hé bien, je vous entends ; il a fallu rendre des provinces entières, et payer des sommes immenses. Voilà à quoi aboutit ce faste, cette hauteur, cette témérité, cette ambition. Et la justice.... comment va-t-elle ?

François. — Elle m'a donné de grandes ressources; j'ai vendu les charges de magistrature.

Louis. — Et les juges qui les ont achetées vendront à leur tour la justice. Mais tant de sommes levées sur le peuple ont-elles été bien employées pour lever et faire subsister les armées avec économie ?

François. — Il en fallut une partie pour la magnificence de ma cour.

Louis. — Je parie que vos maîtresses y ont eu une plus grande part que les officiers de Farinée ; si bien donc, que le peuple est ruiné, la guerre encore allumée, la justice vénale, la cour livrée à toutes les folies des femmes galantes, tout l'Etat en souffrance. Voilà ce règne si brillant qui a effacé le mien. Un peu de modération vous aurait fait bien plus d'honneur.

François. — Mais j'ai fait plusieurs grandes choses qui m'ont fait louer comme un héros, on m'appelle le grand roi François.

Louis. — C'est-à-dire que vous avez été flatté pour votre argent, et que vous vouliez être héros aux dépens de l'Etat, dont la seule prospérité devait faire toute votre gloire.

François. — Non, les louanges qu'on m'a données étaient sincères.

Louis. — Hé î y a-t-il quelque roi si faible et si corrompu à qui on n'ait pas donné autant de louanges que vous en avez reçu ? Donnez-moi le plus indigne de tous les princes, on lui donnera tous les éloges qu'on vous a donnés. Après cela, achetez des louanges par tant de sang et par tant de sommes qui ruinent un royaume !

François. — Du moins j'ai eu la gloire de me soutenir avec constance dans mes malheurs.

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