LE REGNE DE LA TERREUR EN FRANCE, D APRES TACITE
A cette époque, les propos devinrent des crimes d'Etat : de là il n'y eut qu'un pas pour changer en crimes les simples regards, la tristesse, la compassion, les soupirs, le silence même. Bientôt ce fut un crime de lèse-majesté ou de contre-révolution à Crémutius Cordusa, d'avoir appelé Brutus et Cassius les derniers des Romains ; crime de contre-révolution à un descendant de Cassius, d'avoir chez lui un portrait de son bisaïeul ; crime de contre-révolution à Mamercus Scaurusb, d'avoir fait une tragédie où il y avait des vers à quic l'on pouvait donner deux sens; crime de contre-révolution à Torquatus Silanusd, de faire de la dépense ; crime de contre-révolution à Pomponiuse, parce qu'un ami de Séjan était venu chercher un asile dans une de ses maisons de campagne ; crime de contre-révolution de se plaindre des malheurs du temps, car c'était faire le procès du gouvernement ; crime de contre-révolution à la mère du consul Fusius Géminiusf d'avoir pleuré la mort funeste de son fils.
Il fallait montrer de la joie de la mort de son ami, de son parent, si l'on ne voulait s'exposer à périr soi-même. Sous Néron, plusieurs dont on avait fait mourir les proches, allaient en rendre grâces aux dieux. Du moins il fallait avoir un air de contentement : on avait peur que la peur même ne rendît coupable. Tout donnait de l'ombrage au tyran. Un citoyen avait-il de la popularité? c'était un rival du prince qui pouvait susciter une guerre civile. Suspect. — Fuyait-on au contraire la popularité et se tenaiton au coin de son feu ? cette vie retirée vous avait fait remarquer. Suspect. — Etiez-vous riche? il y avait un péril imminent que le peuple ne fût corrompu par vos largesses. Suspect. — Etiez-vous pauvre? il fallait vous surveiller de plus près; il n'y a personne d'entreprenant