LÉON GOZLAN
Gozlax (Léon), Auteur vivant. Jeune écrivain de l'école moderne, et dont le style est plein d'originalité et d'éclat. Il est un des rédacteurs des Cent et un, de la Bévue de Paris, de la France littéraire, Sec,
a C'est en 1830 qu'Alger fut prise par les Français.
b Grand oiseau aquatique très-vorace, qui habite les mers australes.
c Derviche, sorte de religieux musulman. Un des plus grands actes de piété des derviches est de tourner sur eux-mêmes jusqu'à ce qu'ils tombent étourdis.
d Barberousse (Oroush), fameux pirate, mort en 1518.
e Charles- Quint, empereur d'Allemagne et roi d'Espagne, né à Gand en 1500, mort en 1558. Il s'éleva entre lui et François Ier des débats qui ensanglantèrent l'Europe pendant tout le cours de son règne. (Voyez la note b, page 304.) En 1555, il se démit de la couronne en faveur de son fils Philippe. En 1535 il avait essayé, mais en vain, de conquérir Alger.
Discours de 3L de Jouy.
Messieurs, La mort nous ravit un homme puissant par la pensée, paissant par la parole, un homme dont le génie avait rendu
tributaires toutes les nations éclairées du globe. L'illustre Cuvier n'est plus; la France, l'Europe, déplorent avec nous la perte immense que vient de faire le monde savant.
Elle est éteinte cette sublime intelligence qui semble franchir les bornes de la nature pour lui dérober ses plus intimes secrets. Elle est glacée pour jamais cette voix éloquente qui retentit encore à notre oreille. A pareil jour, nous assistions à ses doctes leçons ; au pied de cette tribune, où se pressait la foule de ses élèves et de ses admirateurs, nous l'entendions converser avec les siècles passés, et, remontant avec lui jusqu'au berceau de la science, nous la précédions dans sa marche, nous la devancions dans ses progrès. A pareil jour, la semaine dernière, il nous assemblait autour de sa chaire : où nous rassemblet-il aujourd'hui? autour de sa tombe.
Ce n'est pas à nous qu'il appartient d'assigner à M. Cuvier le rang qu'il doit occuper parmi ce petit nombre d'hommes de génie dont les travaux scientifiques ont agrandi le domaine de l'esprit humain : contentons-nous de dire que cet émule des Fontenelleb, des Dalembert, des Buffon, fut à la fois un savant du premier ordre, un littérateur distingué; c'est à ce dernier titre que l'Académie française s'honora de le compter parmi ses membres, et qu'elle exprime en ce moment, par ma voix, les profonds regrets qu'elle éprouve en voyant disparaître la plus éclatante lumière du siècle. Aussi remarquable par la multiplicité de ses connaissances que par leur étendue, cette haute intelligence n'avait pu rester étrangère à la science de l'homme d'état: M. Cuvier fut appelé successivement aux fonctions les plus importantes du gouvernement ; dans toutes, il porta cette force de conception, cette profondeur de vues, ces recherches lumineuses qui lui avaient révélé quelques-uns des mystères de la nature ; mais quels que soient les services qu'il ait pu rendre à l'Etat dans la carrière politique qu'il a parcourue, c'est le réformateur de la zoologie, c'est le fondateur du Cabinet d'anatomie comparée, c'est l'auteur d'une création nouvelle, qui exhuma, qui ressuscita des classes d'animaux disparus de la terre ;
LA FRANXE INDUSTRIELLE. 343
c'est l'homme de la science, en un mot, qui vivra dans la postérité.
Celui dont les travaux avaient immortalisé l'existence vit arriver la mort avec une courageuse résignation. " Je suis anatomiste," disait-il aux doctes amis qui lui prodiguaient leurs soins, " la paralysie a gagné la moelle épinière, vous n'y pouvez plus rien, et moi je n'ai plus qu'à mourir."
Hier M. Cuvier était baron, pair de France, eonseilïerd'Etat, membre du Conseil de l'instruction publique, grand officier de la Légion-d'Honneur, secrétaire-perpétuel de l'Académie des Sciences, membre de l'Académie française, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et de presque toutes les sociétés savantes et littéraires du monde.
Aujourd'hui George Cuvier perd tous ces titres pompeux, mais il reste en possession de cette vie intellectuelle qui n'a point de terme dans l'avenir ; ses titres ont péri, mais son nom est immortel.
De JotTY. (Voyez lavage 156.)
a Voyez la page 193.
b Voyez la note b, page 154. C'est comme auteur d'éloges académiques que M. de Jouy compare ici Fontenelie à M. Cuvier.