LE MARECHAL SOULT AU COLLEGE D ETON
Extrait d'une lettre adressée au Journal des Débats par M. J.~C. Tarver.
Juillet 1838.
Le duc de Dalmatie est en ce moment au château de Windsor, qu'il est venu visiter, mais il s'est arrêté sur sa route pour voir le collège d'Eton et s'est rendu chez le principal, M. le docteur Hawtrey, savant aussi distingué par son érudition profonde que par la connaissance intime qu'il a des langues modernes, qu'il parle avec une facilité et une grâce étonnante. Quoique le maréchal voyageât incognito, accompagné seulement de deux ou trois personnes, le bruit de son arrivée s'est bientôt répandu parmi les élèves. Ces mots: " Soidt est chez le principal !" se sont répétés de bouche en bouche avec une telle rapidité qu'en moins de dix minutes la masse entière des élèves, dont le nombre s'élève à plus de cinq cents, s'est trouvée sur son passage au moment où il traversait la grande cour et s'acheminait vers la grande salle. A peine a-t-il paru que ces cinq cents joyeuses voix ont fait entendre des vivat dont les multitudes de Londres n'ont pu, j'en suis sûr, lui fournir aucun exemple.
Les jeunes gens formaient un grand cercle, et l'ancien maréchal de l'Empire, aujourd'hui messager de paix et d'amitié, était là au milieu d'eux, tête nue, saluant à droite et à gauche, évidemment touché de cet accueil si franc, si loyal. Tout à coup, ne pouvant plus céder au sentiment
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qui l'occupait, il s'est avancé vivement vers les élèves, la main tendue, et la présentant au plus rapproché, puis à un autre. Oh ! alors l'enthousiasme n'a plus connu de bornes, c'était à qui se précipiterait sur la main du vieux guerrier ; et moi, Français, j'ai entendu les descendants de la vieille aristocratie de l'Angleterre, les fils des familles les plus considérées ; j'ai vu les jeunes gens destinés à siéger un jour au parlement, à commander un jour les armées britanniques, à occuper les premiers rangs de l'église et de la magistrature, à siéger parmi les juges ou à faire entendre leurs éloquentes voix au barreau ; j'ai vu les élèves de l'école où furent élevés Canning et Wellington, se précipiter au devant d'un soldat français, ambassadeur du monarque qui règne maintenant sur la France, et dire avec un sentiment d'orgueil: " 77 m'a donné la main /"■
J.-C. Tarver.
Tarver {Jean-Charles) y Professeur distingué, attaché au collège d'Eton (Angleterre) ; membre correspondant de la société d'instruction nationale de Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de littérature et de grammaire du plus grand mérite. Rédacteur de la revue mensuelle Le caméléon. &c.
a Ce morceau, plein d'éloquence, fait honneur au sentiment qui Ta dicté.