‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 228 sur 267 · Jourd. L'autre laquais · texte numérisé non relu

Jourd. L'autre laquais

Sec. laq. Monsieur.

M. Jourd. [étant sa robe de chambre."] Tenez ma robe. \Au maître de musique et au maître à danser. ~\ Me trouvezvous bien comme cela?

Le m. à dans. Fort bien ; on ne peut pas mieux 10.

M. Jourd. Voyons un peu votre affaire11.

Le m. de mus. Je voudrais bien auparavant vous faire 12 entendre un air [montrant son élève,] qu'il vient de composer pour la sérénade que vous m'avez demandée. C'est un de mes écoliers, qui a pour ces sortes de choses un talent admirable.

M. Jourd. Oui, mais il ne fallait pas faire faire cela I3 par un écolier; et vous n'étiez pas trop bon vous-même pour cette besogne-là.

Ze m. de mus. Il ne faut pas, monsieur, que U nom d'écolier vous abuse 14. Ces sortes d'écoliers en savent autant que les plus grands maîtres ; et l'air est aussi beau qu'il s en puisse faire1'0. Ecoutez seulement.

M. Jourd. [à ses laquais.] Donnez-moi ma robe pour mieux entendre .... Attendez, je crois que je serai mieux sans robe .... Non, redonnez-la-moi ; cela ira mieux 16.

La mus.

Je languis nuit et jour, et mon mal est extrême, Depuis qu'à vos rigueurs vos beaux yeux m'ont soumis ; Si vous traitez ainsi, belle Iris, qui vous aime, Hélas ! que pourriez-vous faire à vos ennemis ?

M. Jourd. Cette chanson me semble un peu lugubre ; elle endort, et je voudrais que vous la pussiez un peu ragaillardir par-ci par-là 17.

Le m. de mus. Il faut, monsieur, que l'air soit approprié aux paroles.

M. Jourd. On m en apprit un18 tout à fait joli il y a quelque temps. Attendez .... là ... . Comment est-ce qu'a dit?

Le m. à dans. Par ma foi, je ne sais.

M. Jourd. Il y a du mouton dedans.

Le m. à dans. Du mouton ?

M* Jour d. Oui. Ah î [il chante."]

Je croyais Jeanneton^ Aussi douce que belle ; Je croyais Jeanneton Plus douce qu'un mouton.

Hélas ! hélas ! elle est cent fois, Mille fois plus cruelle Que n'est le tigre aux bois.

N'est-il pas joli?

Le m. de mus. Le plus joli du monde.

Le m. à dans. Et vous le chantez bien.

M. Jourd, C'est sans avoir appris la musique.

Le m. de mus. Vous devriez l'apprendre, monsieur, comme vous faites la danse. Ce sont deux arts qui ont une étroite liaison ensemble0-0.

Le m. à dans. Et qui ouvrent l'esprit d'un homme aux belles choses.

M. Jourd. Est-ce que les gens de qualité apprennent aussi la musique ?

Le m. de mus. Oui, monsieur.

M, Jourd. Je l'apprendrai donc. Mais je ne sais quel temps je pourrai prendre ; car, outre le maître d'armes qui me montre 21, j'ai arrêté** encore un maître de philosophie, qui doit commencer ce matin.

Le m. de mus. La philosophie est quelque chose, mais la musique, monsieur, la musique ....

Le m. à dans. La musique et la danse .... La musique et la danse, c'est là tout ce qu'il faut ~3,

Le m. de mus. Il n'y a rien qui soit si utile dans un état que la musique.

Le m. à dans. Il n'y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la danse.

Le m. de mus. Sans la musique un état ne peut subsister.

Le m. à dans, Sans la danse un homme ne saurait rien faire -4.

Le m. de mus. Tous les désordres, toutes les guerres

qu'on voit clans le monde, n'arrivent que pou?**5 n'apprendre pas la musique.

Le m. à dans. Tous les malheurs des hommes, tous les revers funestes dont les histoires sont remplies, les bévues2^ des politiques, les manquements0-' des grands capitaines, tout cela nest venu que faute de savoir*8 danser.

M. Jourd. Comment cela?

Le m. de mus. La guerre ne vient-elle pas d'an manque d'union*29 entre les hommes?

M. Jourd. Cela est vrai.

Le m. de mus. Et si tous les hommes apprenaient la musique, ne serait-ce pas le moyen de s'accorder ensemble, et de voir dans le monde la paix universelle ?

M. Jourd. Vous avez raison.

Le m. à dans. Lorsqu'un homme a commis un manquement dans sa conduite, soit aux affaires de sa famille, ou au gouvernement d'un état, ou au commandement d'une armée, ne dit-on pas toujours : u Un tel a fait un mauvais pas30 dans une telle affaire"?

M. Jourd. Oui, on dit cela.

Le m. à dans. Et faire un mauvais pas, peut-il procéder d'autre chose que de ne savoir pas danser ?

M. Jourd. Cela est vrai, et vous avez raison tous deux.

Le m. à dans. C'est pour vous faire voir l'excellence et l'utilité de la danse et de la musique.

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