‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 242 sur 267 · LES FOURBERIES DE SCAPIN · texte numérisé non relu

LES FOURBERIES DE SCAPIN

Gér. Sait-il bien ce que c'est que cinq cents écus ?

Sca. Oui, monsieur ; il sait que c'est mille cinq cents livres.

Gér. Croit-il, le traître, que mille cinq cents livres se trouvent dans le pas d'un cheval5 ?

Sca. Ce sont des gens qui n'entendent point de raisons.

Gér. Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?

Sca. Il est vrai. Mais quoi ! on ne prévoyait pas les choses. De grâce, monsieur, dépêchez.

Gér. Tiens, voilà la clef de mon armoire.

Sca. Bon.

Gér. Tu l'ouvriras.

Sca. Fort bien.

Gér. Tu trouveras une grosse clef du côté gauche, qui est celle de mon grenier.

Sca. Oui.

Gér. Tu iras prendre toutes les hardes qui sont dans cette grande manne, et tu les vendras aux fripiers, pour aller racheter mon fils.

Sca. \en lui rendant la clef."] Eh ! monsieur, rêvezvous? Je n'aurais pas cent francs de tout ce que vous dites ; et, de plus, vous savez le peu de temps qu'on m'a donné.

Gér. Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?

Sca. Oh ! que de paroles perdues ! Laissez-là cette galère, et songez que le temps presse, et que vous courez risque de perdre votre fils. Hélas ! mon pauvre maître, peut-être que je ne te verrai de ma vie, et qu'à l'heure que je parle on t'emmène esclave en Alger. Mais le ciel me sera témoin que j'ai fait pour toi tout ce que j'ai pu, et que, si tu manques à être racheté, il n'en faut accuser que le peu d'amitié d'un père.

Gér. Attends, Scapin, je m'en vais quérir cette somme.

Sca. Dépêchez donc vite, monsieur; je tremble que l'heure ne sonne.

Gér. N'est-ce pas quatre cents écus que tu dis ?

Sca. Non. Cinq cents écus.

Gér. Cinq cents écus !

Sca. Oui.

Gér. Que diable allait-il faire dans cette galère ?

Sca. Vous avez raison : mais hâtez-vous.

Gér. N'y avait-il point d'autre promenade ?

Sca. Cela est vrai : mais faites promptement.

Gér, Ah ! maudite galère !

Sca. [à part.] Cette galère lui tient au cœur.

Gér. Tiens, Scapin, je ne me souvenais pas que je viens justement de recevoir cette somme en or, et je ne croyais pas qu'elle dût m'être si tôt ravie. [ Tirant sa bourse de sa poche, et la présentant à Scapin.] Tiens, va-t'en racheter mon fils.

Sca. [tendant la main.'] Oui, monsieur.

Gér. [retenant sa bourse, quil fait semblant de vouloir donner à Scapin.] Mais dis à ce Turc que c'est un scélérat.

Sca. [tendant encore la main.] Oui.

Gér. [recommençaîit la même action.] Un infâme.

Sca. [tendant toujours la main.] Oui.

Gér. [de même.] Un homme sans foi, un voleur.

Sca. Laissez-moi faire.

Gér. [de même.] Qu'il me tire cinq cents écus contre toute sorte de droit.

Sca. Oui.

Gér. [de même.] Que je ne les lui donne ni à la mort ni à la vie.

Sca. Fort toen.

Gér. [de même.] Et que, si jamais je l'attrape, je saurai me venger de lui.

Sca. Oui.

Gér. [remettant sa bourse dans sa poche, et s en allant.] Va, va vite requérir mon fils.

Sca. [courant après Géronte.] Holà, monsieur !

Gér. Quoi?

Sca. Où est donc cet argent ?

Gér. Ne te l'ai-je pas donné?

Sca. Non vraiment, vous l'avez remis dans votre poche.

Gér. Ah ! c'est la douleur qui me trouble l'esprit.

Sca. Je le vois bien.

Gér. Que diable allait-il faire dans cette galère ? Ah ! maudite galère ! traître de Turc, à tous les diables !

Sca. [seul.] Il ne peut digérer les cinq cents écus que je lui arrache ; mais il n'est pas quitte envers moi; et je veux qu'il me paie en une autre monnaie l'imposture qu'il m'a faite auprès de son fils.

Scènes tirées du Malade imaginaire.

Argan, Béline, Angélique, Cléante, M. Diafoirus, Thomas Diafoirus, Toinette.

Arg. [mettant la main à son bonnet sans Voter, s adressant à M. Diafoirus, qui entre avec son fils.] Monsieur Purgon, monsieur, m'a défendu de découvrir ma tête. Vous êtes du métier, vous savez les conséquences.

M. Diaf. Nous sommes, dans nos visites, pour porter secours aux malades, et non pour leur porter de l'incommodité.

[Argan et M. Diafoirus parlent en même temps.']

Arg. Je reçois, monsieur,

M. Diaf. Nous venons ici, monsieur,

Arg. Avec beaucoup de joie,

M. Diaf. Mon fils Thomas et moi,

Arg. L'honneur que vous me faites,

M. Diaf. Vous témoigner, monsieur,

Arg. Et j'aurais souhaité ....

M. Diaf. Le ravissement où nous sommes ....

Arg. De pouvoir aller chez vous ....

M. Diaf. De la grâce que vous nous faites ....

Arg. Pour vous en assurer ;

M. Diaf. De vouloir bien nous recevoir ....

Arg. Mais vous savez, monsieur,

M. Diaf Dans l'honneur, monsieur.

Arg. Ce que c'est qu'un pauvre malade,

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