RUINES DES MONUMENTS GRECS
L'insouciance des Turcs a fait plus de tort aux arts que la lime du temps. Ils ne se donnent pas la peine de tailler des pierres, ils démolissent de superbes édifices antiques, et se servent des matériaux pour construire des baraques. J'ai vu les ruines d'un temple de la plus riche architecture, des blocs de granit, des marbres précieux, des bas-reliefs et des ornements du plus beau fini, servir à construire une digue grossière qui détournait les eaux d'un ruisseau pour faire tourner les roues d'un misérable moulin en bois. Ailleurs, ce sont des colonnes de tous ordres, arrachées à divers monuments pour servir de soutien au comble l d'une écurie. Ici, c'est un autel qu'on a creusé en forme de mortier, qui sert à dépouiller le grain de son enveloppe ; un tombeau antique dont on a brisé le fond, formera la margelle* d'un puits, et un autre servira d'auge3 où les troupeaux viendront s'abreuver; une statue qui par sa masse ne peut être déplacée, sera défigurée par les coups de la lance des fanatiques sectateurs du Koran qui proscrit toute représentation humaine. L'on trouvera enfin dans un atelier de sculpteur, ou plutôt d'un barbare fabricant de tombeaux, des marbres dont il s'efforce d'effacer les inscriptions précieuses pour l'histoire de l'antiquité, et cela pour y substituer l'épitaphe d'un obscur descendant de Mahomet. On ne peut faire un pas sans gémir de voir dénaturer ces restes vénérables, et disparaître en un instant le témoignage de tant de siècles de gloire.
Cas tell an. Lettres sur la Mores*
Castellan, Né à Paris en 1772; auteur vivant. On a de lui des lettres sur la Morée, la Grèce, PHellespont, &c.