UN OURAGAN AUX ANTILLES
mimes d'une ville. En Hollande, la charge du lourguemestre correspond à celle de maire en France.
d Espèce de longue pipe ornée.
e Yatagan, long poignard recourbé.
UN OURAGAN AUX ANTILLES a.
Toute la plantation était plongée dans le sommeil. Le ciel d'azur brillait de son éclat ordinaire, et une légère brise soufflait par intervalles ; enfin aucun des signes qui, dans les climats d'Europe, annoncent l'approche dune tempête, n'existait clans ce moment.
Vers une heure du matin, le temps changea tout à coup, les étoiles s'éteignirent dans une atmosphère envahie par des vapeurs grisâtres qui descendaient sur la terre, semblables aux ailes de la tempête, enveloppant sa proie avant de la dévorer. Les myriades d'animaux divers qui remplissent les nuits des Antilles de leurs cris bizarres se turent à l'approche de cette grande convulsion de la nature : tout était immobile.
Bientôt dans le lointain gronde le bruit sourd de la mer qui s'enfle et roule sur ses rivages. Les troupeaux à des plaintes étouffées font succéder de longs gémissements auxquels se mêle le gloussement1 des oiseaux domestiques. Soudain une brusque secousse, accompagnée d'un hurlement rauque, ébranle et fait craquer toutes les jointures de la charpente des maisons. Les arbres ploient et se relèvent en sifflant; chacun est debout sur sa couche, oppressé d'effroi. Un instant de silence succède à ce signal des éléments. Ah ! qui peut décrire les angoisses des malheureux colons ! Voilà l'ouragan, voilà l'ennemi î Quelle force humaine lui opposer !
Une nouvelle secousse fait crier la maison ; le tonnerre gronde comme la décharge d'une batterie ; la terre frémit sous les pieds, les toits semblent vaciller, les palissades s'abattre : tous les cœurs sont saisis.
D'après les ordres du maître, le nègre de garde prend son lambis2 vovly avertir les esclaves qu'ils doivent aban-
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donner leurs cases et se réfugier dans l'habitation. Il court se placer à l'angle de la maison ; et, se couchant jusqu'à terre pour offrir moins de prise au vent, il fait retentir les sons lugubres et prolongés de cette espèce de trompe naturelle.
Rien de plus triste et de plus imposant en même temps que le retentissement de cet appel au milieu d'une nuit d'ouragan. Dans les intervalles des bouffées3 de vent et des roulements sourds du tonnerre, la conque fesait entendre sa voix gémissante. Les hurlements des nègres, qui s'appelaient pour gagner la maison du maître, y répondaient ; mais soudain tous ces bruits humains se perdaient sous les nouveaux fracas du vent, de la pluie et de la foudre auxquels se joignaient les mugissements des animaux qui semblaient implorer le secours de l'homme. De malheureux nègres se traînaient en se cramponnant* aux racines, aux mottes de terre, à tout ce qui offrait quelque résistance. Des groupes presque nus, grelottant0 de froid, épuisés de fatigue, parvenaient à pénétrer pêle-mêle dans la maison, tandis que d'autres, surpris et enlevés, roulaient à quelques centaines de pas en arrière, froissés, étourdis et forcés de recommencer cette effroyable lutte.
Dans ce moment tout était désordre, trouble et terreur : la furie dévastatrice de l'ouragan continuait, mais elle n'était pas encore à son plus haut degré de violence. La maison isolée, sans appui, ployait, pour ainsi dire, sous les coups de la tempête. A chaque instant elle pouvait s'abîmer. Une planche cédant, le vent s'engouffrait, et, comme un levier, fesait sauter la toiture.
L'économe et tous les noirs multipliaient leurs efforts pour assujettir par des cordes, des planches, des meubles, les endroits les plus faibles. Quelques uns des nègres les plus robustes, étant sortis en se traînant, tentaient d'enfoncer dans la terre des pieux et des arcs-boutants 6 pour appuyer la maison ; mais telle était la furie de la tempête, que, pouvant à peine respirer, ils étaient forcés de s'étendre sur le ventre en se tenant les uns les autres. Par moment l'ouragan fesait taire sa grande voix ; on entendait le bruit