‹ Le rescrit d'Hadrien a Minucius Fundanus [microform]Chapitre 16 sur 16 · EusEB., //^s^ y5'cc/.,IV · texte numérisé non relu

EusEB., //^s^ y5'cc/.,IV

■■J. Chronic./ài.

4. Voir plus haut, p. 8. La lettre de Granianus devient chez Orose [Hist. VII, 13) une apologie.

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déclaré que les chrétiens ne pouvaient être condamnés que lorsqu'ils étaient convaincus de machinations contre la puissance des Romains K Nous pouvons en inférer que, en règle générale, de deux recensions ou appréciations chrétiennes d'édits de persécution, celle-là mérite le plus de confiance qui se montre la moins favorable à la cause dii christianisme. Rulîn est loin de s'être soustrait à la tendance plus ou moins apologétique que nous venons de signaler. Le texte grec du rescrit d'Antonin le Pieux est déjà bien trop favorable aux chrétiens et tro}) en désaccord avec la situation de fait du milieu du ii^ siècle, pour pouvoir être authentique. Mais la version de Rufîn accentue encore notablement les dispositions protectrices du texte grec.

Ensuite, abstraction faite de cette tendance apologétique, voici un phénomène facile à constater : en général la traduction sera plus développée que le texte original correspondant. En réalité nous trouvons dans la version latine du rescrit d'Antonin des amplifications qui consistent surtout à préciser davantage des expressions grecques assez claires mais moins explicites. Ces amplifications fourmillent dans là partie du pseudo-Antonin que nous donnons p. 37. Dans la pai'tie que nous n'avons pas reproduite il y en a quelques-unes qui ontplutôt l'air d'être, un commentaire. D'autres sont moins extravagantes mais non moins caractéristiques : ^r] Tvavôàvecv toOç toioutouç = ne quis noxius lateat; -iipoo-xuvetv == immolare, àôéwv = impios et sine deo.

Si maintenant l'on compare les écarts entre le grec et le latin du rescrit d'Hadrien, on constate dans le texte latin des amplifications assez nombi'euses et qui ont précisément le double caractère que nous venons de signaler, a) celui d'accentuer la tendance protectrice et bienveillante

i. Voir ce rescrit clans A. Harnack, Dus EcUktdes Anioninus.

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du rescrit et b) celui de préciser davantage des expressions plus vagues. Le lecteur pourra s'en convaincre en remarquant les mots latins que nous avons soulignés, p. 6 et p. 37, ^ Signalons cependanten particulier le grec toioutouç = hujusmodi homimbus (Antonin), memoratos homines (Hadrien); toioutouç == ne quis noxiiis (Ant.) et ot àvôpcoTcot = innoxii (Hadr.). La finale des deux actes est particulièrement suggestive. Alors que le texte grec se contente d'exiger la punition de l'accusateur ou calomniateur, sans spécifier les châtiments, le texte latin réclame l'application de la peine déterminée du talion (dans le cas d'Antonin) ou de « peines plus sévères » dans l'acte d'Hadrien. 11 semble donc que de part et d'autre nous retrouvons le même procédé révélant le même tf^aducteiir chrétien.

2. Pour finir nous appelons l'attention sur deux ou trois petits mots qui semblent très compromettants pour Rufin : le latin ^/^wo■«^V, le grec xal et le nom du proconsul.

Dans le préambule l'empereur indique explicitemeilt le but de son rescrit, les abus qu'il veut réprimer. Le grec distingue nettement deux abus différents : a) le trouble jeté dans la population de la province l'va p-'^te 01 àvÔpcoTTot TrapaTTcovTat, et b) les méfaits et les calomnies des sycophanles : xaî toïç o-uxoipàvratç... Dans le premier membre de phrase il est question de la population en général, et dans le second des victimes des calomniateurs. Il n'y a donc pas de pléonasme en grec. Mais le traducteur n'a pas saisi cette nuance. En traduisant l'indéterminé oi àvGptouoi par innoxii., il semble bien avoir eu en vue des personnes accusées faussement ou injustement par les calomniateurs : dès lors les deux abus se confondent en un seul. Si le traducteur entend désigner par ce mot les

1. Nous avons mis en petites capitales les amplifications qui rendent l'édit plus fiivorable aux chrétiens.

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chrétiens qui seraient d'après lui injustement traduits devant le tribunal — et c'est bien là sa pensée, croyonsnous — cette manière de voir et de traduire met le préambule du rescrit en contradiction avec le dispositif. Quoi qu'ilen soit, le terme innoxii nous semble porter l'estampille d'une traduction.

Dans la première phrase de la partie dispositive, l'empereur, avons-nous vu (p. 11, s.), traite du cas d'incriminations tumultueuses et irrégulières mais fondées, que les accusateurs seraient en état de soutenir non seulement extrajudiciairement, mais même devant le tribunal. La nuance de cette idée est parfaitement rendue en grec par le mot xai itpb ^rif^aToç; en latin on, la cherche vainement. Cette omission du mot xai ne peut être que le fait d'un traducteur assez négligent, comme l'était Rufin.

Enfin, remarque judicieusement M. Schanz ^, a s'il, est exact que le proconsul ne s'appelait pasSerenius Granianus mais Liçinius Granianus [Waddington. Fastes des provinces asiatiques, Paris 187:2, p. 197], la recension latine de la lettre chez Rufin ne peut pas être l'original puisque nous trouvons là aussi, la dénomination inexacte. ».

Dans l'apologie qu'il adressa vers 170 à Marc Aurèle, Méliton retrace à grands traits l'histoire des persécutions. 11 fait remarquer que TefTet durable des mesures persécutrices de Néron et de Domitien doit être attribué principalement à la crédulité de la foule excitée par les calomnies. « Mais, ajoute-t-il, vos pieux parents ont corrigé cette ignorance : par de nombreux écrits ils ont réprimé ceux qui excitaient des troubles (vEWTeptaat) à propos des chrétiens. Ainsi il est établi que votre grand-père Hadrien a envoyé plusieurs lettres et à

1, Ouvr. cité, p. 201, notel.

4z Le llIïSCÎHIT D*HADRlt;^

d'autres et à Fundanus, proconsul d'Asie. Et votre pérë, au temps où vous administriez tout avec lui, a écrit aux villes pour défendre d'exciter des tumultes (pt.y)S£V vscoTeptCstv) contre nous: ainsi a-t-il écrit aux Larissiens, aux Thessaloniciens et à tous les Grecs. »

Le grec,V£WT£pi^£iv, employé deux fois par Méliton pour indiquer la portée de ces rescrits, correspond à l'expression \at\neres nouas moliri, et a été très bien traduit par Valois : « novialiquid moliri » et « tumultus concitare » . L'évèque de Sardes résume donc exactement la teneur du rescrit d'Hadrien. Nous n'avons pas de raisons de croire qu'il se soit trompé au sujet de la portée des autres actes impériaux. Il y aurait donc eu une série de lettres similaires destinées à continuer et à urger partout la politique tracée dans le rescrit d'Hadrien au proconsul d'Asie.

Ce dernier document suffit donc, à lui seul, à nous faire connaître, pour tout le milieu du second siècle, la situation juridique des chrétiens dans l'empire romain. Dé Trajan à Marc Aurèle, la jurisprudence antichrétienne n'a pas subi de changement notable. Les chrétiens ne peuvent pas être poursuivis d'office; le juge doit considérer comme non avenues non seulement les délations anonymes, mais encore les accusations irrégulières et tumultueuses de la foule ameutée; mais toute dénonciation régulière doit être examinée avec soin : si l'inculpé est convaincu d'être chrétien, il sera condamné à la peine capitale; s'il apostasie, il sera acquitté, et si l'accusation est calomnieuse le calomniateur sera puni.

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