‹ Le rescrit d'Hadrien a Minucius Fundanus [microform]Chapitre 3 sur 16 · C/ironic, ad olymp · texte numérisé non relu

C/ironic, ad olymp

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sens si favorable au christianisme, que l'exactitude historique peut en pâtir quel:juefois. Ajoutons qu'Eusèbe aura pu se rendre beaucoup plus exactement compte de la portée de la réponse impériale, et par conséquent de la requête qui l'a provoquée, quand il écrivait son Histoire que lorsqu'il composait sa Chronique. Car pour le premier ouvrage il a dû examiner plus attentivement le rescrit afin de pouvoir en donner une traduction exacte. Enfin, qui nous garantit que la pensée d'Eusèbe n'a subi aucune altération en passant par la plume du traducteur assez libre qu'est saint Jérôme?

Autant de raisons pour croire que la rédaction de V Histoire mérite plus de confiance que celle de la Chronique^. Si nous pouvons en croire Eusèbe, Granianus n'a pas dénoncé l'injustice fondamentale du droit existant, mais les irrégularités que d'aucuns avaient tolérées dans la manière d'introduire et d'instruire les procès intentés aux chrétiens. Au reste les deux textes sont d'accord pour montrer dans l'influence néfaste des clameurs de la foule, la cause première et fondamentale des abus signalés.

2. Après avoir accusé réception de la lettre de Grain ianus, Hadrien expose nettement le but qu'il se propose d'atteindre par son rescrit. Il ne veut pas, dit-il, que la population de la province soit plus longtemps troublée, il ne veut pas non plus qu'on laisse aux calomniateurs une occasion favorable de se livrer à leurs machinations criminelles.

Si le christianisme s'était implanté de bonne heure en Asie, s'il s'y était établi très solidement, ce n'avait été qu'au prix de grandes luttes. Ephèse s'était ameutée contre saint Paul; la p.ersécutipn de Domitien avait

1. Il vaut donc mieux ne pas donner le contenu de la requête uniquement d'après le texte du C/iro/iicon, comme le font par exemple P.'Allaro, Le chrisdatnsme, p. 41 ; J. Wiîis, o. c, p. 70.

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ensanglanté plusieurs villes, et dans le courant du second siècle, les murs des cités populeuses de l'Asie avaient dû retentir plus d'une fois des cris de mort que la populace de Smyrne proférait contre saint Polycarpe ^ et avaient dû être témoins de violences et de tumultes comme ceux dont Méliton se plaint si amèrement ?. Crédule et fanatique, à l'imagination vive, aux passions violentes, la population de l'Asie proconsulaire écoutait avidement les calomnies et les excitations de ceux qui par fanatisme, haine ou cupidité voulaient la mort des chrétiens. Avant et pendant le proconsulat de Granianus, il y aura eu de ces manifestations populaires dans lesquelles la foule demandait à grands cris le sang des chrétiens. Soit faiblesse, soit recherche de popularité, des magistrats auront cédé devant ces procédés révolutionnaires : ils auront condamné, sans instruction sérieuse, ceux que la voix de la foule leur dénonçait d'une façon si peu judiciaire. Cette procédure expéditive et anormale aura produit comme fruits naturels, les deux abus que Granianus aura signalés et que l'empereur indique explicitement : a) . l'inquiétude et le trouble auront été jetés dans la population; b) les calomniateurs aux aguets en auront profité, pour acbuser et peut-être faire condamner des païens dont ils souhaitaient la mort ou convoitaient la fortune. Telle est la situation à laquelle Hadrien veut porter remède. Celui que Tertullien appelle 'i omnium curiositatum explorator^ » n'était pas hostile au christianisme. Mais son rescrit ne s'inspire nullement du désir de protéger les chrétiens ^ : on n'y trouve qu'une préoccupa-

i. Martyriuin s. Polycarpiiu, 2 : « ïolle impios; Polycarpus requiratur » ; cf. x, 2; xii, 2, 3.

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